Accord à l'arraché sur la Constitution afghane

La nouvelle Constitution comporte 162 articles et instaure un régime présidentiel bicaméral avec une Wolesi Jirga (Chambre du peuple) et une Meshrano Jirga (Chambre des Anciens).
Photo: Agence Reuters La nouvelle Constitution comporte 162 articles et instaure un régime présidentiel bicaméral avec une Wolesi Jirga (Chambre du peuple) et une Meshrano Jirga (Chambre des Anciens).

Kaboul — L'assemblée constituante afghane est parvenue à un accord sur une nouvelle loi fondamentale hier après des semaines de querelles qui ont mis en évidence les divisions ethniques du pays.

L'adoption de cette Constitution, dans la douleur, devrait permettre la tenue d'une élection présidentielle en juin, dont le favori sera l'actuel chef de l'État, Hamid Karzaï, soutenu par les États-Unis.

Aux termes du compromis, le futur président afghan sera «responsable devant la nation et devant le parlement», les femmes obtiendront des sièges supplémentaires au parlement et aucune mention n'est faite de la charia, la loi islamique dont la lecture rigoriste fut mise en application par le régime intégriste des taliban avant son renversement par l'armée américaine fin 2001.

«Il n'y a ni vainqueur ni vaincu», a déclaré Karzaï aux 502 délégués de la Loya Jirga réunis sous un immense chapiteau blanc sur un campus de Kaboul. «Tout le monde a gagné, [cette victoire] appartient à tout le monde, à chaque Afghan.»

«Nous avons frôlé un problème majeur, mais il a été résolu par le peuple d'Afghanistan», a pour sa part souligné le président de la Grande Assemblée, Sibghatullah Mojaddidi. «Nous espérons être capables de nous réunir comme un seul peuple et être capables de surmonter les défis de l'avenir.»

Médiation

Après avoir couvé pendant plusieurs jours sur fond de divisions ethniques, la crise a finalement éclaté jeudi quand environ la moitié des délégués a refusé de participer à un vote sur des amendements au projet de Constitution.

Les tractations de couloir se sont ensuite multipliées vendredi et samedi et, après médiation des États-Unis et des Nations unies, les délégués sont parvenus à un compromis sur le projet d'inspiration américaine d'un pouvoir présidentiel fort.

Comme les États-Unis, Karzaï, de la majorité pashtoune, estime qu'un régime présidentiel fort est nécessaire pour maintenir l'unité du pays mais ses opposants l'accusent de vouloir mettre en place un système autocratique dont seraient exclues les minorités telles que les Tadjiks, les Ouzbeks ou les Hazaras.

L'ambassadeur des États-Unis, Zalmay Khalilzad, a félicité les Afghans pour l'adoption de «l'une des Constitutions les plus éclairées du monde islamique».

«Un Afghanistan démocratique servira les intérêts et les aspirations légitimes de l'ensemble du peuple afghan et contribuera à garantir que le terrorisme ne trouve plus de refuge dans ce fier pays», s'est réjoui le président américain George Bush.

L'émissaire de l'ONU, Lakhdar Brahimi, a pour sa part estimé qu'il s'agissait d'un «moment de grande émotion pour chacun de nous».

La satisfaction exprimée par Karzaï, les États-Unis et l'ONU à l'issue des 22 jours de débats, contre les 10 initialement prévus, n'étaient pas partagée par certains délégués pashtounes, furieux que le pashtô n'ait pas été officiellement désigné comme seule langue officielle de l'Afghanistan.

Les Pashtounes «contrariés»

«Nous sommes très très contrariés, dans la mesure où nous pensons qu'elle [la Constitution] est impossible à appliquer», a souligné Abdul Rahman, délégué de la province orientale de Paktia.

Le pashtô et le dari, de la minorité tadjike, seront les deux langues officielles tandis que les autres pourront être officiellement reconnues dans les régions où elles sont parlées par une majorité d'habitants.

Des délégués pashtounes ont en outre prévenu que les concessions accordées aux minorités pourraient créer de nouvelles tensions en Afghanistan.

Un diplomate occidental s'est fait l'écho de ce sentiment en soulignant que les régions à majorité pashtounes, dans le sud et l'est du pays, étaient déjà celles connaissant les plus graves problèmes d'insécurité en raison de la guérilla des talibans.

«Si on ne les laisse pas participer, alors il y aura beaucoup de problèmes, et ce qui se passe dans le Sud en est le reflet. Cela n'a aucun sens d'aliéner les Pashtounes», a-t-il insisté.

La dernière Constitution afghane avait été rédigée en 1964. Le pays a ensuite connu guerres civiles, occupation soviétique et régime islamiste intégriste.