La preuve d’une intervention russe agite l’Occident

Une poignée de parachutistes russes ont été arrêtés par Kiev cette semaine, alors que l’OTAN a confirmé la présence d’au moins 1000 militaires russes sur le territoire ukrainien. L’agence de nouvelles ukrainienne Unian a publié leurs photographies jeudi.
Photo: Volodymyr Gontar Agence UNIAN/Agence France-Presse Une poignée de parachutistes russes ont été arrêtés par Kiev cette semaine, alors que l’OTAN a confirmé la présence d’au moins 1000 militaires russes sur le territoire ukrainien. L’agence de nouvelles ukrainienne Unian a publié leurs photographies jeudi.

La révélation d’« une présence évidente » des troupes russes en sol ukrainien a provoqué jeudi tout un branle-bas de combat dans les capitales de l’Occident, alors que Kiev enjoignait à ses alliés de lui fournir une « aide militaire d’envergure » afin de lutter contre l’envahisseur et préserver son intégrité territoriale.

 

Soupçonnée depuis des mois à la lumière d’informations parcellaires, la présence « d’au moins 1000 soldats » de l’armée russe sur le territoire de l’Ukraine a été confirmée hors de tout doute jeudi par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Une poignée d’entre eux, des parachutistes, avait été arrêtée quelques jours plus tôt près du village de Dzerkalne dans la région de Donetsk, à une trentaine de kilomètres de la bordure russo-ukrainienne. Quelque 20 000 soldats additionnels seraient massés à la frontière, précisait-on.

 

Deux colonnes de chars et de véhicules russes ont en outre attaqué, depuis la Russie, un poste frontalier du sud-est de l’Ukraine à l’aide de missiles Grad, puis ont pénétré dans le pays quand les gardes-frontières ont pris la fuite, a affirmé un dirigeant ukrainien. Les propos du porte-parole du Conseil national de sécurité de l’Ukraine, et des affirmations provenant de l’OTAN, des séparatistes prorusses en Ukraine et des États-Unis confirment que les forces russes ont envahi le sud-est de l’Ukraine.

 

Condamnation du Conseil de sécurité

 

À Washington comme à Berlin, Paris ou Ottawa, ces nouvelles révélations ont forcé les gouvernements à durcir à nouveau le ton envers Vladimir Poutine.

 

La Russie a été mise en accusation lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU par les Occidentaux, à commencer par les États-Unis, qui ont dénoncé une « implication directe » des forces russes aux côtés des séparatistes dans l’est du pays. Mais comme l’État russe y détient un droit de veto, l’organe exécutif de l’ONU se retrouve paralysé dans le dossier ukrainien.

 

« Nous reconnaissons hors de tout doute, s’il y a déjà eu quelconque doute, que la Russie est responsable de la violence dans l’est de l’Ukraine. La violence est encouragée par la Russie. Les séparatistes sont entraînés par la Russie, ils sont armés par la Russie, financés par la Russie, a déclaré le président américain, Barack Obama, à la suite d’un entretien téléphonique avec la chancelière allemande, Angela Merkel. La Russie viole délibérément et de façon répétée la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, et ces nouvelles images le démontrent au monde entier. »

 

Les autorités ukrainiennes ont demandé de leur côté aux Occidentaux des « sanctions significatives » et une aide militaire « d’envergure ».

 

Des revendications qu’ont poliment écartées les chefs d’État européens et nord-américains.

 

Le président Obama a affirmé que les États-Unis « n’auront pas recours à la force pour résoudre le problème ukrainien ». Il a annoncé qu’il recevrait son homologue ukrainien, Petro Porochenko, le mois prochain à la Maison-Blanche. M. Obama doit se rendre la semaine prochaine en Estonie, puis au pays de Galles pour un sommet de l’OTAN.

 

L’Ukraine ne fait pas partie de l’Alliance atlantique, « mais certains pays proches le sont », a-t-il remarqué, tout en évoquant l’article cinq de la charte de l’OTAN qui prévoit la solidarité entre ses membres en cas d’agression.

 

Des CF-18 canadiens

 

À Ottawa, le ministre des Affaires étrangères John Baird s’en est pris à Vladimir Poutine pour son « invasion de l’est de l’Ukraine », l’avertissant que les pays de l’OTAN allaient préparer leur réponse à cette escalade de la crise. À quelques jours du sommet de l’organisation internationale, M. Baird a affirmé que le Canada se tient prêt à prendre d’autres mesures pour isoler le régime de Vladimir Poutine. Il n’a toutefois pas précisé en quoi consisteraient ces mesures.

 

« Il n’y a aucun doute que leurs actions subtiles dans l’est de l’Ukraine sont devenues une intervention active, une invasion active », a-t-il tonné.

 

Des avions de chasse canadiens vont patrouiller le long des frontières de l’espace aérien russe la semaine prochaine, dans le cadre de la réponse de l’OTAN à la situation qui se dégrade en Ukraine. Au moins quatre des six CF-18 envoyés outre-mer par le gouvernement Harper sont arrivés à une base militaire située en Lituanie. Ces missions aériennes ont pour but de rassurer les alliés européens, troublés par la prise de contrôle de la Crimée par les Russes et par les actions militaires en cours dans l’est du pays.

 

À New York, où se rencontrait le Conseil de sécurité, l’ambassadeur russe aux Nations unies, Vitaly Churkin, a affirmé aux médias : « Vous êtes dans l’erreur. » Il a par la suite soutenu que Kiev « menait une guerre contre sa propre population ».

 

M. Churkin n’a pas nié la présence de soldats russes en Ukraine. « Il y a des volontaires russes dans des parties de l’est de l’Ukraine. Personne ne dissimule ça », a-t-il argué. Mais il a dit s’interroger sur la présence de conseillers occidentaux et sur la provenance des armes des forces ukrainiennes. M. Churkin a dit vouloir envoyer un message à Washington, celui de « cesser d’interférer dans les affaires internes d’États souverains ».

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