Sur les plages du débarquement

Le président français François Hollande a loué la « solidarité » qui unit les États-Unis et la France depuis 70 ans, en compagnie du président états-unien Barack Obama, devant de nombreux anciens combattants au cimetière américain de Colleville-sur-mer.
Photo: Agence France-Presse (photo) Pascal Rossignol Le président français François Hollande a loué la « solidarité » qui unit les États-Unis et la France depuis 70 ans, en compagnie du président états-unien Barack Obama, devant de nombreux anciens combattants au cimetière américain de Colleville-sur-mer.

Les gigantesques commémorations du 70e anniversaire du débarquement en Normandie, qui ont réuni 19 chefs d’État et de gouvernement, n’auront pas servi à rien. Au terme d’un complexe chassé-croisé entre Paris, les plages du débarquement et le petit château de Bénouville, Vladimir Poutine et Barack Obama se sont finalement parlé. En aparté du déjeuner réunissant les officiels, le président Poutine et son nouvel homologue ukrainien, Petro Porochenko, ont même appelé à la fin des combats en Ukraine.

 

C’est donc avec le sourire aux lèvres que le président François Hollande a pu déclarer devant la plage d’Ouistreham : « À nous de faire preuve de la même hauteur de vue, de la même audace et bravoure que ceux qui sont venus sur ces plages. Aujourd’hui, les fléaux s’appellent les crimes contre l’humanité, les dérèglements des systèmes financiers, la misère, le chômage de masse. » Huit mille personnes, dont de nombreux anciens combattants venus du monde entier, avaient pris place devant une gigantesque mappemonde dessinée sur le sable.

 

Plus tard, au micro de France 2, François Hollande a déclaré qu’il y avait eu des rencontres. « J’en ai même provoqué une entre Vladimir Poutine et Petro Porochenko. Si nous avons pu faire franchir l’étape de la désescalade, alors le 6 juin 2014 a été utile. Les bases ont été jetées. »

 

Toute la journée, les médias ont scruté les regards entre Barack Obama et Vladimir Poutine. Après s’être fuis pendant toute la matinée, les deux hommes ont finalement échangé un sourire. À table, on avait pris soin de ne pas les mettre face à face et de les séparer par quelques têtes couronnées. Dans la matinée, à Deauville, où elle rencontrait le président russe, la chancelière allemande, Angela Merkel, a appelé ce dernier à assumer sa « grande » part de responsabilité dans la résolution de la crise ukrainienne.

 

Le sacrifice des civils

 

Pour la première fois, « l’hommage de la nation doit s’adresser à tous, civils et militaires, avec cette indistinction des vêtements et uniformes portés », a insisté François Hollande lors de l’ouverture des cérémonies. Le président a maintes fois fait référence aux civils sacrifiés qui ont péri sous la pluie de bombes qui s’était abattue sur la Normandie pendant le débarquement. Une stratégie qui avait été contestée à l’époque dans le haut commandement militaire. Le débarquement fit 20 000 victimes en trois mois. À Rouen, les Alliés larguèrent pas moins de 6000 bombes en quelques heures, si bien que les cloches de la cathédrale ont fondu.

 

À Ouistreham, le président français a non seulement reconnu le courage des soldats qui débarquèrent, mais aussi celui « des peuples de ce qu’on appelait l’Union soviétique ». Et même celui des Allemands, victimes du nazisme.

 

Toute la journée, les cérémonies se sont succédé aux cimetières britanniques, américains et canadien. Alors qu’un froid traverse les relations franco-américaines à propos de l’Ukraine, à Coleville-sur-Mer, François Hollande a loué la « solidarité » qui unit les deux pays depuis 70 ans. Barack Obama a évoqué la mémoire de son grand-père qui avait débarqué lui aussi en Normandie, mais après le jour J.

 

C’est en fin de journée, vers 17 h 30, que les premiers ministres Stephen Harper et Manuel Valls se sont rendus au Mémorial canadien du débarquement pour rendre hommage aux Canadiens morts au combat.

 

Fait notable, alors que la Pologne est aux avant-postes du conflit ukrainien, Paris a souhaité rendre un hommage particulier aux 696 militaires polonais qui ont participé au débarquement et qui reposent au cimetière d’Urville-Langannerie.

 

Individualisme victimaire

 

En France, plusieurs historiens ont fait remarquer que la présence des chefs d’État est récente à ces commémorations du débarquement, qui étaient autrefois laissées aux seuls militaires. Charles de Gaulle s’y était fait représenter en 1964 et Valéry Giscard d’Estaing fit la même chose en 1974. La politisation de l’événement date de 1984 avec François Mitterrand. « Jusqu’aux années 1980, les victimes des opérations en Normandie n’avaient guère retenu l’attention des pouvoirs publics, qui préféraient exalter les exploits des armées anglo-américaines », écrit l’historien Olivier Wieviorka dans le journal Le Monde.

