Un compromis difficile à mettre en oeuvre

Les attentes étaient minces, mais, au final, les diplomates réunis à Genève, jeudi, pour une réunion quadripartite sur l’Ukraine sont parvenus à un texte de compromis. Sept paragraphes qui appellent au désarmement des groupes armés illégaux et à une libération des bâtiments publics officiels ukrainiens. Pourtant, le chemin que trace cette déclaration commune sera difficile à suivre sur le terrain.

Y a-t-il des avancées dans ce texte de compromis?

 

En apposant sa signature aux côtés de celle de son homologue ukrainien, Andreï Dechtchitsa, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, fait un geste vis-à-vis de Kiev. Cette signature est le signe que Moscou reconnaît, implicitement, le gouvernement ukrainien, même si Sergueï Lavrov a continué d’affirmer à Genève que le gouvernement intérimaire de Kiev était issu d’un « coup d’État ».

 

Pourquoi le document est-il favorable à la Russie?

 

La feuille de route fixe deux priorités pour un retour au calme en Ukraine : le rétablissement de l’ordre public et des réformes constitutionnelles afin de satisfaire les revendications d’autonomie des régions de l’est de l’Ukraine. Pour Moscou, le message est clair : c’est aux autorités de Kiev, rendues coresponsables des tensions dans le pays, de faire les premiers pas, sans garantie que la Russie ira dans le même sens. La Crimée, elle, n’est à aucun moment mentionnée, comme si son annexion était entérinée. Pas plus que les 40 000 soldats russes qui, selon l’OTAN, seraient stationnés à la frontière russo-ukrainienne.

 

Sur les questions de sécurité publique, le texte appelle au « désarmement de tous les groupes armés illégaux », à « l’amnistie » pour les manifestants qui ont « quitté des lieux publics et rendu leurs armes » et à « l’évacuation des rues et places publiques illégalement occupées en Ukraine ». Ainsi, la déclaration commune vise autant les milices prorusses qui se sont emparées de nombreux édifices dans l’est du pays que les groupes paramilitaires à l’oeuvre dans la partie occidentale de l’Ukraine.

 

Et surtout, le document parle de la nécessité de changer les contours de la Constitution ukrainienne en organisant un « dialogue national » devant aboutir à un « processus constitutionnel inclusif et transparent ». Ce terme flou de « dialogue national » masque en fait la vision très précise qu’a Moscou de ce que doit être l’architecture des institutions ukrainiennes : un État fédéral au pouvoir central affaibli, donnant une très large autonomie aux régions, notamment celles de l’Est. Selon le secrétaire d’État américain, John Kerry, les compétences du pouvoir central pourraient se limiter à « la défense, à la justice et aux affaires étrangères », tandis que la décentralisation discutée serait « beaucoup plus étendue que ce qui existe pour les régions de la Russie ».

 

Sur le terrain, aucun signe de désescalade...

 

Au même moment où les diplomates négociaient l’accord, la rhétorique de Vladimir Poutine, qui s’exprimait jeudi face au public à la télévision russe, laissait peu de place à l’espoir. De fait, aucun repli des troupes russes n’a été observé aux frontières de l’Ukraine.

 

Au lendemain de l’annonce de cette « déclaration commune », les séparatistes prorusses maintenaient leur mobilisation et continuaient à occuper des bâtiments officiels dans plusieurs villes de l’est de l’Ukraine. Le responsable de la « République de Donetsk », Sergueï Pushilin, a déclaré ne pas être lié par cet accord, signé par un gouvernement qui, selon lui, ne le représente pas. Il a ajouté qu’il ne ferait évacuer les bâtiments occupés par ses hommes que lorsque les militants proeuropéens à Kiev feront de même. Mais dans la capitale ukrainienne, les opposants de l’ancien président Viktor Ianoukovitch veulent maintenir les barricades jusqu’à l’élection prévue le 25 mai.

 

Les autorités de Kiev ont annoncé qu’elles préparaient une loi d’amnistie pour les séparatistes mais ont prévenu qu’elles seraient obligées de les déloger s’ils refusaient de restituer les positions qu’ils occupent depuis une dizaine de jours. En attendant, l’opération militaire lancée par les forces ukrainiennes contre les séparatistes va se poursuivre et « sa durée dépendra du temps que les terroristes resteront dans notre pays », a déclaré à la presse Marina Ostapenko, porte-parole des services de sécurité (SBU).