Un attentat tue huit enfants à Kandahar

Kandahar — Douze personnes au moins, dont huit écoliers qui rentraient chez eux, ont été tuées et plus de cinquante autres blessées par une puissante explosion qui a détruit un camion, hier en milieu de journée, à Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan.

L'explosion, que les autorités ont qualifiée d'«acte de terrorisme», a eu lieu deux jours après l'adoption à Kaboul d'une nouvelle Constitution censée favoriser le redressement de ce pays qui a connu près de 25 ans d'effusions de sang. Un journaliste de Reuters a vu sur place les corps de trois jeunes gens. Le secteur était couvert de mares de sang, de chaussures et de débris. «Il y a d'abord eu une petite explosion qui a blessé un enfant, a dit un témoin, Gulalaï. Et quand les gens se sont précipités pour aider l'enfant, la grosse explosion a eu lieu.»

Le président Hamid Karzaï a condamné un «acte de cruauté et de barbarie» en faisant savoir qu'il ne faisait que renforcer sa détermination à combattre le terrorisme en Afghanistan. Selon un communiqué de la présidence, huit enfants au moins figurent parmi les morts et 58 personnes ont été blessées.

Le général Abdul Wasi, porte-parole des forces armées dans la province de Kandahar, a fait état de 12 morts et de 45 blessés, mais la télévision nationale de Kaboul a ensuite annoncé que le bilan était passé à 16 morts et 52 blessés.

L'attentat a immédiatement fait soupçonner les rescapés du régime des talibans, mais un porte-parole du mouvement islamiste a nié toute implication des intégristes musulmans.

Dans un hôpital, des médecins soignaient au moins 29 personnes. Ils ont dit que les victimes étaient surtout des enfants âgés de sept à quinze ans.

Un homme soupçonné d'avoir coordonné la double explosion a été arrêté, a fait savoir le commandant Khan Mohammed Khan, commandant du corps d'armée de Kandahar. Une cinquantaine de soldats afghans et américains ont rapidement bouclé le secteur.

L'attaque en rappelle une autre survenue en septembre 2002 à Kaboul. Une première bombe avait explosé puis une seconde, plus puissante, au moment où des dizaines de personnes se précipitaient au secours des premières victimes. Le même jour, le président afghan Hamid Karzaï avait échappé à un attentat à Kandahar, où un homme avait ouvert le feu sur sa voiture.

Kandahar est l'ancien fief des talibans, qui ont proclamé un «djihad» (guerre sainte) contre les soldats afghans et étrangers ainsi que les représentants de l'aide humanitaire. La ville a été le théâtre de plusieurs attaques contre des civils et des organisations humanitaires ces derniers mois.

Début décembre, au moins 18 personnes ont été blessées lors d'une explosion survenue sur un marché de la ville. Les autorités avaient imputé l'attaque aux talibans, chassés du pouvoir après l'intervention américaine à l'automne 2001.

Un responsable taliban joint par téléphone a affirmé que son mouvement n'avait rien à voir avec l'attentat d'hier. «Les talibans ne prennent pas de civils pour cible, a-t-il affirmé. Nous condamnons cet attentat dans lequel des civils ont été tués et blessés.»

L'explosion d'hier pose néanmoins le problème de la résurgence de mouvements rebelles liés aux talibans et au réseau al-Qaïda en Afghanistan.