Michaëlle Jean aurait toujours de bonnes chances

Les appuis à la candidature de Michaëlle Jean seraient de plus en plus nombreux, même si les discussions se poursuivent et que rien n’est joué. Le fait que le Canada ait décidé récemment de ne pas délivrer de visas aux ressortissants des pays d’Afrique aux prises avec l’Ebola n’aurait pas saboté ses chances de diriger l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), croit la ministre québécoise Christine St-Pierre.

«Ce n’est pas crédible», comme hypothèse, a-t-elle déclaré, lors d’un point de presse samedi matin au Centre international des conférences de Dakar, où s’ouvre le sommet de l’OIF. «Je pense que des choses peuvent se dire dans les médias, mais à l’intérieur, on travaille très fort», a-t-elle ajouté.

Cette semaine, une rencontre sur la question de l’Ebola a eu lieu à la résidence de l’ambassadeur du Canada à Dakar à laquelle ont participé des représentants de la Guinée, du Mali, la ministre de la Santé du Sénégal et des ONG. «Ils ont senti que le gouvernement du Canada voulait travailler très très fort et on voit aussi que [le Canada] a travaillé très fort à l’appui de la candidature de Mme Jean», a indiqué Mme St-Pierre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie.

Les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OIF présenteront neuf projets de résolution, dont qui demande aux divers pays de lever les restrictions de voyages et d’ouvrir les frontières. Avec l’Australie, le Canada est l’un des pays qui ont imposé ces restrictions à la fin du mois d’octobre, ce qui avait été critiqué par l’Organisation mondiale de la Santé. Le Sierra Leone ne s’est pas gêné pour dénoncer ce qu’il a qualifié ce type de mesures jugées «discriminatoires» et certains observateurs croient que les dirigeants africains pourraient être froissés que des pays comme le Canada exigent une telle chose. «Il ne s’agit pas de critiquer un pays», a indiqué cette semaine un haut-fonctionnaire au Devoir. «Mais nous, on veut montrer qu’il faut faire le contraire. La France n’impose aucune restriction de visa.»

Dans son allocution d’ouverture, le premier ministre canadien Stephen Harper a rappelé que la propagation du virus de l’Ebola «demeure préoccupante» dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest. «Le Canada a réagi rapidement à cette menace en appuyant les pays touchés et leurs voisins», a-t-il soutenu. Le pays contribuera à l’effort d’immunisation en investissant 500 millions notamment en vaccins expérimentaux.

Hollande a de bons mots pour Jean

En entrevue à des télévisions françaises, le président de la France, François Hollande, a loué les qualités de l'ex-gouverneur générale du Canada pour succéder à Abdou Diouf à la tête de l’OIF. Au-delà du fait qu’elle est une femme, haïtienne et qu’elle s’est engagée dans nombre de combats, «il y a effectivement des réussites incontestables qui s’attachent à cette candidature», a-t-il dit dans les quelques heures précédant le sommet de l’OIF qui s’ouvre aujourd’hui samedi.
 
De la musique aux oreilles de la ministre St-Pierre qui interprète ces déclarations comme un appui à Michaëlle Jean. «Oui, [c’est un appui]. Chaque mot est important dans ce qu’on fait ici. Le fait que la France avance d’un pas de cette manière-là, ça veut dire qu’elle a cheminé et on souhaite qu’elle soit prête à le dire carrément et clairement», a-t-elle dit lors d’un point de presse au Centre international des conférences de Dimnadio, à Dakar.

Samedi matin, des chefs d’État de la francophonie feront des allocutions d'ouverture, y compris la premier ministre canadien Stephen Harper, arrivé au Sénégal il y a deux jours. Dans la nuit de samedi à dimanche, les tractations auront libres cours entre dirigeants des pays pour arriver à un consensus sur l’une des candidatures à la succession de M. Diouf. Le résultat devrait être annoncé dès dimanche matin.

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Lisa-Marie Gervais est à Dakar à l'Invitation de l'Organisation internationale de la Francophonie.