Séisme de Bam - Téhéran rejette la proposition américaine d'envoi d'une délégation

Washington - Téhéran a rejeté hier la proposition américaine d'envoi d'une délégation humanitaire en Iran dans le cadre de l'assistance fournie par les États-Unis après le séisme qui a dévasté la ville de Bam le 26 décembre.

Téhéran a informé Washington qu'il n'était pas prêt dans l'immédiat à accepter cette proposition et préférait la «maintenir en suspens» en raison de la situation actuelle sur le terrain, a précisé Adam Ereli, porte-parole du département d'État américain.

La proposition américaine avait été transmise mardi aux autorités iraniennes par des canaux onusiens, et les Iraniens ont donné leur réponse hier.

La délégation humanitaire que Washington proposait d'envoyer en Iran devait être conduite par la sénatrice Elizabeth Dole, ancienne présidente de la Croix-Rouge américaine, et devait même comprendre un membre de la famille Bush, selon un responsable de l'administration qui a requis

l'anonymat.

«L'envoi d'une délégation est une idée qui est à l'étude», avait confirmé dans la journée une porte-parole de la Maison-Blanche, Claire Buchan, à Crawford, où le président Bush séjourne actuellement dans son ranch du Texas. Il devait s'agir, selon elle, d'une «mission purement humanitaire».

Si Téhéran avait donné son accord à cette initiative, il se serait agi de la première visite officielle d'un représentant du gouvernement américain en Iran depuis la prise d'otages à l'ambassade des États-Unis en 1979, qui avait conduit à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Toutefois, en 1986, des émissaires du président Ronald Reagan s'étaient rendus secrètement en Iran, et début 2003, des contacts entre responsables des deux pays avaient eu lieu à propos de la situation en Irak et en Afghanistan.

Insistance

Peu après le séisme de la semaine dernière, les États-Unis s'étaient empressés de proposer une assistance humanitaire à l'Iran, tout en soulignant l'absence de dimension politique dans cette initiative.

Mardi, c'était au tour du département d'État américain de se montrer intéressé par l'ouverture d'un dialogue avec Téhéran tant que le pays respecterait ses engagements internationaux.

Le président iranien, Mohammad Khatami, avait répondu qu'il n'envisageait aucun changement dans les relations entre les deux capitales tant que Washington ne changerait pas de ton et de comportement à l'égard de son pays.

Il y a deux ans, en janvier 2002, le président Bush avait intégré l'Iran dans son fameux «axe du mal», qui comprenait également l'Irak et la Corée du Nord.

Hier, la radio d'État iranienne a accusé les États-Unis de se servir du tremblement de terre pour tenter de créer des divisions dans le pays. «Les Américains, en médiatisant leur aide à l'Iran, tentent de manière inepte d'appliquer leur politique de duplicité consistant à créer un fossé entre la nation iranienne et son gouvernement», a rapporté la radio officielle.

Sur le terrain, une semaine après le terrible tremblement de terre de magnitude 6,6 qui a dévasté la cité antique de Bam, dans le sud-est de l'Iran, les secouristes ont évacué les corps de la quasi-totalité des décombres. Alors qu'aucun survivant n'a été retrouvé hier, le bilan définitif n'est toujours pas connu: 28 000 corps ont été inhumés, mais le nombre total de morts devrait dépasser les 30 000.

Alors que l'espoir de retrouver de nouveaux survivants a quasiment disparu, trois équipes internationales de secours sont reparties hier, tandis que sept autres restaient. Les équipes dépêchées par l'ONU poursuivent leur évaluation des besoins en eau, en installations sanitaires, en nourriture et en abris des habitants de la région sinistrée et comptent soumettre bientôt la liste de ces besoins aux donateurs internationaux.