Le chef de l’État réclame la démission du premier ministre, soupçonné de corruption

Bucarest — Le chef de l’État roumain conservateur Klaus Iohannis a demandé vendredi la démission du chef du gouvernement social-démocrate Victor Ponta, soupçonné de corruption, afin d’éviter une crise politique au pays, une demande rejetée par l’intéressé.

L’annonce, en matinée par le parquet, du lancement de poursuites pénales contre le chef du gouvernement met le pays dans «une situation impossible», a déclaré M. Iohannis après s’être entretenu avec M. Ponta. «Le pire qui pourrait arriver est une crise politique», a-t-il estimé lors d’une courte déclaration, ajoutant qu’il demandait la démission du chef du gouvernement.

Dans une réaction publiée sur son compte Facebook, M. Ponta a rejeté cette option, assurant que «seul le Parlement peut [le] démettre». «Je respecte la position publique du président, mais j’ai été nommé dans cette fonction par le Parlement», où la coalition de gauche menée par le parti social-démocrate du chef du gouvernement dispose d’une large majorité. «Le respect des principes constitutionnels est essentiel pour notre société et en aucun cas je ne peux accepter qu’un procureur soit au-dessus du Parlement, du gouvernement et des citoyens», a-t-il ajouté dans son message, affirmant que si cela était le cas il s’agirait d’une «dictature», 25 ans après la chute du régime communiste.

Le parquet anticorruption roumain (DNA) a demandé vendredi le lancement d’une procédure pénale contre M. Ponta soupçonné notamment de complicité d’évasion fiscale et conflit d’intérêts dans le pays, l’un des plus pauvres de l’Union européenne. Le DNA va saisir la chambre des députés pour «formuler les demandes de poursuites pénales contre Ponta Victor-Viorel», qui est également député et bénéficie d’une immunité parlementaire, a annoncé le parquet dans un communiqué.

Le chef du gouvernement est soupçonné de «faux en écriture (...) de complicité d’évasion fiscale de façon continue» et de blanchiment d’argent du temps où il était avocat en 2007. Par ailleurs, il est accusé de «conflit d’intérêts» dans l’exercice de ses fonctions de premier ministre.

Ces soupçons sont liés à un autre dossier de corruption présumée concernant son allié politique Dan Sova, député et ancien ministre des Transports (mars à juin 2014). Ce dernier a également été entendu pas les procureurs juste après le premier ministre. Le DNA a demandé à plusieurs reprises la levée de l’immunité de M. Sova, soupçonné d’abus de pouvoir dans trois dossiers, mais le parlement avait voté contre.

Le lancement de poursuites contre Ponta marque un sommet dans l’offensive du redouté DNA, qui a fait tomber ces derniers mois plusieurs personnalités très influentes soupçonnées de corruption.