Premiers contrôles de passagers dans les aéroports français

À peine descendus d’avion, les passagers du vol Conakry-Paris ont été accueillis samedi par des thermomètres laser pour détecter d’éventuels cas de fièvre, mesure la plus spectaculaire prise par le gouvernement français pour se préparer à l’éventuelle arrivée en France du virus Ebola.

«Nous étions sur la passerelle en file indienne, des médecins prenaient notre température à distance. On est agréablement surpris, c’est allé très vite», a rapporté à l’AFP Souhaib Bangoura, 35 ans qui était en Guinée pour des motifs professionnels.

Comme lui, les 150 à 200 passagers du vol quotidien Air France reliant Conakry à Paris ont été les premiers à passer les contrôles sanitaires sur le sol français, à leur arrivée à 5 h 55 (heure locale) samedi. Une «sécurité supplémentaire», avait indiqué vendredi la ministre française de la Santé Marisol Touraine.

Une passagère d’une quarantaine d’années, présentant de la fièvre, a été prise en charge par les équipes de l’hôpital parisien Bichat, a-t-on appris de source proche du dossier. «Elle était au-delà de 38 °C, mais après sa température est descendue», a toutefois assuré cette source. «Une heure après sa sortie de l’avion, elle n’avait plus que 37,5 °C. Elle n’avait ni vomissements, ni diarrhée.»

Interrogé par l’AFP, le ministère de la Santé n’a souhaité faire «aucun commentaire», se bornant à réitérer qu’il «informerait immédiatement la population» si un cas devait être confirmé en France.

La France a annoncé vendredi un renforcement de son dispositif de lutte contre le virus, au lendemain d’une nouvelle alerte suscitée par l’admission pour «fièvre suspecte» d’une infirmière française ayant traité, en septembre, une volontaire de Médecins sans frontières (MSF) atteinte d’Ebola.

Les premiers tests se «sont révélés négatifs» pour cette soignante, selon une source proche du dossier.

Vie normale en Guinée

«La population française commence à avoir peur, c’est normal de les rassurer», commentait à Roissy Ibrahima Sylla, ancien diplomate venu rendre visite à sa famille en France. Il retournera en Guinée dans dix jours «sans inquiétude».

«Je flippais beaucoup avant de partir, mais sur place j’étais rassuré, car les gens prennent la mesure de l’épidémie», poursuit Souhaib Bangoura. «Sur place, j’ai pris toutes les mesures nécessaires pour que tout se passe bien, je prenais ma température avant d’entrer dans un bureau et je me lavais les mains avec une solution chlorée.»

Un autre passager, Barry Abdoulaye, 30 ans, assure qu’«en Guinée, Ebola occupe les conversations, mais la vie est normale».

«J’ai réduit mon séjour, vu tout ce que les médias internationaux commençaient à dire, je devais rentrer en France le 20 octobre», ajoute-t-il toutefois, un flacon de solution hydro-alcoolique distribué à son arrivée à Paris dans les mains.

«Les gens ont plus peur d’Ebola en France qu’en Guinée», renchérit Sow Souleymane, expliquant avoir passé quatre contrôles sanitaires à son départ de Conakry.

Dépistage

Le dépistage à l’arrivée, déjà en vigueur en Grande-Bretagne et dans plusieurs aéroports américains, est uniquement mis en place sur le vol en provenance de Conakry, seule liaison directe entre la France et l’un des trois pays d’Afrique de l’Ouest les plus touchés par le virus. Aucun contrôle n’est prévu pour l’instant sur les passagers venant de pays à risques ayant effectué des correspondances.

La Guinée, d’où est partie l’épidémie en décembre 2013, fait partie, avec le Liberia et la Sierra Leone, des trois pays les plus touchés par le virus.

Vendredi soir, des syndicats d’hôtesses et de stewards d’Air France ont réclamé la fermeture de la desserte de Conakry, évoquant leur inquiétude d’un «risque grave de propagation de l’épidémie». Fin août la compagnie avait suspendu ses vols vers la capitale de la Sierra Leone Freetown, après de précédentes protestations syndicales.

«Il n’y a pas de solution miracle, il faut multiplier les mesures», avait précédemment reconnu Mme Touraine. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a également relativisé jeudi l’efficacité de ces contrôles, mettant en garde contre «un faux sentiment de sécurité».

La fièvre hémorragique Ebola a fait 4555 morts sur 9216 cas enregistrés dans sept pays, selon l’OMS.