États-Unis - Accueil policier à l'aéroport

Un voyageur fait prélever ses empreintes sous l’oeil de Tom Ridge (au centre).
Photo: Agence Reuters Un voyageur fait prélever ses empreintes sous l’oeil de Tom Ridge (au centre).

Washington — Depuis hier, dans les aéroports américains, la majorité des étrangers qui débarquent aux États-Unis sont mis en fiche. Ils s'installent devant une caméra numérique sphérique, qui prend leur portrait; ils posent un index, puis l'autre, sur une tablette de verre orange, et leurs empreintes sont prélevées électroniquement.

Les informations collectées sont aussitôt confrontées à la liste des suspects de terrorisme du FBI: en quelques secondes, l'ordinateur blanchit le visiteur ou le qualifie de suspect. Dans le second cas, le voyageur est alors interrogé par des agents fédéraux dans une salle de l'aéroport. Au moins dans un premier temps, les ressortissants de 28 pays, dont la France et le Canada, sont exemptés de ces contrôles.

Cette nouvelle procédure, baptisée US-VISIT (pour United States Visitor and Immigrant Status Indicator Technology), avait été décidée par le congrès il y a trois ans, au plus fort de l'émotion créée par les attentats du 11 septembre 2001. Après un investissement initial de 380 millions de dollars et une période de test dans l'aéroport d'Atlanta, le programme a été lancé hier à grande échelle, aux arrivées de 115 aéroports et de 14 ports. Il sera bientôt mis en place dans 50 principaux postes aux frontières mexicaines et canadiennes. Sur une année pleine, ce sont 24 millions de voyageurs munis de visas qui devront se soumettre à ces contrôles. À la fin de l'année 2004, les voyageurs devront également se signaler à la sortie du territoire: ils devront scanner à nouveau leurs empreintes à des bornes électroniques.

À l'aéroport d'Atlanta, hier matin, le secrétaire à la sécurité du territoire Tom Ridge a présenté «avec fierté» le lancement de programme qui aidera, dit-il, à «maintenir les frontières ouvertes aux voyageurs et fermées aux terroristes». Il a précisé que le prélèvement des empreintes digitales serait rapide et «sans encre», comme si c'était le principal sujet de préoccupation des défenseurs des libertés. Il a ensuite assuré que les données collectées seraient protégées par le droit américain sur la vie privée, et que seul des agents fédéraux y auraient accès.

Pendant les quelques semaines de test à Atlanta, quelque 20 000 personnes ont été contrôlées. Selon Tom Ridge, l'ordinateur a tiqué sur 21 d'entre elles, déjà fichées par les autorités fédérales américaines pour «trafic de drogue, ou viol, ou violation des lois sur l'immigration». Mais les défenseurs des libertés publiques ou les spécialistes de l'immigration s'inquiètent: «Le problème, c'est la fiabilité des informations que contient la base de donnée fédérale. Des tas de gens y figurent par erreur, et une fois qu'ils y sont, il est très difficile de les en faire sortir. Le FBI peut y faire entrer qui bon lui semble depuis le 11 septembre. Je ne serais pas étonnée que des gens soient injustement refoulés à la frontière», commente Crystal Williams, porte-parole de l'American Immigration Lawyers Association, à Washington. Par ailleurs, l'efficacité du programme, dans la lutte antiterroriste, est mise en doute par certains experts.

«De bonne famille»

Le nouveau système permettra certes de dissuader des criminels fichés de se rendre aux États-Unis, mais, comme le soulignait hier matin sur CNN M. J. Gohel, spécialiste de la sécurité à l'Asia-Pacific Foundation, à Londres, «les terroristes sont souvent de jeunes gens de bonne famille, ayant fait des études, et sans aucun casier judiciaire»...

Le nouveau système a au moins un mérite: il a permis d'éliminer partiellement une procédure humiliante mise en place par le Département de la Justice après les attentats du 11 septembre 2001, et qui obligeait les ressortissants de 25 pays «à risque» (c'est-à-dire musulmans) à venir s'enregistrer eux-mêmes, tous les ans, auprès des autorités fédérales.

La réaction la plus vive à l'encontre du programme US-Visit est venue du Brésil. Ce pays n'apprécie pas du tout le traitement réservé par les américains à ses ressortissants, et demande à être ajouté à la liste des pays «sûrs». En attendant, au nom de la réciprocité, il a décidé la semaine dernière de photographier et de prélever les empreintes digitales (avec encre, cette fois) de tous les américains atterrissant à Sao Paulo. Selon la police brésilienne des frontières, ces derniers se montrent très agacés... jusqu'au moment où on les informe que le même traitement est appliqué aux Brésiliens arrivant dans leur pays.