Le ​1er mai dans le monde

Le 1er Mai, célébré jeudi dans le monde entier, a tourné à l’affrontement à Istanbul, où des heurts ont opposé manifestants et forces de l’ordre, tandis que Moscou renouait avec la tradition soviétique des défilés sur la Place Rouge.

Fériée dans de nombreux pays, la «journée internationale des travailleurs» commémore chaque 1er mai les luttes ouvrières apparues à la fin du 19e siècle aux États-Unis.

Au moins 138 personnes ont été arrêtées et 51 autres blessées jeudi à Istanbul lors des affrontements qui ont opposé la police et les manifestants, a rapporté un groupe d’avocats.

Les personnes blessées n’ont été que légèrement atteintes, pour la plupart incommodées par les gaz lacrymogènes, a précisé à l’AFP l’association des avocats progressistes.

Les forces de l’ordre turques sont intervenues dès jeudi matin dans plusieurs quartiers d’Istanbul pour disperser des groupes de manifestants qui, à l’appel de plusieurs centrales syndicales, souhaitaient se rendre sur l’emblématique place Taksim, coeur de la contestation antigouvernementale qui a agité la Turquie en juin 2013.

Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a formellement interdit tout rassemblement sur cette place à l’occasion du 1er Mai, et mobilisé quelque 40 000 policiers dans la mégapole stambouliote pour en interdire l’accès.

Des échauffourées entre les forces de l’ordre et des groupes de jeunes, pour l’essentiel membres de partis d’extrême gauche, se poursuivaient dans l’après-midi dans la plus grande ville de Turquie.

Grèce: plus de 20 000 manifestants contre l’austérité

Des milliers de personnes ont manifesté jeudi à Athènes et à Salonique (nord) contre l’austérité et pour une Europe sociale, rappelant que la richesse était «le fruit des efforts des travailleurs».

«La richesse est produite par les travailleurs eux-mêmes et non pas par les capitalistes», ont scandé les manifestants à Athènes où deux différents défilés ont été organisés à l’appel des syndicats et des partis de gauche rassemblant au total 15 000 manifestants.

Le premier sous la bannière de Pame, le Front des travailleurs proche du parti communiste, a rassemblé près de 8000 manifestants, selon la police. Ils ont défilé dans le calme jusqu’à Syntagma, la place-symbole des manifestations, en contrebas du parlement.

Un second rassemblement de 3500 personnes organisé par les centrales du privé (GSEE) et du public (Adedy), suivi d’un cortège également de 3.500 sympathisants des partis et des groupes de gauche a eu lieu dans le centre-ville, selon la police.
«Jamais de nouveau un 1er Mai au chômage», proclamait une banderole.

«Prenez les mémorandums (plan de mesures de rigueur) et allez vous en», scandaient des employés des municipalités, dont nombreux sont menacés de licenciement dans le cadre de réduction des dépenses publiques.

«Que s’arrête les licenciements, les réductions de salaire, nous sommes pour une Europe sociale», criait aussi un manifestant dans un micro.

La police, sur le pied de guerre, avait bouclé le centre de la ville à la circulation.

À Salonique, le nombre des manifestants a été estimé à 8000 personnes au total, selon une source policière locale.

Des arrêts de travail étaient prévus en fin soirée dans les transports en commun à Athènes tandis que les liaisons maritimes et ferroviaires étaient perturbées à travers le pays en raison d’une grève de 24 heures observée par les syndicats des marins et des cheminots.

La participation aux manifestations est restée faible par rapport à celle du début de la crise en 2010, la lassitude ayant gagné de nombreux Grecs, frappés par le chômage et la paupérisation. La stabilisation politique et économique ces dernières années et les annonces gouvernementales prévoyant la reprise fin 2014, semble aussi avoir redonné un faible espoir de sortie de crise.

Plus de 20 000 manifestations ont été recensées par la police depuis 2010 en Grèce, première victime de la crise de la dette en Europe qui avait alors menacé l’écroulement de l’euro.

Le plan de sauvetage de l’UE et du FMI et l’octroi des prêts de 240 milliards d’euros au pays ont endigué en partie la crise au prix des politiques de rigueur drastiques.

Comprenant des coupes inédites dans les salaires et les retraites et une hausse considérable des taxes, ces politiques ont aggravé la récession (-25% du PIB en cumulé sur six ans) et entraîné l’explosion du chômage, à 27% actuellement contre 9,5% en 2009.

Échauffourées à Phnom Penh

Les célébrations du 1er mai ont été perturbées au Cambodge où des échauffourées ont opposé la police à des manifestants rassemblés aux abords du parc de la Liberté à Phnom Penh. À Kuala Lumpur, des milliers de personnes ont défilé contre un projet de nouvelle taxe, mais aussi contre la condamnation en appel du dirigeant de l’opposition malaisienne Anwar Ibrahim, accusé de sodomie et acquitté en 2012.

