L'Irlande du Nord hantée par les dates et les symboles

La période pascale est très symbolique en Irlande du Nord. Il y a 16 ans, c’est un Vendredi saint que les gouvernements de Londres et de Dublin, de concert avec les principaux partis nord-irlandais, ont signé un accord mettant fin à quarante ans de conflit ouvert.

C’est également dans le temps de Pâques qu’a débuté, il y a 98 ans, le soulèvement qui allait mener à l’indépendance du sud de l’île, après quatre siècles de domination britannique.

Les années qui viennent constituent une « occasion en or » pour faire avancer la cause de la réunification de l’Irlande, croit Fra McCann, un député du Sinn Féin (parti nationaliste) à l’Assemblée régionale de Belfast.

Si l’accord du Vendredi saint de 1998 a mis fin aux revendications officielles de Dublin à ce sujet, elle prévoit en revanche la possibilité de tenir un référendum sur l’abolition de la frontière entre les deux États.

« Les nationalistes et les républicains n’ont jamais renoncé à la réunification. Elle devient plus pertinente et importante que jamais, parce que les populations des deux États [la république d’Irlande et l’Irlande du Nord sous souveraineté britannique] font face à de nombreuses difficultés économiques et sociales, notamment à un fort taux de chômage », affirme le député McCann, qui faisait en fin de semaine une tournée des communautés irlandaises du Canada.

« Notre argument consiste à dire que la frontière a un immense impact économique et qu’elle doit disparaître », poursuit-il en entrevue.

Il est difficile de dire qui gagnerait une telle consultation puisqu’à l’heure actuelle, les nationalistes (ou républicains) ne représentent pas plus de 47 % de la population de l’Irlande du Nord. M. McCann croit que son camp pourrait gagner en convainquant un certain nombre d’unionistes du bien-fondé d’un changement. La démographie joue d’ailleurs en sa faveur. Les unionistes de la région, tout comme les premiers ministres britanniques successifs, se sont toujours opposés à la tenue d’un tel « border poll ». « Pourtant, on a autorisé un référendum pour l’Écosse. Nous estimons y avoir droit également », plaide Fra McCann.

Le processus de paix incarné par l’accord du Vendredi saint de 1998 « a créé une atmosphère favorable à la paix », croit le député. Depuis ce temps, les principaux partis se sont engagés à former des gouvernements de coalition dont les ministères sont répartis au prorata des votes obtenus. « Ce système connaît des problèmes, reconnaît M. McCann, mais il permet de faire des progrès […] iLe déficit de confiance est encore tel que toute autre forme de gouvernement nous ramènerait à une situation où règnent la discrimination et la bigoterie. »

La violence a diminué considérablement au cours des seize dernières années en Irlande du Nord, même si l’on a déploré une centaine d’assassinats de nature nationaliste ou sectaire au cours de la période. Des groupuscules extrémistes, tant du côté unioniste que du côté nationaliste, ont commis ces crimes que les partis officiels condamnent avec des niveaux de sévérité variables.

On a encore déploré, pas plus tard que vendredi dernier, le meurtre de l’ancien chef d’une faction dissidente de l’Armée républicaine irlandaise à Belfast.

Il y a également eu, récemment, des manifestations qui ont tourné à la violence, sur des sujets qui peuvent paraître banals, mais qui sont extrêmement litigieux en Irlande du Nord, comme le choix du drapeau qui flotte à l’hôtel de ville de Belfast.

Les prochains mois sont à risque puisqu’ils verront se succéder les fameuses « parades », qui sont surtout organisées par des groupes unionistes ou protestants. Ces défilés, qui font partie de la culture populaire de l’Irlande du Nord, donnent régulièrement lieu à des débordements parce que les participants insistent pour aller déambuler là où ils ne sont pas les bienvenus.