S’affranchir, lentement mais sûrement

Vicky Fragasso-Marquis Collaboration spéciale
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a recommandé en 2011 l’adoption de plusieurs politiques publiques qui pourraient aider les femmes.
Photo: Jean-François Lemire L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a recommandé en 2011 l’adoption de plusieurs politiques publiques qui pourraient aider les femmes.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Si les femmes des pays plus développés semblent s’être émancipées économiquement, il reste beaucoup de travail à faire dans des régions plus pauvres, selon des organismes présents sur le terrain. Ce renforcement du pouvoir féminin doit s’accompagner d’un changement de mentalité, ce qui est une tâche de longue haleine.

« La pauvreté, ce n’est pas uniquement une question de manque d’avoirs, de revenus, c’est également une question de manque d’éducation et de pouvoir. Le pouvoir, l’avoir et le savoir, c’est un tout », explique Odette McCarthy, chargée de projet au Centre d’étude et de coopération internationale (CECI).

Les organismes comme ceux de Mme McCarthy mettent en place, avec des groupes locaux, des programmes pour aider les femmes à dépendre moins du revenu de leur mari. Par exemple, ils vont tenter d’aider les femmes à avoir accès au microcrédit pour lancer leur propre entreprise.

Oxfam Québec a aussi travaillé avec un organisme local pour offrir une formation professionnelle à des femmes dans des domaines traditionnellement masculins, comme la mécanique et la carrosserie. Un dialogue a été ouvert avec des entreprises privées pour que ces étudiantes soient embauchées comme stagiaires.

« Ces entreprises-là ont trouvé que les jeunes femmes travaillaient tellement bien qu’elles les ont embauchées par la suite […]. En 2013-2014, des 67 filles formées en tôlerie et peinture, 63 avaient trouvé un emploi », affirme fièrement Denise Byrnes, la directrice générale d’Oxfam Québec.

Toutefois, cette formation était assortie d’une aide psychologique pour les jeunes femmes et c’est ce qui a assuré le succès d’un tel projet, selon Mme Byrnes.

Il faut donc toujours instaurer des programmes sociaux pour que l’autonomisation économique des femmes se réalise pleinement. « Il faut créer un espace pour ces femmes, mais il faut s’assurer qu’elles le prennent et que les hommes les laissent le prendre », a souligné Mme McCarthy.

Pour sensibiliser la population de ces pays, Oxfam Québec et le CECI s’en remettent la plupart du temps aux groupes locaux, qui connaissent mieux la réalité des gens de la région.

 

Pressions politiques

Ce sont aussi les organismes implantés dans la collectivité qui pourront mettre de la pression sur les gouvernements, des acteurs importants pour faire avancer la cause.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a recommandé en 2011 l’adoption de plusieurs politiques publiques qui pourraient aider les femmes. Les gouvernements sont appelés notamment à bonifier leurs prestations sociales, puisque les femmes et les enfants sont les premiers touchés par la pauvreté. Les décideurs pourraient aussi réformer leurs politiques commerciales pour permettre une meilleure exportation des produits issus des petites entreprises féminines.

Or le problème se situe souvent sur le plan de l’application des lois, selon Odette McCarthy. Elle rappelle que presque tous les pays dans le monde ont ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes. Cette convention, adoptée par l’Organisation des Nations unies en 1979, les incite à instaurer des lois pour assurer l’égalité entre les sexes.

D’où l’importance des organismes locaux qui encourageront les femmes à connaître leurs droits et à les défendre. La quasi-unanimité que rallie cette convention démontre, selon Anne Delorme, coordonnatrice au Comité québécois femmes et développement, que l’égalité des sexes est un « concept universel ». « Ce n’est pas uniquement un concept des pays du Nord. Cet argument nous aide à affronter les blocages », explique-t-elle.

Financer et influencer

Les gouvernements des pays plus développés ont aussi leur rôle à jouer, selon les organismes. Oxfam Québec a proposé, dans un rapport déposé récemment, qu’une partie des subventions des pays devrait être versée dans des programmes pour aider les femmes.

Mme McCarthy évoque plutôt l’aide que pourraient fournir les pays dans l’élaboration de politiques. Par exemple, le Canada a soutenu le Mali dans le développement de sa politique nationale sur l’égalité.

Anne Delorme estime que des pays comme le Canada et les États-Unis peuvent aussi assumer un rôle plus symbolique. « Oui, il y a du financement, mais il faut aussi continuer d’influencer, de travailler avec les gouvernements pour permettre les changements qui découlent des politiques », a-t-elle souligné.