Les tensions entre les États-Unis et la Russie fragilisent la trêve

Moscou - La Russie a menacé samedi de prendre des mesures de rétorsion contre les États-Unis en réaction à l’adoption d’une loi autorisant la livraison d’armes létales à l’Ukraine et de nouvelles sanctions contre Moscou. 

Au cinquième jour de la trêve fragile dans l’Est séparatiste pro-russe, des tirs au mortier et au lance-roquette se sont poursuivis pendant deux heures en début d’après-midi aux environs de l’aéroport de Donetsk, a rapporté un journaliste de l’AFP depuis le village voisin de Piski, sous contrôle de l’armée ukrainienne, également visé.

Ces développements interviennent avant une rencontre à Rome entre le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov, qui aura lieu dimanche. Bien que l'entretien portera principalement sur les évènements récents au Proche-Orient, la situation en Ukraine sera également à l'ordre du jour.

Cette rencontre survient deux jours après l’adoption d’une loi du Congrès américain qui a autorisé vendredi la livraison d’armes, dont certaines sont létales, à l’Ukraine et l’adoption de nouvelles sanctions contre Moscou.

Le texte intitulé Acte de soutien à la liberté de l’Ukraine voté vendredi à l’unanimité par les parlementaires américains qui autorise pour la première fois la livraison d’armes létales à l’Ukraine a déclenché la colère de Moscou. 

Il n’y a aucun doute que nous ne pourrions pas laisser sans réponse de nouvelles sanctions également évoquées dans ce texte, a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov cité par l’agence Interfax.

Il a dénoncé les décisions inacceptables et les sentiments anti-russes qui, selon lui, ont guidé le vote qualifié d’historique par des députés ukrainiens.

Le vote au Congrès américain constitue un premier pas très symbolique pour l’Ukraine, qui cherche désespérément depuis des mois à convaincre ses alliés de lui vendre des armes pour ses soldats, largement sous-équipés face à des rebelles prorusses soutenus militairement, selon Kiev et les Occidentaux, par la Russie.

Ce vote ne signifie pas pour autant que Barack Obama se résoudra à livrer de telles armes aux forces ukrainiennes. Le président américain a jusqu’à présent toujours préféré fournir l’Ukraine en matériel non létal, comme des radars, des lunettes de vision nocturne ou des gilets pare-balles.

Kiev a par ailleurs appelé l’Union européenne à garder sur la table la possibilité de nouvelles sanctions lourdes contre Moscou. La Russie joue un jeu et essaie de créer un écran de fumée sur son rôle dans le conflit, a affirmé à Bruxelles l’ambassadeur ukrainien, Konstantin Elisseïev.

L’Ukraine ferme son ciel dans l’Est

Sur le terrain, l’armée ukrainienne a fait état samedi de onze attaques rebelles contre ses positions dans l’Est séparatiste prorusse au cours des dernières 24 heures en dépit du cessez-le-feu, et d’un drone survolant le port stratégique de Marioupol, dernière grande ville de l’Est sous contrôle de Kiev. 

Une trêve a été instaurée mardi dans l’est où le conflit a fait plus de 4.634 morts, selon l’ONU, soit plus de 300 morts supplémentaires en trois semaines. 

Les protagonistes estiment qu’elle est globalement respectée même si au moins cinq soldats et volontaires ukrainiens ont été tués depuis dans des affrontements. 

Les autorités ukrainiennes ont pourtant annoncé contre toute attente l’interdiction pour des raisons de sécurité de vols à destination de Dnipropetrovsk, Kharkiv (est) et Zaporijjia (sud), grandes villes proches du front de l’Est séparatiste prorusse. 

Pour Serguiï Zgoursets, expert militaire ukrainien, cette décision pourrait s’expliquer par le fait que les rebelles auraient reçu de nouvelles armes antiaériennes ou servir de signal à l’agresseur potentiel que ses avions seront abattus. 

Un Boeing de la compagnie Malaysia Airlines assurant la liaison entre Amsterdam et Kuala Lumpur avait été abattu le 17 juillet par un missile au-dessus du territoire contrôlé par les séparatistes prorusses avec 298 personnes à bord. 

Kiev et les Américains ont accusé les séparatistes d’avoir tiré un missile fourni par la Russie, ce que Moscou dément en pointant du doigt l’armée ukrainienne. 

Scandale sur le front culturel

La crise russo-ukrainienne a également connu samedi un développement inattendu sur le front culturel. 

L’École chorégraphique de Kiev a renoncé aux fonds levés pour une rénovation de l’établissement lors d’un gala de charité au Bolchoï organisé par la danseuse étoile Svetlana Zakharova à cause de son soutien à l’annexion de la Crimée. 

Ces fonds ne sont pas comparables à des milliers de morts, des centaines de milliers de km2 de territoire, des dizaines de milliards de hryvnias qu’a perdus l’Ukraine, a lancé le directeur de l’École Ivan Dorochenko faisant référence au conflit dans l’Est qui a suivi le rattachement de la Crimée.