Présidence italienne de l'Union européenne - Prodi attaque le bilan de Berlusconi

Rome - Le président de la Commission européenne Romano Prodi a déclenché une nouvelle tempête politique hier en Italie en attaquant le bilan de Silvio Berlusconi à l'issue des six mois de présidence italienne de l'Union européenne.

Dans un entretien accordé à La Repubblica, l'ancien chef du gouvernement italien estime que l'actuel président du Conseil a terni l'image traditionnelle d'une Italie fervente partisane de l'intégration européenne.

«Il est évident que l'Italie a manqué à l'Europe et que l'Europe a manqué à l'Italie», a déclaré Prodi, cité deux jours après la fin de la présidence italienne. «La contribution italienne à la construction de l'Europe a toujours été décisive [...] En 2003, cela n'a pas été le cas.»

La présidence italienne a été marquée par l'échec du sommet de Bruxelles en décembre, à l'issue duquel les pays membres n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur un projet de Constitution pour l'Union européenne.

Ces six mois ont également vu l'Allemagne et la France s'affranchir des règles du Pacte de stabilité malgré les remontrances de la Commission.

Les alliés de Berlusconi ont immédiatement pris la défense du président du Conseil hier en accusant Prodi de dépasser son rôle de chef de l'exécutif européen en s'ingérant dans les affaires politiques intérieures de l'Italie.

«Quand [Prodi] n'est pas aux côtés du président du Conseil, il en profite pour le poignarder dans le dos», s'est insurgé Renato Schifani, président du groupe Forza Italia, le parti de Berlusconi, au Sénat.

Sauveur

En Italie, tout le monde s'attend à voir Prodi revenir sur la scène politique intérieure et prendre la tête de l'opposition de centre-gauche à l'issue de son mandat européen fin 2004.

D'après un sondage publié hier dans l'hebdomadaire de gauche Espresso, 48,8 % des personnes interrogées disent qu'elles voteraient pour Prodi s'il se présentait aux élections européennes de juin, contre 32,2 % pour Berlusconi.

«Prodi a commencé la campagne pour l'élection européenne et le fait qu'il se serve de sa fonction de président de la Commission comme tremplin est totalement déplacé», s'est indigné Antonio Leone, vice-président du groupe Forza Italia à la Chambre des députés.

Prodi est le seul dirigeant de gauche à avoir battu Berlusconi lors d'élections législatives, en 1996. Depuis son échec retentissant lors du scrutin de 2001, la gauche italienne voit en Prodi son unique sauveur.

L'animosité entre les deux hommes s'est encore accrue pendant la présidence italienne de l'UE, en raison notamment de déclarations de Berlusconi contraires à la position officielle de l'Union européenne, comme sur la situation des droits de l'homme en Tchétchénie par exemple.

Prodi et Berlusconi ont de nouveau croisé le fer en décembre quand le président du Conseil a estimé que l'euro avait «produit de nombreux effets négatifs», jugement qualifié de «mensonge» par le président de la Commission.

Prodi est revenu à la charge sur ce thème hier en reprochant à Berlusconi son incapacité à maîtriser l'inflation.

«Les contrôles de base en matière de dynamique des prix n'ont pas été effectués en Italie», a-t-il affirmé.

Cette nouvelle «sortie» a provoqué la colère du porte-parole de Forza Italia.

«La vérité, c'est que le président de la Commission européenne représente la vieille politique, qui suivait la voie de l'hypocrisie et du mensonge», a estimé Sandro Bondi, cité par l'agence de presse italienne Ansa.