Palestine: le plus difficile commence

Mahmoud Abbas
Photo: Agence France-Presse (photo) Abbas Momani Mahmoud Abbas

Véritable avancée ou simple tactique ? La réconciliation palestinienne sera rapidement soumise à l’épreuve des faits, le président Mahmoud Abbas devant faire face à la colère d’Israël et à l’inquiétude des États-Unis tandis que le Hamas est sous la pression d’une Égypte ouvertement hostile.

 

« Le Hamas et l’Organisation de libération de la Palestine [OLP] n’ont pas d’autre option que la réconciliation, affirme Naji Chrab, politoloque à l’université d’Al-Azhar à Gaza. Le président Abou Mazen [surnom de M. Abbas] a compris que les négociations ont échoué et veut renforcer sa position face à la partie israélienne. »

 

L’OLP et le mouvement Hamas ont signé mercredi un accord de réconciliation au moment où le processus de paix est totalement bloqué. Cet accord prévoit la formation « d’ici cinq semaines » d’un gouvernement de consensus national, dirigé par M. Abbas et constitué de technocrates, et la tenue d’élections à la fin de l’année.

 

Nombreux sont les Palestiniens qui doutent de la possibilité d’une réconciliation en raison des « mauvaises expériences passées », rappelle Moukheimer Abou-Saada, professeur de sciences politiques à Al-Azhar, qui s’attend à des « difficultés dans l’application de l’accord de Gaza ».

 

Jibril Rajoub, un dirigeant du Fatah, a assuré jeudi que « le prochain gouvernement de consensus national proclamera de façon claire et nette qu’il accepte les conditions du Quartette ». Le Quartette pour le Proche-Orient (États-Unis, Russie, UE et ONU) exige du Hamas qu’il reconnaisse Israël ainsi que les accords déjà conclus.

 

Selon les analystes, le mouvement islamiste palestinien, assiégé à Gaza et proscrit en Égypte, a tout intérêt à la réconciliation. Il est affaibli depuis la chute en juillet dernier du président islamiste égyptien Mohamed Morsi, son allié au sein des Frères musulmans et l’armée égyptienne a détruit des centaines de tunnels de contrebande à la frontière avec Gaza.

 

« La division [palestinienne] a beaucoup nui au Hamas depuis qu’il a perdu les Frères musulmans en Égypte et ses difficultés financières », observe le professeur Chrab.

 

« Le Hamas veut échapper à la pression de l’Égypte. La réconciliation lui permettrait d’améliorer ses liens avec l’Égypte et dans la région grâce à une légitimité politique palestinienne retrouvée », note le politologue.

 

Il a désormais « une vision politique plus profonde et plus pragmatique », y compris vis-à-vis des négociations avec Israël, assure M. Chrab, pour expliquer sa nouvelle alliance avec M. Abbas, engagé lui dans le processus de paix.

 

« La fermeture des tunnels et les pressions du Caire ont poussé le Hamas à s’asseoir à la table pour trouver un règlement par la réconciliation », confirme Achraf Abou-el-Hol, rédacteur en chef adjoint du journal égyptien Al-Ahram, en prédisant un réchauffement entre le Hamas et l’Égypte.

 

À en croire M. Abou-el-Hol, l’accord de réconciliation palestinien « va cette fois ci vraisemblablement être appliqué ». « Tout échec aurait des retombées négatives pour les deux camps », renchérit le professeur de sciences politiques Adnane Abou-Amer, de l’université d’Oumma à Gaza.

 

M. Abbas a commencé jeudi ses consultations pour former le « cabinet de consensus » qu’en vertu de l’entente il dirigera et qui sera composé de personnalités indépendantes.

 

À l’étranger, la Turquie et la Tunisie ont salué l’accord de réconciliation inter-palestinien, alors que le chef de la Ligue arabe Nabil al-Arabi a affirmé le soutien de son organisation à M. Abbas face « aux pressions israéliennes ».

3 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 25 avril 2014 04 h 37

    L'ancien président et activiste Jimmy Carter et Kofi Annan, l'ancien secrétaire général de l'ONU, soutiennent tous les deux cet accord de réconciliation entre les Palestiniens, comme ils avaient critiqué la position occidentale de ne pas reconnaître le résultat des élections palestiniennes en 2006.

    D'ailleurs, comme Hanan Daoud Khalil Ashrawi le disait ce matin en entrevue, le gouvernement palestinien n'exige pas que les groupes extrémistes membre de la coalition au parlement israélien soient exclus du gouvernement israélien pour négocier avec Israël. Si Israël fait une différence entre les positions du gouvernement israélien et les positions individuelles de chacun des groupes de la coalition qui dirigent le pays, pourquoi ne font-ils pas la différence entre le gouvernement et le comportement de certains individus palestiniens... Cette politicienne, activiste et scholar palestinienne, affirme l’importance, de la part du processus de paix, d’accorder la même courtoisie aux deux gouvernements ...

    Actuellement, ce que les résultats d'élection de 2006 avaient illustré c’était l’existence d’une tension importante dans la population entre les deux idéologies politiques (Fatah : 39,8% et Hamas : 42,9%). Et depuis 2006, les deux positions sont arrivées, stratégiquement, à un cul-de-sac et leur population exige, maintenant, de leur gouvernement une nouvelle approche.

    Depuis que les Palestiniens ont été reconnus à l’ONU, leurs espoirs ont ajouté de nouvelles pressions sur leurs leaders surtout que la situation économique et territoriale se dégrade totalement, que chacun des partis a fait la preuve qu’il était incapable de produire un résultat satisfaisant pour l’ensemble des Palestiniens et que les appuis traditionnels au Fatah (L’Occident) et aux Hamas (L’Orient) se sont énormément détériorés.

    Actuellement, le discours des parlementaires palestiniens ressemblent davantage aux discours des leaders du temps de la formation de l’État Israélien, un discours de con

    • Nicole Bernier - Inscrite 25 avril 2014 09 h 02

      ...la coupure de la fin de mon texte est totalement disgracieuse... la phrase aurait dû se lire:

      Actuellement, le discours des parlementaires palestiniens ressemblent davantage aux discours des leaders du temps de la formation de l’État Israélien, un discours de consensus

      J'ajoute, il y a cependant une différence importante entre ces deux discours de consensus:
      - pour les Palestiniens, le discours de consensus autour de la priorité "mettre en place un État indépendant d'Israël" s'inscrit dans le respect des droits internationaux alors que,
      - pour les Israéliens, leur coalition s'inscrivait davantage dans les règles du jeu garantissant une alliance fondamentale avec les Occidentaux.

  • Stéphane Aleixandre - Inscrit 25 avril 2014 08 h 42

    Ingérence.

    Votre complément d'information est intéressant Mme.Bernier. J'observe pour ma part que le gouvernement israélien s'ingère de manière frontale dans la politique intérieure palestinienne. Cette implication à mon sens excessive du colonisateur fait de lui un occupant du jeu politique palestinien : comme s'il était partie prenante à la table des négociations intérieures de Gaza et des territoires occupés, sans s'impliquer, sinon pour dénoncer. Ce prodécé contrarie les négociations à l'autre table des négociations, celles-là bilatérales.