L’Ebola s’invite au sommet de la Francophonie

À 48 heures de l’ouverture du XVe sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Dakar au Sénégal, la lutte contre l’Ebola risque de se retrouver au coeur du sommet. Un projet de résolution proposé par le président sénégalais, Macky Sall, vise à exprimer la solidarité des pays membres de la Francophonie à l’égard des pays d’Afrique de l’Ouest les plus touchés.

Selon des sources africaines, le projet demanderait la fin des restrictions à la libre circulation avec les pays frappés par l’épidémie, comme la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. « La Francophonie demande la levée des interdictions de voyage et le rétablissement des liaisons aériennes interrompues avec les pays touchés », affirme le site Internet de la présidence togolaise.

Si une telle résolution devait être adoptée à Dakar, le Canada serait inévitablement montré du doigt puisque, à la suite de l’Australie, il fait partie des pays qui ont suspendu la délivrance de visas aux résidents et citoyens des régions touchées par le virus.

Contre la « stigmatisation »

La France entend d’ailleurs profiter du sommet pour affirmer qu’il ne faut pas isoler ces pays. Dans l’entourage de la présidence, on ne cache pas que le détour impromptu que fera François Hollande en Guinée à 24 heures du sommet vise à affirmer « le refus de la stigmatisation ». Premier chef d’État d’un grand pays occidental à visiter la région, François Hollande arrivera vendredi à Conakry. Il visitera les installations hospitalières financées par la France et destinées à lutter contre la maladie qui a déjà fait 1200 morts en Guinée et 5000 en Afrique. Le président français et sa suite circuleront normalement tout en se soumettant aux mesures sanitaires prévues pour tous les voyageurs, précise-t-on à l’Élysée.

Faut-il y lire une critique voilée du Canada qui a suspendu l’octroi de ses visas ? « Il ne s’agit pas de critiquer un pays, nous a répondu un haut fonctionnaire. Mais nous, on veut montrer qu’il faut faire le contraire. La France n’impose aucune restriction de visas et elle a insisté pour maintenir ses vols réguliers en direction de ces pays. »

Annoncée le 31 octobre dernier, la suspension des visas canadiens a fait réagir l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui juge cette mesure inefficace et contre-productive puisqu’elle risque d’isoler encore plus ces pays et d’inciter certains voyageurs à contourner les contrôles sanitaires. La Sierra Leone ne s’est pas gênée pour dénoncer une mesure « discriminatoire » qui ne pourra qu’accentuer l’isolement et le ralentissement économique dont souffre déjà la région.

Le Canada doit s’expliquer

Dans les organisations humanitaires françaises, on ne décolère pas à l’égard de la décision canadienne qui complique la libre circulation du personnel soignant. Mais, comme ces organismes négocient en permanence avec les pays pour faire circuler leurs employés et bénévoles, il n’est pas question pour elles de s’exprimer publiquement, nous a confié un représentant d’une grande ONG française. Sans compter que le climat de panique créé par ce genre de mesure complique le recrutement du personnel médical.

À Dakar, « il faudra que le gouvernement canadien s’explique d’un tel choix qui ne se justifie ni sur le plan scientifique ni sur le plan humain », dit l’ancien président de Médecin sans frontières Rony Brauman. Selon lui, les contrôles les plus efficaces contre la propagation de l’épidémie sont ceux appliqués au départ des pays touchés. « Ce n’est vraiment pas le bon signal à envoyer que de s’enfermer derrière des murs ». Tout en soulignant le « signe fort » que représente la visite du président français en Guinée, Rony Brauman ironise en se demandant si Ottawa laisserait François Hollande venir au Canada après avoir ainsi visité un pays touché par l’épidémie.

Dans le magazine Jeune Afrique, une vingtaine d’artistes africains interpellent les chefs d’État et de gouvernement de l’OIF. « À l’heure où nous vous écrivons cette lettre, disent-ils, plus de frontières se ferment, la suspicion règne et un continent tout entier est stigmatisé. »

La capitale du Sénégal, qui accueillera dès samedi les représentants des 57 pays membres et 20 pays observateurs de l’OIF, est aussi la plaque tournante de l’aide médicale destinée à combattre l’épidémie en Afrique de l’Ouest.

1 commentaire
  • Robert Beauchamp - Abonné 27 novembre 2014 12 h 06

    Et la vice-reine?

    Juste commentaire. Comment le Canada ose-t-il soutenir une candidature qui se dit africaine, canadienne, ex-française, alors qu'il fermait ses frontières aux citoyens francophones d'Afrique. Quel culot!