Le candidat divise le camp démocrate

Washington — Le lundi 5 janvier, George Bush est allé dans le Missouri, l'un des États où s'est jouée son élection en 2000, pour célébrer le deuxième anniversaire de la réforme de l'enseignement public. Cette réforme, qui était l'un des points forts de son programme, a été adoptée par le Congrès, fin 2001, grâce à l'aide du sénateur démocrate Edward Kennedy. Mais elle est toujours combattue par le principal syndicat d'enseignants, et Howard Dean, le favori des primaires démocrates pour l'élection présidentielle de novembre, a dénoncé «une loi qui n'aurait jamais dû être votée».

La controverse sur cette loi résume bien le débat politique, à dix mois du retour de M. Bush devant les électeurs et alors que les démocrates commenceront à voter, le 19 janvier, pour départager les neuf candidats à l'investiture de leur parti face au président sortant. Comme la guerre en Irak, la réforme de l'enseignement divise les démocrates. Les uns ont voté en sa faveur et reprochent au gouvernement républicain de trahir la réforme en ne la finançant pas suffisamment. Les autres condamnent les premiers pour s'être alignés sur la politique de M. Bush.

Lors d'un débat télévisé, dimanche, dans l'Iowa, Howard Dean, ancien gouverneur du Vermont, champion des militants, des contributions financières, des sondages et des déclarations de soutien, a affirmé que beaucoup de parlementaires démocrates, dont plusieurs de ses concurrents, se sont laissé «coopter par le programme de George Bush, qui est arrivé au pouvoir avec 500 000 voix de moins qu'Al Gore. Nous avons besoin d'un démocrate qui tienne tête à George Bush!», a lancé M. Dean.

Le rappel des circonstances de l'élection de novembre 2000 — le système fédéral fait dépendre le résultat du nombre de délégués, désignés dans chaque État, et non de la somme des voix à l'échelle nationale — est fréquent dans la bouche de M. Dean. Nombre de ses partisans estiment que le scrutin de 2000 a été «volé» par le candidat républicain, non seulement parce que les bulletins de vote au nom de M. Gore ont été plus nombreux, mais aussi parce que la Cour suprême a tranché en faveur de M. Bush le contentieux sur le décompte des voix en Floride.

Une ascension fulgurante

L'antibushisme absolu de M. Dean lui a permis de passer, en un an, de 3 % à 22 % des intentions de vote, parmi les électeurs démocrates. Selon un sondage effectué pour l'hebdomadaire Time et CNN, il obtiendrait aujourd'hui, lors de l'élection elle-même, 46 % des voix contre 51 % pour M. Bush. Ces sondages nationaux n'ont qu'une valeur limitée, mais ceux qui sont faits auprès des électeurs appelés à voter pour les primaires indiquent que M. Dean pourrait arriver en tête dans l'Iowa, le 19 janvier, et le New Hampshire, le 27 janvier. Dans ce dernier État, l'ancien gouverneur a toutes les chances de devancer celui qui était considéré, il y a quelques mois encore, comme le candidat le plus solide, John Kerry, sénateur du Massachusetts. S'il l'emporte aussi dans l'Iowa, État du Mid-West où le favori est Richard Gephardt, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher M. Dean de voler ensuite de victoire en victoire, jusqu'à sa désignation par la convention démocrate, à Boston, en juillet.

C'est ce qui inquiète beaucoup de démocrates, pour qui le médecin du Vermont, avec son radicalisme, ses déclarations irréfléchies et ses changements de position, est incapable de rassembler une majorité d'électeurs face au président sortant. Un jour, il adresse un clin d'oeil aux petits blancs du Sud qui arborent un drapeau confédéré sur leur camionnette; un autre jour, il qualifie de «théorie intéressante» les élucubrations accusant M. Bush d'avoir été informé à l'avance des attentats du 11 septembre 2001; une autre fois, il annonce qu'il «bouchera le trou dans son CV», attribué à son inexpérience en matière de politique étrangère et de sécurité, en choisissant pour la vice-présidence un candidat compétent dans ces domaines.

Celui qui semblait ainsi désigné a fait savoir qu'il n'était pas intéressé. Wesley Clark, ancien commandant en chef des forces de l'OTAN, est candidat à la présidence et à rien d'autre. S'il n'a pas récolté autant d'argent que M. Dean, qui a atteint le chiffre de 40 millions de dollars en 2003, M. Clark est quand même parvenu à réunir 11 millions au dernier trimestre (M. Bush a recueilli 120 millions de dollars à ce jour). Il a aussi, comme M. Dean, un réseau de partisans actifs sur Internet. Il est soutenu par les tenants du centrisme de Bill Clinton, qui accusent M. Dean de faire régresser le Parti démocrate vers l'archaïsme et l'impuissance. M. Clark rivalise avec M. Kerry, avec M. Gephardt, avec aussi John Edwards, sénateur de la Caroline du Nord, pour susciter un mouvement «Stop Dean» dans les rangs démocrates.