Les séparatistes rejettent l'accord de Genève

Donetsk — Les insurgés séparatistes de l’Est de l’Ukraine demeuraient inflexibles vendredi, refusant l’accord conclu à Genève pour apaiser la crise dans le pays, le Kremlin confirmant que ses troupes étaient mobilisées à proximité « en raison de la situation ».

Les autorités pro-européennes dont ils exigent le départ ont quant à elles tendu la main aux rebelles, promettant une importante décentralisation et un statut protecteur pour la langue russe, sans réagir à la fin de non-recevoir des pro-russes.

Sans apparemment convaincre la Russie qui a massé, selon l’OTAN, jusqu’à 40000 hommes à la frontière entre les deux pays, et dont le président Vladimir Poutine a promis d’assurer « à tout prix » la protection des russophones de l’ex-URSS.

Le Kremlin a confirmé vendredi pour la première fois que la Russie avait bien mobilisé des troupes — jusqu’à 40000 hommes, selon les Occidentaux — à la frontière ukrainienne en raison de la crise. « Il y a des troupes près de la frontière ukrainienne. Certaines y sont basées, d’autres ont été envoyées en renfort en raison de la situation en Ukraine », a déclaré le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov.

À la surprise générale, les chefs de la diplomatie ukrainienne, russe, américaine et européenne avaient signé jeudi à Genève un texte prévoyant notamment le désarmement des groupes armés, la libération des bâtiments publics occupés et une amnistie pour les insurgés non « coupables de crimes de sang ».

Mais, barricadés dans leur QG du bâtiment de l’administration régionale de Donetsk où des haut-parleur diffusent l’hymne russe, les insurgés ont sèchement rejeté ce plan, ravivant le spectre de la partition ce pays de 46 millions d’habitants, frontalier de plusieurs membres de l’Union européenne et de l’OTAN.

Ioulia Timochenko, candidate à la présidentielle du 25 mai, s’est pour sa part rendue à Donetsk, grande ville industrielle de l’Est où elle voulait rencontrer les insurgés, ce que ces derniers ont refusé. « Si elle veut, elle peut venir sur les barricades, mais je ne lui conseillerais pas », a déclaré Denis Pouchiline, un des responsables de la «république» autoproclamée de Donetsk dont les alliés occupent depuis le 6 avril l’administration régionale.

Le président par intérim Olexandre  «Tourtchinov et [le premier ministre Arseni] Iatseniouk doivent d’abord quitter les bâtiments qu’ils occupent illégalement après leur coup d’État », comme les séparatistes qualifient le soulèvement qui a renversé fin février un régime pro-Russe, a lancé M. Pouchiline.

Malgré ce rejet, les autorités de Kiev ont tenu à s’engager solennellement sur leur partie de l’accord, M. Iatseniouk promettant, dans une adresse à la Nation commune avec le président, l’élection des exécutifs régionaux aujourd’hui nommés, des budgets locaux renforcés, un statut spécial pour le russe. Une « décentralisation » loin toutefois de la « fédéralisation » prônée par les pro-russes et Moscou.


Par Nicolas Miletitch
4 commentaires
  • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 18 avril 2014 11 h 07

    La Parenthèse Enchantée

    Assez facile de tomber dans le piège de l'analyse postface des événements en cours, n'ayant pas eu droit au prélude qui aurait remis cette évolution dans son juste contexte.

    L'hebdomadaire polonais de gauche, Nie (Non), a publié un témoignage choc sur la formation des militants les plus violents de la Place Maïdan.

    Selon cette source, le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a invité, en septembre 2013, 86 membres du parti Pravy Sector, prétendument dans le cadre d’un programme de coopération inter-universitaire. En réalité, les invités n’étaient pas des étudiants, et beaucoup étaient âgés de plus de 40 ans. Ils ne se sont pas rendus à l’université technique de Varsovie, contrairement à leur programme officiel, mais au centre de formation de la police de Legionowo. Sur place, ils ont reçu quatre semaines de formation intensive à la gestion des foules, à la reconnaissance des personnes, aux tactiques de combat, au commandement, au comportement en situation de crise et surtout au tir - y compris une formation pour tireurs d'élite.

    L’hebdomadaire précise que des photographies attestent de cette formation. On y voit les Ukrainiens en uniformes nazis avec leurs professeurs polonais en civils. Ce scandale illustre le rôle assigné par l’Otan à la Pologne en Ukraine, que l’on peut comparer à celui assigné à la Turquie en Syrie. Le ministre des Affaires étrangères, le journaliste Radosław Sikorski, jadis réfugié politique au Royaume-Uni, a été le maître d’œuvre de l’intégration de la Pologne dans l’Otan. Il fut l’un des trois représentants de l’Union européenne à négocier l’accord du 21 février 2014 entre le président Viktor Ianoukovytch et les trois principaux leaders d’EuroMaidan. Bien entendu le président ukrainien ignorait qu’il avait formé les émeutiers.

    Il ne fait aucun doute que le coup d’état fut commandité par les États-Unis, comme l’atteste la récente conversation téléphonique enregistrée entre Victoria Nuland & Geoffrey Pyatt.

  • Daniel Giroux - Inscrit 18 avril 2014 12 h 31

    Les choix de Poutine

    La Russie est obligé de réagir avec les mêmes outils qu utilisent les Américains. Semer la pagaille dans un pays pour le démembrer et ainsi le contrôler lui, mais surtout les ressources naturelles et financières. Les exemples ne sont plus à montrer. L'Irak, le Vénézuella, la Libye, l'Iran de Mossadegh. Dailleur l'Iran a tout intérêts à demeurer dans le giron de la Russie et de la Chine si elle souhaite avoir la paix. Les États-Unis n'ont pas besoins d'une Russie forte, ils ont besoins d'une Russie qui garde sa place de pays émergeant. Comme ce sera le cas un jour pour la Chine. Il suffit de lire '' Le grand échiquier'' écrit part Zbegenew Brezinsky, grand conseillé d'Obama en politique étrangère, que le seul objectif des USA, est de contrôler l'ensemble des pays économiquement parlant, en les isolants et qu'à la moindre incartade ils seront démoniser avec l'arme qu'est la propagande.

  • François Dugal - Inscrit 18 avril 2014 20 h 18

    Séparatistes

    Les russes d'Ukraine prouvent hors de tout doute raisonnable que le séparatisme est un vecteur universel de chicane.

    • Alain Duquette - Abonné 18 avril 2014 21 h 43

      Voilà ! C'est dit !