 

Dans Le Figaro, le sociologue Jean-Pierre Le Goff, dont la famille est originaire de la Normandie, a dénoncé une relecture de la bataille de Normandie à l’aune de l’individualisme victimaire. « Aujourd’hui, on cherche à intéresser les jeunes à l’histoire par le récit des faits et gestes de la vie quotidienne, en érigeant la souffrance et l’émotion en valeurs cardinales, dit-il. On tend à transformer les victimes en héros, le tout sur fond d’un pacifisme rempli de bons sentiments. »

6 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 7 juin 2014 10 h 01

    L'histoire cachée

    Mon père qui a participé au débarquement m'a longement parlé du fait que beaucoup d'agriculteurs français faisaient des affaires d'or avec les nazis et engeulaient nos soldats pour avoir fait le débarquement et endommagé leurs fermes..!!!

    Mon père a adoré les belges qui étaient plus reconnaissants mais toujours gardé sur le coeur l'ingratitude et l'arrogance de beaucoup de français..

    On veut aussi nous faire oublier tous ces collaborateurs avec les nazis qui sont devenus des hommes politiques supposément respectables..

    Moi je me souviens, et vous ?

    • Jacques Moreau - Inscrit 7 juin 2014 11 h 02

      Votre père a bien raison de le garder sur le coeur. Toutfois j'aimerais aussi rappeller que Hitler avait un certaine cote de popularité à travers le monde pour avoir sorti son peuple des affres de la crise économique qui a sévit de 1929 à 1940. Ensuite la France avait "rendu les armes", fait la paix, de force, avec les Allemands. Les français pouvaient donc accepter ou résister à l'occupation Allemande. De plus; là comme à peu près partout dans le monde, l'anti-sémitisme avait de bonnes racines. Ça devrait "aider" nos nationaliste québecois à comprendre qu'un peuple n'est pas composé d'individus qui "pensent" tous comme eux.

    • André Michaud - Inscrit 7 juin 2014 11 h 32

      @ M.Moreau

      En effet la sympathie aux nazis existait ici aussi. Duplessis se faisait un devoir d'envoyer une carte de bonne fête à Hitler et cie..

      Pour beaucoup Hitler allait nous débarasser des méchants juifs et des communistes..ici à Québec une synagogque a même été brûlée par "La Patente" un organisme canadien-français catho clandestin..

  • Daniel Gagnon - Abonné 7 juin 2014 10 h 16

    Élucubrations ingrates d'un sociologue oublieux

    Je ne sais pas ce que diraient mes oncles des propos inconscients d'un Jean-Pierre Le Goff, propos peu reconnaissants de la dette contractée par la France envers nos soldats, envers tous les soldats des Forces alliées, faisant peu de cas des souffrances des populations civiles.

    Alors que la France, par sa corruption, et sa malheureuse collaboration, a failli être rayée de la carte à la dernière Guerre mondiale, il est parfaitement indécent de voir un sociologue égaré et oublieux se gargariser de spéculations stériles au-dessus des millions de victimes, des centaines de milliers de croix blanches qui parsèment encore les champs de bataille et les cimetières européens, américains et canadiens et autres dans le monde.

    Il est parfaitement révoltant d'entendre ces propos ingrats, alors même que le Front national étend son ombre sur la France en niant la réalité des crimes nazis.

  • Jacques Moreau - Inscrit 7 juin 2014 11 h 21

    Est-ce que nous ferions les mêmes décision?

    L'histoire, après 70 ans, me porte à me demander si nous avoins à décider dans les mêmes condition, répéterions-nous la même chose? Si Churchill avait acepté de faire la paix avec Herr Hitler, aurions nous remplacé un Hitler par un Staline? Parce qu'en fin de compte ce fût le résultat ultime: changer un dictateur par un autre, cédant l'Europe de l'est, jusqu'en 1990, avec la "dissolution" de URSS. OU, écouterions nous Churchill, qui prônait le ré-armement pour repousser les NAZI, plusieurs annés avant sept. 1939? à tout hazard il semble que la façon moderne de "faire ls guerre" est par terroristes interposés. Quand voit-on des soldats en uniformes liver bataille à d'autre soldat en uniformes?

    • Daniel Gagnon - Abonné 7 juin 2014 12 h 32

      Monsieur Moreau,

      Winston Churchill n'allait tout de même pas laisser détruire Londres ou permettre à Hitler d'envahir par la Manche les plages de l'Angleterre.

      Ce fut la bataille d'Angleterre qui fut décisive, et Hitler, l'ayant perdu aux mains des aviateurs anglais (et polonais) de l'aviation britannique, dut se tourner vers la Russie, avec son Opération Barbarossa, ce qui fut sa perte.

      Heureusement le résultat fut que les deux dictateurs, Hitler et Staline, se sont affrontés, ce qui fut notre chance inouïe.

      Car l'armée allemande étant considérablement affaiblie par son échec dans les plaines fangeuses de Russie (comme Napoléon précédemment) ne put aligner assez de forces contre les Alliés.

      Merci à la ténacité de Churchill...

      Non, Monsieur Moreau, nos soldats n'ont pas combattu en vain, ils nous ont donné la victoire...encore faut-il la conserver précieusement et la reconnaître (ce qui ne semble plus être le cas en France).