L’OTAN appelle la Russie à cesser ses «actions militaires illégales» en Ukraine

L’OTAN a appelé vendredi en termes très fermes la Russie à cesser ses « actions militaires illégales » en Ukraine, tandis que Vladimir Poutine déclarait qu’il fallait « contraindre » Kiev à négocier avec les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine.

 

Le secrétaire général de l’Alliance atlantique Anders Fogh Rassmussen a condamné le « mépris permanent de la Russie pour ses obligations internationales », exigeant des mesures immédiates et vérifiables en vue d’une « désescalade » dans le conflit qui ravage l’est de l’Ukraine.

 

Jeudi, l’OTAN a affirmé que plus de 1000 soldats russes combattaient en Ukraine et que 20 000 étaient massés le long de la frontière.

 

Les dirigeants européens se sont fait quant à eux fait plus virulents vendredi, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius demandant que « cessent les bruits de bottes russes » dans l’est de l’Ukraine, tandis que Berlin a dénoncé une « intervention militaire ».

 

Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a également prévenu que la situation risquait de devenir « hors de contrôle » avec une « confrontation immédiate » entre troupes russes et ukrainiennes. Ces déclarations précèdent une réunion entre les dirigeants européens samedi pour décider d’éventuelles nouvelles sanctions contre la Russie. Le président ukrainien, Petro Porochenko, sera lui-même présent à Bruxelles, où il sera reçu notamment par le président sortant du Conseil, Herman Van Rompuy, dont le remplaçant devra, en outre, être désigné.

 

Voix polonaise

 

Le premier ministre polonais, Donald Tusk, fait figure de grand favori, ce qui donnerait à la Pologne, pays traditionnellement hostile à Moscou et très impliqué dans le soutien à l’Ukraine depuis le début de la crise, une voix plus forte dans ce dossier.
 

Le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski n’a d’ailleurs pas hésité vendredi à parler de « guerre » en Ukraine.

 

Face à cette aggravation de la situation, Kiev a annoncé vendredi son intention de relancer le processus d’adhésion à l’OTAN, l’Alliance atlantique soulignant de son côté qu’elle ne fermerait pas la porte à l’Ukraine, qui avait renoncé à son projet d’en faire partie en 2010 sous le gouvernement prorusse de l’époque.

 

Mais vendredi, le premier ministre Arseni Iatseniouk a annoncé que son « gouvernement soumettrait au Parlement un projet de loi visant à annuler le statut faisant que l’Ukraine ne souhaitait appartenir à aucun bloc et à revenir sur la voie de l’adhésion à l’OTAN ».

 

Vladimir Poutine a pour sa part déclaré qu’il fallait « contraindre » Kiev à négocier avec les séparatistes prorusses pour « entamer des négociations sur le fond ».

 

L’homme fort de la Russie a par ailleurs vanté les « succès considérables » de la rébellion prorusse, qui ont repris l’initiative sur l’armée ukrainienne après plusieurs semaines de recul. Vladimir Poutine s’est adressé dans son communiqué aux « insurgés de la Novorossia » (« Nouvelle Russie »), mot qu’il utilise depuis avril pour désigner plusieurs régions de l’est et du sud de l’Ukraine.

 

Ce concept de « Nouvelle Russie » datant de l’époque tsariste renvoie à l’idée d’un territoire sous contrôle indirect de Moscou, qui pourrait se contenter d’incursions militaires destinées à soutenir la rébellion prorusse, déstabilisant durablement Kiev et freinant le processus de son rapprochement avec l’Ouest.

 

« Le peuple russe et le peuple ukrainien étaient quasiment un seul et même peuple », a-t-il lancé, déclarant que la Crimée ne retournerait jamais dans le giron ukrainien.

 

Vladimir Poutine est allé jusqu’à demander aux rebelles d’ouvrir un « couloir humanitaire » pour les soldats ukrainiens encerclés depuis plus d’une semaine dans la ville d’Ilovaïsk, à 40 km au sud-est du bastion séparatiste de Donestk. L’armée a annoncé 10 morts dans ses rangs en 24 heures.

 

Le rouble est tombé vendredi à un niveau jamais vu face au billet vert (37,02 roubles pour un dollar), les investisseurs s’inquiétant d’un possible accroissement des sanctions occidentales imposées à Moscou évoqué par Washington, Berlin et Londres.

 

Comme souvent quand se précise une menace de sanctions, Moscou a répliqué en brandissant l’arme du gaz, indiquant qu’il y avait « un risque que le gaz livré par [la compagnie russe] Gazprom à destination de l’Europe ne soit illégalement prélevé par l’Ukraine pour ses propres besoins » à l’approche de l’hiver.

 

Sur le terrain, tous les regards sont désormais tournés vers Marioupol (460 000 habitants), port stratégique ukrainien sur la mer d’Azov, dont la Russie et la Crimée sont aussi riveraines, qui se préparait dans le calme à subir des combats.