Erdogan bloque Twitter

Le blocage du réseau Twitter décrété par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan en Turquie à neuf jours d’un scrutin municipal crucial pour son régime a suscité un concert mondial de protestations contre la « censure », y compris de la part du président turc.

 

Sur ordre du gouvernement, l’autorité des télécommunications (TIB) a purement et simplement interdit jeudi soir l’accès au site de microblogging, coupable d’avoir diffusé des enregistrements de conversations téléphoniques piratées qui mettent en cause M. Erdogan dans un vaste scandale de corruption.

 

Au milieu d’une avalanche de critiques venues de Turquie comme de nombreuses capitales étrangères, le chef de l’État turc Abdullah Gül a dénoncé explicitement la mesure prise par le chef du gouvernement.

 

« On ne peut pas approuver le blocage total des réseaux sociaux […] j’espère que cette situation ne durera pas longtemps », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

 

Réputé plus modéré, M. Gül a multiplié les prises de distance publiques avec les positions intransigeantes de M. Erdogan, un de ses compagnons de route politiques.

 

Le mois dernier, il avait ainsi promulgué une nouvelle loi controversée du gouvernement renforçant le contrôle d’Internet mais s’était catégoriquement opposé au premier ministre lorsqu’il avait menacé de s’en prendre à YouTube et Facebook.

 

Le principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), et le président de l’association des barreaux de Turquie (TBB), Metin Feyzioglu, ont annoncé vendredi leur intention de saisir la justice pour obtenir la levée de l’interdiction.

 

« C’est une violation incroyable des droits fondamentaux et des libertés », s’est indigné auprès de l’AFP le député du CHP Aykan Erdemir, « la Turquie fait désormais partie des pays les plus autoritaires en matière de liberté sur le net ».

 

La décision de la TIB a été officiellement motivée par des plaintes en justice déposées à Istanbul mais le bureau du procureur de la ville a affirmé, dans un communiqué, n’avoir rendu « aucune décision » d’interdiction.

 

Un avocat turc de Twitter a rencontré vendredi après-midi des responsables de la TIB à Ankara pour tenter le débloquer le conflit.

 

« Si les sites visés sont fermés, Twitter pourra être débloqué », a promis le ministre des Télécommunications Lutfi Elvan. « La Turquie n’est pas un pays interdisant Internet mais ces plateformes doivent se conformer aux lois », a-t-il ajouté.

 

Dans la dernière ligne droite d’une campagne électorale municipale très tendue par les affaires de corruption qui le visent personnellement, M. Erdogan avait annoncé sa décision jeudi devant des milliers de partisans à Bursa (ouest) : « Nous allons éradiquer Twitter. Je me moque de ce que pourra dire la communauté internationale ».

 

Sitôt matérialisée, la décision des autorités a été rapidement contournée par les internautes qui ont pu accéder au réseau via d’autres serveurs. Loin de diminuer, le nombre de tweets turcs a même augmenté de 138  %, selon l’étude réalisée par la société d’analyse des médias sociaux Brandwatch.

 

Et outre, plusieurs sites Internet turcs ont pu à nouveau diffuser vendredi les extraits d’écoutes téléphoniques que le pouvoir turc voulait précisément empêcher.