À deux semaines des premières élections primaires - Howard Dean en tête du peloton

Bill Bradley (à droite), adversaire d’Al Gore en 2000, a donné hier son appui à Howard Dean.
Photo: Agence Reuters Bill Bradley (à droite), adversaire d’Al Gore en 2000, a donné hier son appui à Howard Dean.

Manchester — L'ancien gouverneur du petit État du Vermont, Howard Dean, est installé en première position dans le camp démocrate à deux semaines du début des premières primaires américaines malgré les coups de boutoir de ses adversaires pour affronter George W. Bush en novembre.

Hier, sa place de favori a encore été renforcée avec l'annonce du soutien de l'ancien sénateur Bill Bradley, à Manchester, dans le New Hampshire, où se déroulera le 27 janvier la première élection primaire pour désigner parmi neuf candidats celui qui représentera les couleurs démocrates à la présidentielle.

«La campagne d'Howard Dean offre un nouvel espoir pour l'Amérique», a affirmé Bill Bradley, seul démocrate à avoir tenté de disputer l'investiture au vice-président Al Gore lors des primaires en 2000.

Dans les sondages, Howard Dean est donné favori dans le New Hampshire et lors du caucus de l'Iowa qui donnera le coup d'envoi, le 19 janvier, au processus de nomination du candidat démocrate.

Parti très tôt dans la course à la Maison-Blanche et regardé de haut par les caciques du Parti démocrate, le petit docteur du Vermont a su mobiliser la base et récolter plus de contributions financières (40 millions de dollars) que tous ses concurrents en jouant à fond la carte antiguerre d'Irak et une opposition sans compromis, voire hargneuse, à l'encontre de Bush. Howard Dean peut aussi se targuer du soutien d'Al Gore, qui représente l'aile centriste chez les démocrates, d'une trentaine d'élus du Congrès américain et de plusieurs importants syndicats aux États-Unis.

Alors que les échéances se rapprochent, il concentre toute l'attention et toutes les critiques. Pour la deuxième fois en quelques semaines, il est à la une des magazines Time et Newsweek. «Qui est le vrai Dean?», se demande Time tandis que Newsweek évoque le souhait de ses concurrents de susciter un mouvement «Stop Dean».

Ancien colistier d'Al Gore en 2000, Joe Lieberman, un des neufs candidats à l'investiture, a fait de Dean sa cible principale, l'accusant de vouloir ramener le parti dans l'état où il se trouvait avant la «révolution centriste» de Bill Clinton en 1992 et d'avoir une ligne trop à gauche pour séduire une majorité d'Américains.

Lors d'un débat télévisé dimanche dans l'Iowa, les autres prétendants démocrates comme Richard Gephardt ou les sénateurs John Kerry et John Edwards ont multiplié les attaques contre Dean, notamment sur les questions de sécurité.

L'attaquant sur ses positions antiguerre, Lieberman a estimé que «si ça n'avait tenu qu'à Dean, Saddam Hussein serait aujourd'hui au pouvoir, pas en prison». «Vous avez dit qu'on ne peut pas préjuger de la culpabilité d'Oussama ben Laden dans les attentats du 11 septembre 2001. Dans quel monde vivez-vous?», lui a durement demandé Kerry.

Connu pour ses coups de colère, Dean est resté calme. «Je me réjouis de voir Saddam derrière les barreaux et j'espère qu'il aura ce qu'il mérite», a-t-il dit avant d'ajouter aussitôt: «Le fait est que, depuis sa capture, nous avons perdu 23 soldats supplémentaires, que, pour la première fois, des chasseurs américains doivent accompagner des avions de ligne.»

«Le président Bush a créé un danger pour la sécurité nationale qui n'existait pas auparavant en Irak», a-t-il martelé sans provoquer de réactions de ses concurrents. Sur Oussama ben Laden, il a tranquillement affirmé qu'en tant que citoyen américain, il souhaitait la peine de mort à son encontre mais qu'en tant que candidat à la présidence des États-Unis, il se devait de respecter la procédure de la loi. Les concurrents de Dean et nombre de commentateurs n'ont de cesse de rappeler que l'ancien gouverneur du Vermont dit tout et son contraire. Cela ne le trouble pas et cela n'a pas ralenti jusqu'à présent sa marche en avant.