Mur de sécurité israélien - L'Assemblée de l'ONU saisit la Cour de La Haye

Un ouvrage très controversé.
Photo: Agence Reuters Un ouvrage très controversé.

Jérusalem — Israël était indigné et les Palestiniens satisfaits hier après l'adoption d'une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU demandant à la Cour internationale de justice (CIJ) de se prononcer sur les conséquences légales de la ligne de séparation que l'État juif construit en Cisjordanie.

«Il est très regrettable qu'un groupe de pays se serve cyniquement de l'Assemblée générale de l'ONU pour délégitimer un État membre. L'État juif est le seul à avoir été mis en demeure de devoir rendre compte à un tribunal de son droit légitime à se défendre», a affirmé à l'AFP Raanan Gissin, porte-parole du gouvernement israélien, après le vote à l'ONU.

«C'est très grave, au lieu de juger les terroristes et de défendre la civilisation, la CIJ va créer un précédent [...] Cela sert les pays arabes qui veulent figer la Feuille de route», le dernier plan de paix international pour le conflit israélo-palestinien, a-t-il ajouté.

Au contraire, l'Autorité palestinienne a vu dans ce vote «une victoire pour le droit», et s'est félicité de cette résolution après l'adoption de la Feuille de route par la résolution 1515 du Conseil de sécurité de l'ONU.

«Il s'agit d'un message de la communauté internationale qui indique à Israël de stopper la construction du "mur" et ses agressions», a ajouté l'Autorité dans un communiqué.

La résolution de l'ONU demandant à la CIJ de définir quelles sont «en droit les conséquences de l'édification» de la ligne de séparation a été adoptée par 90 voix pour, 8 contre et 74 abstentions (dont celle des pays membres de l'Union européenne).

Conscient que le résultat du vote était inéluctable, le cabinet israélien avait par avance décidé de ne pas boycotter la CIJ et de plaider le «droit à l'autodéfense».

Prévue au départ pour empêcher l'infiltration de kamikazes palestiniens en Israël, la ligne de séparation que construit l'État juif était censée épouser grosso modo le tracé de la «ligne verte», la ligne de démarcation entre Israël et la Cisjordanie.

Mais dans son tracé actuel, l'ouvrage, qualifié de «clôture de sécurité» par Israël, s'enfonce par endroits profondément en territoire palestinien pour protéger des colonies juives et les abords de Jérusalem-est, occupée et annexée. Pour les Palestiniens, ce «mur de l'apartheid», est un moyen pour Israël de rogner sur le territoire de l'État qu'ils ambitionnent de créer.

Un rapport publié récemment par le bureau de l'ONU pour la coordination des Affaires humanitaires (OCHA) précise que quelque 680 000 Palestiniens de Cisjordanie vont pâtir de la construction de cette ligne.

L'insaisissable trêve

D'autre part, l'Autorité palestinienne s'est engagée hier à continuer de tenter de convaincre tous les groupes armés de décréter une trêve à l'égard d'Israël, malgré l'échec, la veille, au Caire, d'une réunion de 12 mouvements palestiniens consacrée à cette question.

«Si nous obtenons des garanties, [...] notamment de la part du Quartette [États-Unis, Russie, ONU, Union européenne] nous pourrons proclamer un cessez-le-feu avec Israël», a estimé hier soir Zakariya al-Agha, un responsable du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat.

Le premier ministre israélien Ariel Sharon, lui, a répété hier qu'il n'écartait «pas des démarches unilatérales, s'il s'avère que nos partenaires palestiniens ne mènent pas un véritable dialogue de paix et ne démantèlent pas les organisations terroristes comme l'exige la Feuille de route», le plan de paix du Quartette.

M. Sharon est resté flou sur la nature de ces mesures, mais une partie de la presse israélienne estime qu'elles pourraient se traduire par l'annexion des secteurs de Cisjordanie regroupant les principales colonies juives en contrepartie de l'évacuation de quelques petites colonies isolées.