Dès février - Le Pakistan et l'Inde reprennent le dialogue

Islamabad — Reprise du dialogue indo-pakistanais. Les frères ennemis, puissances nucléaires d'Asie du Sud qui se sont déjà livré trois guerres en un demi-siècle, ont annoncé hier leur décision de rouvrir dès le mois prochain des pourparlers «globaux» sur tous les sujets qui les opposent, au premier rang desquels figure le Cachemire.

Cette annonce-surprise des chefs de la diplomatie, accueillie avec joie mais aussi avec scepticisme des deux côtés de la frontière, survient au lendemain de la rencontre entre le président pakistanais Pervez Mucharraf et le premier ministre indien Atal Bihari Vajpayee, en marge du sommet régional des pays de l'Asie du Sud.

«Il n'y a pas de gagnants, pas de perdants, a déclaré hier le général Mucharraf. Je crois que la victoire est pour le monde, pour tous ceux qui aiment la paix. La victoire est pour le peuple du Cachemire qui a souffert toutes ces années, qui souffre toujours. Je dirais que la victoire va aux modérés en Inde et aux modérés au Pakistan.»

Comme pour lui donner raison, Amanullah Khan, président des indépendantistes cachemiris, a qualifié cet accord de «trahison de la cause cachemirie» de la part du Pakistan. De son côté, Syed Salahuddine, chef du Hezb-ul Mujahedeen, principal groupe de guérilla au Jammu-et-Cachemire, a jugé positive l'annonce du dialogue, mais a prévenu que les opérations de guérilla continueraient.

«C'est la victoire du bon sens, de la modération, du sens de l'État», avait auparavant déclaré le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Khursheed Kasuri. Dans cette atmosphère optimiste, il a exprimé le fol espoir que ces négociations, dont les détails restent à fixer, puissent déboucher enfin sur un accord de paix durable, y compris au sujet du Cachemire.

Cet ancien royaume himalayen à majorité musulmane, divisé depuis la partition de l'empire des Indes britanniques en 1947, est revendiqué en totalité par les deux pays. Depuis 1989, l'insurrection au Jammu-et-Cachemire a fait au moins 65 000 morts, New Delhi accusant Islamabad de soutenir les séparatistes cachemiris.

Selon un haut responsable indien s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, les entretiens porteront sur huit points, dont le Cachemire, deux autres conflits territoriaux, la lutte contre le terrorisme, le commerce et les mesures de rétablissement de la confiance.

Les deux géants de la région se sont fait la guerre en 1948, 1965 et 1971, sans compter nombre d'escarmouches meurtrières. La guerre de la partition aurait fait plus d'un million de morts, sans compter les drames des déplacements de population massifs: des dizaines de millions de musulmans gagnèrent la nouvelle république islamique du Pakistan, tandis qu'un nombre égal d'hindous fuyaient vers l'Inde en laissant tout derrière eux.

Le Jammu-et-Cachemire musulman, dirigé à l'époque par un hindou, choisit le giron indien. Le Pakistan n'a eu de cesse par la suite de réclamer un référendum, comme le recommandent également deux résolutions de l'ONU.

Après être devenus des puissances nucléaires, l'Inde et le Pakistan s'étaient à nouveau combattus en 1999 dans la région himalayenne de Kargil et se sont retrouvés une fois de plus au bord du conflit en 2002, après un attentat-suicide contre le Parlement de New Delhi, attribué aux séparatistes cachemiris.