Sydney: deux otages tués avec leur ravisseur

Certains otages ont été emmenés sur des brancards. Trois autres auraient été grièvement blessés.
Photo: Peter Parks Agence France-Presse Certains otages ont été emmenés sur des brancards. Trois autres auraient été grièvement blessés.

La prise d’otages dans un café de Sydney a pris fin dans la nuit de lundi à mardi avec l’assaut des policiers d’élite lors duquel le forcené, un militant islamique radical d’origine iranienne, et deux otages ont été tués, selon les médias.

Peu avant 03h00 locales (16h00 GMT), et après quelque 16 heures d’angoisse, la police de la province de Nouvelle-Galles du Sud dont Sydney est la capitale a annoncé: «Le siège est terminé.»

La police a confirmé un peu plus tard que le preneur d’otages avait été touché par balles dans l’opération et évacué vers un hôpital où les médecins ont prononcé sa mort.

Un homme de 34 ans et une femme de 38 ans parmi les otages ont également été tués dans l’assaut et six autres personnes ont été blessées, a précisé la police.

Cinq otages étaient parvenus à recouvrer la liberté au cours de la journée.

Il y avait au total 17 otages dans le café, où le preneur d’otages n’avait pas placé d’explosifs, d’après la police.

L’assaut policier a été lancé environ 16 heures après le début du drame dans le Lindt Chocolat Cafe, sur Martin Place, esplanade piétonne située au coeur de la plus grande ville d’Australie.

Des otages ont surgi d’une porte de service et une détonation sourde a fendu l’air. D’autres détonations ont retenti, ponctuées d’éclairs de lumière, et d’autres otages se sont précipités au dehors, certains se couchant sur le sol aux sommations des policiers.

Un photographe de l’AFP a vu ce qui semblait être un corps sur un brancard, couvert d’un drap taché de sang. Une femme, apparemment blessée aux membres inférieurs, était conduite sur un brancard jusqu’à une ambulance.

Le North Shore Hospital a confirmé à l’AFP avoir pris en charge une femme d’une quarantaine d’années blessée par balle à la jambe qui se trouvait dans un état grave mais stable.

Un islamiste d'origine iranienne

Le forcené a été identifié avant la fin sanglante. Selon des informations de presse convergentes, il s’agit de Man Haron Monis, 50 ans, un islamiste d’origine iranienne inquiété par la justice australienne pour plusieurs faits de violence.

Le preneur d'otages était «imprégné d’extrémisme» et souffrait «d’instabilité mentale», a déclaré mardi le premier ministre australien Tony Abbott.

«Il avait un lourd passé de violences, était imprégné d’extrémisme [religieux] et souffrait d’instabilité mentale», a déclaré M. Abbott. Au cours de la prise d’otages, «il a cherché à parer ses actes des symboles du culte morbide de l’EI», l’organisation État islamique dont les combattants mènent le djihad en Irak et en Syrie, a-t-il ajouté.


L’Iran a officiellement condamné lundi la prise d’otages en Australie, la qualifiant d’injustifiable, a rapporté l’agence Irna.

Pendant la prise d’otages, l’homme avait contraint des otages à tendre sur la vitrine du café un drapeau noir portant des caractères arabes mentionnant la «shahada», ou profession de foi musulmane: «Il n’y a de Dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète.»

Son ancien avocat Manny Conditsis a exclu qu’il ait pu s’agir d’un acte concerté, organisé. «C’est un individu dérangé qui a commis un acte terrifiant», a-t-il dit à la chaîne de télévision ABC.

«Il s’agit d’un acte isolé», a aussi annoncé la police.

Selon les informations du quotidien The Australian, le forcené avait dans le passé envoyé des lettres d’injures aux familles de soldats morts en opérations et était en liberté conditionnelle sous l’accusation de complicité de meurtre dans l’enquête sur la mort de son ex-épouse.

Il était arrivé en 1996 en Australie grâce au statut de réfugié, vivait dans la banlieue de Sydney et était un «islamiste radical», a poursuivi le journal. Ces informations sont recoupées par son propre site internet et la page de l’encyclopédie en ligne Wikipedia rédigée à son sujet et publiée avant même les événements de lundi.

Après avoir convoqué le Comité de sécurité nationale réunissant les membres de son gouvernement et des conseillers chargés des questions de sécurité, le Premier ministre australien Tony Abbott avait évoqué des «élements allant dans [le] sens» d’un acte justifié par «des motifs politiques».

Dans cette hypothèse, le choix du café Lindt par le preneur d’otages ne pouvait être le fruit du hasard: l’établissement est situé au coeur du quartier financier qui abrite également de nombreuses administrations, dont les bureaux du premier ministre de l’État de Nouvelle-Galles du Sud, Mike Baird, ainsi que le siège de la banque centrale.

Depuis Genève, le propriétaire du café, l’entreprise suisse Lindt, s’est déclaré «dévasté» par la prise d’otages.

Législation antiterroriste

L’Australie, engagée au côté des États-Unis dans la lutte contre l’organisation État islamique (EI), a relevé en septembre son niveau d’alerte face à la menace terroriste représentée notamment par les combattants djihadistes australiens de retour d’Irak et de Syrie.

Et fin octobre, elle a durci sa législation antiterroriste en interdisant en particulier tout voyage sans raison valable vers des pays considérés comme des foyers du terrorisme international.

Peu avant l’annonce de la prise d’otages, la police avait fait état de l’arrestation d’un homme de 25 ans à Sydney dans le cadre d’une enquête sur la préparation d’attentats en Australie. Le chef de la police de l’État a dit qu’il ne pensait pas que les deux affaires soient liées.

Plus de 40 organisations musulmanes australiennes ont condamné la prise d’otages et le «détournement» de la «shahada» par des «individus qui ne représentent qu’eux-mêmes».