Une arme prisée, sous le feu de la controverse

Nouveaux engins de guerre, les drones de combat sont prisés au front, surtout par les États-Unis. Mais un front sans combattants, quasi virtuel, loin du regard des chiens de garde et de l’opinion publique. Parce qu’ils ne sont pas sans inconvénients, Washington a d’ailleurs de moins en moins recours à ces drones, indique entre autres Olivier Schmitt, postdoctorant et spécialiste des questions stratégiques au CÉRIUM.


Les drones armés sont d’une grande popularité à Washington. Pourquoi ?

Les drones remplissent plusieurs fonctions tactiques très prisées, dont une grande capacité à acquérir du renseignement (grâce à leur longue autonomie de vol) et à réagir rapidement lorsqu’une cible doit être atteinte. Ils ont également une précision plus grande et les armes qu’ils transportent ont une charge explosive plus faible. Ces armes peuvent faire des victimes parmi les civils, mais l’expérience indique que ce funeste problème est moindre avec les drones qu’avec les autres outils militaires disponibles, tels les avions de chasse et les missiles de croisière.

Leur coût d’utilisation est aussi plus faible que d’autres outils militaires et, pilotés à distance, ils permettent de protéger la vie des soldats qui les utilisent. Dans un contexte où les États-Unis ont investi énormément de ressources financières et ont connu des pertes humaines élevées en Irak et en Afghanistan, c’est un avantage politique dont les décideurs ne sont pas près de se passer. Ces facteurs expliquent l’utilisation de drones dans des opérations de contre-terrorisme et de contre-guérilla, par exemple au Yémen.

Mais ces drones ne sont pas sans inconvénients. Ils ont soulevé des tollés politiques dans des pays où ils ont été utilisés et les morts qu’ils entraînent parmi les civils peuvent générer davantage de terrorisme au lieu de l’enrayer. C’est pourquoi leur utilisation est en déclin depuis 2010, année record, avec 122 frappes américaines au Pakistan contre des cibles terroristes. Pour l’instant, aucun autre pays que les États-Unis n’a utilisé des drones dans ce type de mission.

Les opposants à l’utilisation des drones plaident qu’ils permettent de mener des guerres illégales. Qu’en pensez-vous ?

Tout outil militaire permet de mener des guerres illégales, tout dépend de la volonté du décideur politique et de la politique d’emploi d’une capacité spécifique. On peut déployer des forces spéciales pour conduire des opérations clandestines et utiliser des missiles de croisière sur des cibles sans l’autorisation du Conseil de sécurité.

De même, des capacités tout à fait traditionnelles (voire franchement rustiques) peuvent être utilisées pour conduire un génocide. Pensons au Rwanda, à la Bosnie ou au Kosovo. Les drones ne sont qu’un outil supplémentaire dans le coffre des décideurs. Il ne faut pas confondre l’intention et l’instrument. On peut utiliser les drones d’une manière tout à fait conforme au droit international humanitaire (le droit de la guerre, qui encadre l’utilisation de la force dans les conflits armés) ou les utiliser d’une manière illégale, notamment en ce qui concerne les critères de discrimination et de proportionnalité.

Comme pour la prolifération nucléaire, n’y a-t-il pas un risque que cette technologie se retourne contre les pays qui l’ont développée ? L’inquiétude planait après que des drones ont survolé Paris et la Maison-Blanche. Le Canada aussi s’en inquiète.

Pierre Messmer, ministre des Armées du général de Gaulle, aurait un jour dit à ce dernier : « Le nucléaire, c’est comme la sexualité chez les jeunes. On peut la retarder, mais pas l’empêcher. » Il en va de même pour les drones armés.

Aujourd’hui, une douzaine de programmes de drones armés existent dans le monde, y compris en Russie, en Chine et en Iran, et environ 70 programmes de drones d’observation sont en cours de développement. La prolifération a donc déjà lieu. Pour les drones armés, l’existence d’une défense antimissiles permet une protection des territoires. Voilà pourquoi ils ne sont utilisés que contre des adversaires ne disposant pas d’une défense antimissiles.

Le problème se pose pour des minidrones d’observation, comme ceux qui ont survolé Paris, notamment en matière de protection de la vie privée, de sécurisation des infrastructures critiques et de régulation de l’espace aérien. Des travaux sont en cours, sur les plans juridique et technologique, pour gérer les changements introduits par l’existence et la diffusion au grand public de ces minidrones d’observation.

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