D’autres manifestations ont également eu lieu dans les économies parmi les plus développées d’Asie, à Hong Kong, Singapour, Séoul ou encore Taïwan, où plus de 10 000 personnes ont défilé à Taipei pour exiger des hausses de salaire.

100 000 personnes sur la Place Rouge à Moscou 

Environ 100 000 personnes ont défilé jeudi sur la Place Rouge de Moscou pour la fête du Travail, renouant avec une tradition datant de l’Union soviétique en pleine vague de patriotisme en Russie exacerbée par la crise ukrainienne.

«Je suis fier de mon pays», «Poutine a raison» indiquaient les pancartes brandies au milieu de nombreux drapeaux russes et de ballons blancs, bleus et rouges aux couleurs du drapeau national, a constaté une journaliste de l’AFP.

Selon la police locale, citée par les agences russes, plus de 100 000 personnes ont participé au défilé, mené par le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, et organisé sur la place Rouge, au pied du Kremlin pour la première fois depuis 1991.

«Nous voulons faire renaître nos anciennes traditions. Elles sont très bien et ont toujours plu à tout le monde. De telles fêtes ont manqué au peuple», explique Lioudmila, une fonctionnaire participant au défilé.

Plusieurs pancartes et discours de représentants syndicaux célébraient le rattachement de la Crimée en mars à la Russie, après un référendum dénoncé comme illégal par Kiev et la communauté internationale.

«Un vent de liberté souffle sur la Crimée!» s’est exclamé sur le podium un homme en uniforme militaire. «Moscou-Sébastopol, villes des héros», indiquait une pancarte.

«Ce jour est pour nous une fête de l’unité et c’est pourquoi, cette année notamment, autant de monde est là», estime Marina, 48 ans. «Peut-être que le temps est venu de montrer qu’on est ensemble et que nous travaillons pour le bien de notre planète.»

Le 1er mai est férié en Russie. Chaque année, les syndicats russes défilent à cette occasion dans la plupart des villes du pays.

Cette année, le retour symbolique du mouvement sur la principale place du pays, à deux pas du Kremlin, a été avalisé par les autorités, comme du temps de l’URSS, où le 1er mai était l’occasion de grands défilés militaires et civils devant les dirigeants soviétiques.

Selon le leader de la Fédération des syndicats de Russie, Mikhaïl Chmakov, cité par l’agence Ria-Novosti, 2,5 millions de personnes ont participé jeudi aux défilés du 1er mai dans tout le pays.

L'extrême-droite manifeste en France

En France, des milliers de personnes se sont jointes à la leader de l'extrême droite Marine Le Pen pour sa manifestation annuelle, jeudi, à l'occasion du 1er mai.

Mme Le Pen a déposé une gerbe de fleurs aux pieds d'une statue de Jeanne d'Arc, la sainte patronne de son parti, avant de prononcer un discours dans lequel elle a attaqué l'euro et l'Union européenne, tout en demandant à des milliers de partisans de s'exprimer lors du vote européen, qui se déroulera du 22 au 25 mai.

Le Front national de Mme Le Pen salive à l'approche des élections européennes plus tard ce mois-ci, après ses multiples victoires lors d'élections locales. La foule a bravé la pluie durant les discours de Mme Le Pen et de son père, Jean-Marie, fondateurs du Front national.

Les idées nationalistes font leur chemin en Europe, où les citoyens sont désillusionnés par les aléas économiques, ce qui pourrait influencer les votes du 22 au 25 mai et changer la face du Parlement européen.

« Notre pays est dans l'urgence de redevenir son propre maître », a-t-elle déclaré, affirmant du même coup que l'euro et l'Union européenne étaient un système dirigé par et pour les grandes banques et non pour le peuple.

« Ne me décevez pas et allez voter », a-t-elle lancé.

Des sondages récents révèlent que le Front national et l'UMP, un parti conservateur en France, se disputent la première place dans les intentions de vote. Les socialistes sont en troisième position. Ces résultats reflètent bien la montée de la droite en Europe.



 


Avec Agence France-Presse et Associated Press
2 commentaires
  • kamal Lounaci - Inscrit 1 mai 2014 13 h 23

    Nous vous recontacterons

    Parce que, avant de fêter le travail, encore faudrait-il en avoir un! Le néolibéralisme a rendu le travail précaire partout dans le monde. Si nous ne faisons rien, bientôt, il sera un luxe pour la majorité d'entre nous de se hisser dans la classe ouvriere.

  • Gabriel Langlois - Inscrit 2 mai 2014 17 h 39

    Quelle surprise...

    Aucune vidéo de contestation venant du continent américain...