Le grand conflit oublié

La guerre en République démocratique du Congo (RDC) a fait environ cinq millions de morts depuis une vingtaine d’années. C’est le conflit le plus meurtrier au monde depuis la Deuxième Guerre mondiale. Malgré l’opération militaire d’envergure que préparent l’ONU et l’armée congolaise contre les rebelles, le conflit s’annonce encore long, estime Moda Dieng, professeur de science politique à l’Université de Montréal et chercheur associé au CERIUM.

Qui sont les principaux acteurs de ce conflit ?

Depuis 20 ans, les violences les plus préoccupantes en RDC se déroulent dans l’est du pays, où groupes armés et milices de toutes sortes semblent tourner le dos à la paix. La RDC abrite aujourd’hui 2,9 millions de déplacés, 450 000 réfugiés et 6,8 millions de personnes touchées par les conflits armés. Dans le même temps, les réfugiés congolais dans le monde sont estimés à 443 000.

La crise liée à l’arrivée de réfugiés hutus rwandais en 1994 s’est muée en crise permanente, notamment dans les provinces orientales (Kivu, Province orientale, Katanga et Maniema). Une cinquantaine de groupes armés et de milices y sont en activité. Certains sont congolais, d’autres sont issus de pays voisins, comme les groupes rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) et des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Les FDLR sont un groupe rebelle hutu rwandais installé en RDC en 1994. Certains de ses membres ont participé au génocide des Tutsis au Rwanda. Constituées d’environ 2000 combattants, elles avaient jusqu’au 2 janvier dernier pour désarmer, selon les termes de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et la Communauté de développement d’Afrique australe. Elles ne l’ont pas fait.

Que cherchent ces différents groupes ?

Leurs revendications sont variées et difficiles à cerner. Il y a un enchevêtrement de causes à cette violence interminable : la crise de l’État congolais, la course à l’accès et à l’exploitation des ressources naturelles, les différends fonciers, la corruption, l’instabilité régionale, l’impuissance de la communauté internationale, l’ingérence de pays voisins comme l’Ouganda et le Rwanda, etc.

Où en sont les efforts diplomatiques et militaires pour régler ce conflit ? Pourquoi n’ont-ils pas encore abouti ?

Après la transition qui a confirmé Joseph Kabila au pouvoir en 2006, la communauté internationale avait pensé que la guerre était finie et avait complètement négligé les conflits locaux qui sévissent dans l’est de la RDC. Elle a beaucoup erré, alors qu’elle dispose de l’opération de maintien de la paix la plus importante et la plus coûteuse de l’histoire de l’ONU. Entre novembre 1999 et juin 2010, 55 résolutions concernant la RDC ont été votées par le Conseil de sécurité de l’ONU, et 31 rapports produits par le secrétaire général, sans véritable résultat, à part le soutien aux élections.

Aujourd’hui, l’option militaire semble prévaloir, les FDLR étant le prochain groupe armé à neutraliser. Mais la tâche ne sera pas aisée, comme pour l’opération militaire menée il y a un an contre la rébellion du M23. En novembre 2012, le M23, avec l’appui de l’Ouganda et du Rwanda, avait pris Goma, la capitale du Nord-Kivu. Le groupe a ensuite voulu aller jusqu’à Kinshasa, qui se situe pourtant à 2000 km. Le rêve était permis puisque les forces armées congolaises et la MONUSCO, qui avait pourtant 94 % de ses forces dans l’est du pays, n’ont pu lui barrer la route. C’est à la suite de multiples négociations sans succès que l’ONU a mis en place une brigade d’intervention composée d’environ 3000 soldats de l’Afrique du Sud, du Malawi et de la Tanzanie. Elle a finalement vaincu le M23.

À la différence du M23, les FDLR, après plus de 20 ans de présence au Nord et au Sud-Kivu, ont fini par avoir un solide ancrage territorial et maîtrisent bien le terrain. Ce qui rend difficile le projet de neutralisation. Le conflit risque donc d’être long, avec son lot de victimes civiles.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 21 janvier 2015 08 h 56

    Question

    Qui fournit les armes à ces divers groupes?

    • Michel Proulx - Inscrit 21 janvier 2015 20 h 56

      Les mêmes qui fournissent des armes ailleurs dans le monde, en particulier les complexes militaro-industriels américains et français.

  • André Le Belge - Inscrit 21 janvier 2015 12 h 00

    Minières canadiennes...

    Quand est-il du rôle des minères canadiennes dans cette région?

  • Raymond Labelle - Abonné 21 janvier 2015 15 h 35

    Le plus meurtrier depuis la deuxième guerre mondiale...

    ... ça veut dire plus que le Vietnam et plus que la Corée par exemple. On en parle pourtant beaucoup moins.