Les troupes ukrainiennes sont aux portes de Donetsk

Les forces ukrainiennes se sont emparées d’une importante ville et encerclent Donetsk, le plus important bastion rebelle dans l’est du pays, a annoncé un important commandant des insurgés, samedi.

 

Cette déclaration d’Igor Girkine, un ancien officier des forces spéciales russes, semble représenter une admission importante, par les rebelles, du fait que les forces de Kiev semblent prendre l’avantage depuis le début des combats, il y a quatre mois.

 

M. Girkine a fait savoir que la ville de Krasnyi Luch, où passe l’une des deux routes principales reliant Donetsk à l’autre métropole rebelle, Lougansk, «a été prise par l’ennemi».

 

«Le groupe de combattants Donetsk-Horlivka de la Nouvelle Russie est entièrement encerclé», a-t-il indiqué sur une page gérée par les rebelles sur les réseaux sociaux. Les termes «Nouvelle Russie» sont largement utilisés par les rebelles de l’Est ukrainien qui réclament l’indépendance par rapport à Kiev. Korlivka, où des combats ont également lieu, est située à 30 kilomètres de Donetsk.

 

La chute de Krasnyi Luch signifierait que plusieurs autres routes vers des zones rebelles seraient aussi coupées.

 

Un porte-parole de l’opération militaire ukrainienne, Andriy Lisenko, a indiqué samedi à des journalistes ne pas être en mesure de confirmer que la ville était bien passé sous le contrôle du gouvernement. À Donetsk, un porte-parole municipal a annoncé qu’au moins une personne avait été tuée et plusieurs autres blessées, samedi, dans le bombardement du sud de la ville. Maxim Rovninski a aussi indiqué à l’Associated Press que près de 30 immeubles à logements avaient été pris pour cible pendant la nuit.

 

La ville, dont la population de près d’un million d’habitants avant les combats a fondu de plusieurs de centaines de milliers de résidants, est de plus en plus la cible de tirs depuis les dernières semaines. Des responsables ukrainiens nient qu’ils bombardent les civils, comme l’affirment les rebelles, et soutiennent que les insurgés installent des lance-roquettes dans des zones habitées. Il était possible d’entendre des explosions, samedi, dans les faubourgs nord de la ville, près de l’aéroport.

 

Les inquiétudes sont de plus en plus nombreuses à propos d’une catastrophe humanitaire en développement à Lougansk, où les combats ont été plus intenses et durent depuis plus longtemps. Une carte publiée par l’armée ukrainienne montre les forces nationales entourant la ville sur trois fronts, avec une seule ouverture au sud.

 

Des agences de presse russes, citant des autorités municipales, ont mentionné samedi que la ville se trouvait sans eau et sans électricité depuis une semaine, et que la majorité des commerces étaient fermés.

 

La Russie fait pression pour l’envoi d’une mission humanitaire à Lougansk, mais Kiev et plusieurs pays occidentaux suspectent que cela pourrait représenter un prétexte pour y dépêcher des troupes. Des chancelleries occidentales avancent que la Russie a massé quelque 20 000 soldats de l’autre côté de la frontière.

 

De son côté, la Croix-Rouge a fait état de l’accroissement de ses efforts pour lutter contre la crise dans l’est de l’Ukraine, mais a mis en garde que tout convoi de l’organisation «respectera strictement nos principes fondamentaux que sont la neutralité, l’impartialité et l’indépendance».

 

Samedi, le directeur adjoint de l’administration présidentielle ukrainienne a affirmé que les forces russes voulaient entrer en Ukraine sous prétexte d’une mission humanitaire, mais que Kiev avait bloqué cette démarche. Un porte-parole du Kremlin a rejeté cette allégation, affirmant qu’«il n’y a pas eu de tentative de pénétration de la part des soldats russes», selon ce que disent les agences russes. Il a toutefois réitéré l’appel de Moscou pour une démarche de nature humanitaire, affirmant que «cette catastrophe est désormais le principal sujet de discussion».

 

À Kiev, des travailleurs municipaux et des bénévoles ont démonté samedi les dernières barricades ayant bloqué la principale artère dès le début des manifestations antigouvernementales, en novembre. Les protestataires les avaient érigées pour protéger un village de tentes sur la principale place de la ville. Bien que la taille du camp en question ait rapidement diminué après la fuite du président prorusse Viktor Ianoukovitch en février, et l’installation d’un nouveau gouvernement, un petit noyau d’irréductibles était demeuré sur place.