Inspections nucléaires en Libye - L'AIEA est critiquée par les Américains

Vienne - L'AIEA s'est félicitée hier des inspections nucléaires en Libye, malgré des critiques américaines, marquant un nouvel épisode des rapports tendus entre Washington et les Nations unies portant sur les questions de compétence en matière de vérifications.

Les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), rentrés jeudi à Vienne, ont achevé une première mission et bénéficié d'«une coopération active et entière» de la Libye, a déclaré hier son porte-parole, Mark Gwozdecky.

Parti avec les inspecteurs, le directeur général de l'AIEA, Mohamed el-Baradeï, avait effectué le week-end dernier une visite sans précédent à Tripoli, moins de dix jours après l'annonce de la Libye qu'elle renonçait à ses programmes d'armes de destruction massive (ADM).

Les inspecteurs ont visité neuf des dix installations liées au programme militaire nucléaire libyen et «le dixième site, un lieu de stockage d'uranium naturel, sera inspecté prochainement», a indiqué à l'AFP M. Gwozdecky.

Selon lui, cependant, l'AIEA ne peut encore conclure que Tripoli a complètement abandonné son programme nucléaire et a bien déclaré toutes ses installations. Malgré la masse d'informations recueillies sur l'ampleur et l'histoire du programme, «il faudra encore bien du travail en profondeur» avant de trancher.

Il s'est aussi félicité du fait que la Libye fasse comme si elle avait déjà signé le protocole additionnel au Traité de non-prolifération (TNP) et permette donc des inspections poussées et inopinées.

Des fuites dans la presse américaine et des commentaires au département d'État montrent cependant que Washington souhaite avoir la haute main sur la vérification des armements biologiques, chimiques et nucléaires. D'autant que le colonel Mouammar Kadhafi a annoncé leur abandon après des mois de tractations secrètes avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Un responsable de l'administration Bush, cité par le New York Times hier, a qualifié d'exercice de relations publiques «irréfléchi» la visite du directeur de l'AIEA à Tripoli, alors que les services de renseignement américains (CIA) et britanniques (MI6) sont en discussions avec leurs homologues libyens.

Le sous-secrétaire d'État John Bolton devait être ces jours-ci à Londres, selon le département d'État, pour discuter des moyens de vérifier ensemble le désarmement libyen.

L'agence atomique a rappelé hier ses prérogatives en matière de vérification de la prolifération nucléaire dans le monde.

«L'AIEA est responsable exclusivement des vérifications du TNP», a rappelé Mark Gwozdecky. Il estime qu'«il est important que tout État ayant des informations pertinentes les partage avec nous».