«Il faut que le français demeure l’une des dix grandes langues»

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
«Je dirais que le combat pour le maintien du français et de sa croissance au Québec, combat qui n’est jamais acquis, prend un tout autre sens quand on sait qu’il y a à travers le monde 274 millions de locuteurs francophones, il prend un tout autre sens quand on sait qu’il y a toute une communauté qui partage cette langue.»
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Je dirais que le combat pour le maintien du français et de sa croissance au Québec, combat qui n’est jamais acquis, prend un tout autre sens quand on sait qu’il y a à travers le monde 274 millions de locuteurs francophones, il prend un tout autre sens quand on sait qu’il y a toute une communauté qui partage cette langue.»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le français, c’est une langue. C’est aussi une culture qui est le liant d’une mosaïque francophone. Si le Sommet de la Francophonie représente l’instance ultime de l’Organisation internationale de la Francophonie, la francophonie, elle, est représentée par 274 millions de locuteurs, ce qui fait du français la cinquième langue parlée dans le monde.​
 

Le mot « francophonie » a été inventé par le géographe français Onésime Reclus, qui l’utilisa une première fois en 1880 pour désigner l’ensemble des personnes et des pays qui parlent le français. Depuis, la définition de cette francophonie « de coeur » est demeurée sensiblement la même. Aujourd’hui, pour définir la francophonie « de tête », on appose un F majuscule qui donne une résonance institutionnelle, comme dans l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Cette Francophonie dite institutionnelle voit le jour en 1970 avec la création de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). C’est André Malraux qui jette les bases de cette future agence quand, en 1969, il organise la première Conférence des États francophones. L’ACCT est une organisation intergouvernementale qui a pour mandat de renforcer la coopération entre ses membres et d’intervenir comme opérateur de la Francophonie dans les domaines de l’éducation et de la formation, des sciences et techniques, de l’agriculture, de la culture et de la communication, du droit, de l’environnement et de l’énergie.

À sa fondation en 1970, l’ACCT comptait 21 pays et États membres. Dès 1990, on double ce nombre, et c’est en 1995 que l’ACCT devient l’Agence de la Francophonie, avant de prendre son appellation actuelle d’OIF. On parle aujourd’hui de 57 États et gouvernements membres de l’OIF, de 20 États observateurs et de 3 États associés. L’OIF est un puissant dispositif institutionnel visant à promouvoir la langue française.

C’est en 1997 que sera élu pour la première fois un secrétaire général de la Francophonie. Ce rôle revient alors à Boutros Boutros-Ghali, qui occupera ce poste jusqu’en 2002, pour laisser sa place à l’actuel secrétaire général, Abdou Diouf, l’ancien président du Sénégal.

Être francophone

Pour un Québécois francophone, il est facile de comprendre l’importance de la langue française, mais que signifie appartenir à la grande famille francophone et pourquoi est-ce si important ? Louise Beaudoin répond à la question avec passion : « Pour moi, ici au Québec, c’est évident que ce qui est important, c’est toute la dimension de la langue française et de la francophonie. Je dirais que le combat pour le maintien du français et sa croissance au Québec, combat qui n’est jamais acquis, prend un tout autre sens quand on sait qu’il y a à travers le monde 274 millions de locuteurs francophones, il prend un tout autre sens quand on sait qu’il y a toute une communauté qui partage cette langue. » Elle poursuit en affirmant « que les objectifs pour moi sont clairs, il faut que le français demeure l’une des dix grandes langues internationales. Ce qui est plus difficile, c’est de faire en sorte que le français conserve son statut et son usage dans les organisations internationales, que ce soit au régional, comme dans l’Union européenne, ou au sein des organismes des Nations unies. » S’il y a un dossier pour lequel se bat Louise Beaudoin, c’est bien celui de la diversité culturelle. Sans la communauté francophone et sans l’OIF, jamais ce sujet n’aurait été abordé à l’UNESCO : « C’est le moment de réactualiser la convention de l’UNESCO, adoptée en 2005, sur la question de la diversité culturelle. Parce que ce qui change la donne aujourd’hui, c’est le tsunami que représente le numérique dans toutes nos industries culturelles. Que ce soit dans les livres, le cinéma, la musique, il faut adapter cette convention au numérique, parce qu’elle a été conçue dans un monde qui était territorialisé, un monde qui est maintenant dématérialisé. »

Lucien Bouchard, quant à lui, croit que c’est justement l’importance d’appartenir à la grande famille francophone qui lui donne une signification, et cette signification, « c’est la reconnaissance du français comme langue internationale, comme langue planétaire. C’est le fait qu’on parle français sur tous les continents, que le français soit une grande langue de civilisation occidentale, que ce soit l’un des plus beaux moyens de communication que l’humanité ait jamais mis au point, et on a la chance, nous, de participer à ça. Au Québec, parfois, on se sent isolé et on se rend compte qu’on n’est pas seul quand on se retrouve dans cette grande communauté avec des gens qui parle français avec tous les accents. C’est le caractère universel de la langue française qui est reconnu, qui est pratiqué, qui est mis en oeuvre et auquel se conjugue une action communautaire, une action d’entraide, et, derrière la langue, il y a la reconnaissance d’une culture, l’esprit d’une civilisation, une façon de sentir, une façon de voir ce qu’est une grande langue comme le français. »