Le ministre de la Défense démissionne

Kiev — L’humiliation militaire subie par l’Ukraine en Crimée a conduit mardi à la démission du ministre de la Défense et à des divisions au sein des nouvelles autorités, alors que Ioulia Timochenko a estimé être écoutée par le FSB.

Il s’agit du premier remaniement gouvernemental depuis la chute du président Viktor Ianoukovitch en février et la mise en place d’un gouvernement de transition formé par les leaders du mouvement pro-européen.

La crise interne à Kiev coïncide avec le sommet de La Haye où les grandes puissances, réunies à l’occasion d’un sommet sur le nucléaire, ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine et envoyé une nouvelle pique à Moscou, en annulant le sommet du G8 prévu à Sotchi.

Le climat entre Moscou et Kiev s’est encore alourdi avec la publication sur internet d’un enregistrement de propos privés à caractère violemment anti-russe tenus par l’égérie de la Révolution orange, Ioulia Timochenko.

Elle a démenti la partie la plus dure de l’enregistrement, qui lui fait dire qu’il faudrait tuer les huit millions de Russes d’Ukraine «avec des armes nucléaires», l’attribuant à un montage dont elle a accusé le FSB, les services spéciaux russes.

Mais les parties non démenties de cet entretien téléphonique avec un député empruntent le même ton, par exemple lorsque Mme Timochenko, aujourd’hui dirigeante de l’un des partis au pouvoir, se dit «prête à prendre une mitraillette et tirer une balle dans la tête à ce salaud», visant apparemment le président Vladimir Poutine.

Le Parlement ukrainien a dû s’y prendre à deux reprises pour approuver la démission présentée par le ministre de la Défense Igor Tenioukh lui-même. Elle a finalement été approuvée par 228 députés. La nomination de son remplaçant, le général Mikhaïlo Koval, a été validée par 251 voix, au cours d’une séance agitée.

Le général Koval, né en 1956, était posté en Crimée où il commandait les garde-frontières, corps qu’il avait rejoint en 2002 après avoir fait carrière dans l’armée de l’Ukraine soviétique puis indépendante, et les forces spéciales du ministère de l’Intérieur.

Il avait été brièvement détenu le 5 mars par les forces pro-russes qui ont pris fin février le contrôle de la péninsule ukrainienne, finalement rattachée la semaine dernière à la Russie.

Gestion de crise

La gestion de la crise par Kiev, accusé d’impuissance et d’improvisation, s’attirait des critiques de plus en plus vives, y compris au sein du pouvoir de transition en place depuis la chute de Viktor Ianoukovitch.

«Nous avons besoin que ceux qui travaillent et prennent les décisions soient des spécialistes, des gens capables de prendre les bonnes décisions et en répondre dans des conditions extrêmes, des conditions de danger, des conditions de confrontation militaire», a déclaré le président du Parlement et président du pays par intérim Olexandre Tourtchinov.

Critiqué notamment par l’ex-champion de boxe Vitali Klitschko, M. Tourtchinov a mis au vote sa propre démission, qui a été largement rejetée, seuls deux députés l’approuvant.

Le représentant du président ukrainien par intérim en Crimée, Serguiï Kounitsine, a également démissionné de ses fonctions pour protester contre ce qu’il considère comme l’inaction des autorités de Kiev face au rattachement de la péninsule à la Russie.

«J’ai honte de tout cela», a dit à la télévision M. Kounitsine, ancien combattant de la guerre soviétique d’Afghanistan et député du parti Oudar de Vitali Klitschko.

«L’ordre d’évacuation de nos forces de Crimée a été signé seulement aujourd’hui [lundi]. Mais demain il n’y aura plus personne à évacuer ! Chaque jour nos militaires sont faits prisonniers, tandis que nous ne faisons que tenir des réunions, des débats», a-t-il dit.

Rencontre à La Haye

À La Haye, les États-Unis ont réaffirmé mardi leur soutien à Kiev, dans une déclaration commune avec l’Ukraine.

Washington condamne «les actions militaires unilatérales» de la Russie en Ukraine et accuse Moscou de «saper les fondements de l’architecture globale de sécurité et mettre en danger la paix et la sécurité en Europe».

Lundi, le président américain Barack Obama et ses alliés avaient annulé le sommet du G8 prévu en juin à Sotchi afin de sanctionner la Russie.

La fin des contacts avec Moscou au sein du G8 porterait préjudice à la Russie, mais aussi aux autres pays membres, a riposté mardi le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov.

Les pays du G7 ont en outre averti lundi Moscou qu’ils étaient prêts à renforcer les sanctions en cas d’escalade en Ukraine, dans un communiqué commun diffusé à l’issue d’une réunion extraordinaire à La Haye.

M. Obama devait tenir une conférence de presse en fin de sommet mardi.

Le G8 est donc remplacé par un G7 à Bruxelles, sans la Russie, tandis que son exclusion définitive du G8, évoquée avant la réunion, n’a finalement pas été entérinée.

Avant même le G7, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait relativisé la menace des Occidentaux, assurant qu’une telle éviction ne serait pas une «grande tragédie» pour son pays. La Russie avait été admise dans le G7 en 1998 pour former le G8.

Après s’être emparés par la force lundi à l’aube d’une base d’infanterie de marine à Feodossia, les Russes ont quasiment achevé la prise de contrôle de la Crimée, un mois après la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, favorable à la Russie.

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Des observateurs en Ukraine

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a envoyé mardi ses premiers observateurs dans l’est et le sud de l’Ukraine, espérant favoriser un retour au calme dans ces régions russophones. «Nous avons déjà près de 40 personnes constituant une première équipe ici à Kiev et nous attendons l’arrivée de 11 personnes de plus dans la journée» de mardi, a indiqué le chef de la mission de l’organisation en Ukraine, Adam Kobieracki, lors d’une conférence de presse. Les 57 pays membres de l’OSCE ont annoncé vendredi l’envoi d’une mission en Ukraine composée d’une centaine d’observateurs.

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