Obama sanctionne les proches de Poutine, Moscou réplique

Des soldats russes patrouillaient jeudi dans le secteur de Simféropol, où se trouve cantonnée une unité de l’armée ukrainienne.
Photo: Agence France-Presse (photo) Filippo Monteforte Des soldats russes patrouillaient jeudi dans le secteur de Simféropol, où se trouve cantonnée une unité de l’armée ukrainienne.
Le ton s’est encore durci jeudi dans la crise ukrainienne entre les Occidentaux et la Russie, qui a répliqué du tac au tac à l’annonce d’un durcissement des sanctions américaines et européennes.

Les États-Unis ont frappé haut en visant de proches collaborateurs du président Vladimir Poutine, dont Sergueï Ivanov, son chef de cabinet. Ils ont ajouté vingt personnes à la liste des onze individus dont les avoirs sont gelés.

Le président Barack Obama a menacé Moscou d’aller plus loin et de viser des secteurs clés de son économie. « La Russie doit comprendre qu’une escalade supplémentaire ne fera que l’isoler davantage de la communauté internationale », a-t-il affirmé.

Quelques minutes après cette courte intervention à la Maison-Blanche, la Russie publiait sa propre liste de sanctions visant trois conseillers de M. Obama et des parlementaires, dont le sénateur conservateur John McCain.

« Qu’il n’y ait aucun doute : à chaque acte hostile nous répondrons de manière adéquate », a prévenu le ministère russe des Affaires étrangères.

Pour leur part, les 28 dirigeants de l’Union européenne se sont retrouvés à Bruxelles pour un sommet de deux jours largement dominé par cette crise aux frontières de l’UE. Ils devaient décider d’allonger la liste des personnalités russes et ukrainiennes pro-russes frappées d’interdiction de visa et de gels des avoirs. Une douzaine de noms seraient ajoutés aux 21 annoncés lundi, selon des sources diplomatiques.

Des réticences

Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE ont également brandi la menace de sanctions économiques, mais certains sont extrêmement réticents.

« Si la Russie accepte d’ouvrir des discussions », s’il y a « désescalade, alors il n’y aura pas de passage à d’autres sanctions », a prévenu le président François Hollande. « À l’inverse s’il y a une montée de revendications illégitimes, des opérations de troupes, des menaces, alors il y aura d’autres sanctions », a ajouté le président français.

Mais « nous devons être extrêmement précautionneux », car l’UE doit à la fois garder des armes en cas d’escalade ultérieure et « veiller aux intérêts » des Européens, a mis en garde le premier ministre belge, Elio Di Rupo.

Son homologue suédois, Fredrik Reinfeldt, a souligné que son pays avait 400 entreprises présentes en Russie qui « sont inquiètes de ce qui va se passer ».

Préoccupée par les risques de telles sanctions, l’agence d’évaluation Standard & Poor’s a abaissé jeudi à « négative » la perspective de la note de solvabilité de la Russie.

Les Européens devaient, par ailleurs, s’entendre sur l’annulation de la prochaine réunion UE-Russie prévue en juin à Sotchi, où la tenue du G8 semble également très menacée.

Ils devraient parallèlement affirmer un soutien fort à l’Ukraine en signant vendredi matin, avec le premier ministre Arseni Iatseniouk, le volet politique de l’accord d’association avec l’UE, une décision qui sera mal accueillie par la Russie.

Sur le terrain

En Crimée, des hommes armés se sont emparés de la corvette ukrainienne Ternopil, à l’ancre à Sébastopol. « Des grenades assourdissantes ont été utilisées lors de l’attaque et on a entendu des rafales d’armes automatiques », a dit un porte-parole ukrainien.

M. Iatseniouk a averti que l’Ukraine répondrait militairement à toute tentative russe d’« annexer » les régions de l’Est pro-russe du pays. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgu, a cependant assuré à son homologue américain, Chuck Hagel, que Moscou n’envahirait pas l’est de l’Ukraine.
4 commentaires
  • Baudouin Petit - Inscrit 21 mars 2014 07 h 18

    Des gesticulations sans lendemain

    La Crimée a été russe de 1774 à 1954, quand Krouchtchev l'a rattachée autoritairement à l'Ukraine, à un moment où ce changement pouvait paraître sans conséquence, dans le cadre de l'URSS. La population majoritairement russe de la Crimée n'avait évidemment pas été consultée. Aujourd'hui le peuple de Crimée peut s'exprimer et il a clairement indiqué qu'il préférait la Russie. D'autres régions russophones à l'est de l'Ukraine officielle suivront probablement. Refuser cette évolution au nom d'une légalité stalinienne, c'est mépriser la démocratie, et méconnaître l'Histoire. De sorte que la position russe semble infiniment plus forte et cohérente que celle des Occidentaux, dont le reste du monde peine à comprendre les motivations. Je reviens d'un voyage en Inde où la semaine dernière l'éditorialiste d'un grand quotidien ironisait sur John Kerry qui s'indignait qu'un pays envoie des troupes dans un autre "sous des prétextes fallacieux", oubliant que c'est exactement ce que son pays avait fait en Irak. Et le fait qu'on occulte soigneusement les tendances fascisantes du nouveau gouvernement de Kiev a de quoi inquiéter. Tapez "Arseni Iatseniouk nazi" et vous verrez une photo du Premier ministre ukrainien faisant le salut nazi...

    • Gilles Delisle - Abonné 22 mars 2014 07 h 59

      Vous semblez croire à un vote libre sur le reférendum du rattachement à l'URSS, en Crimée, tenu il y a quelques jours!

  • Francois Parent - Inscrit 21 mars 2014 09 h 17

    le dicton

    Il y a un dicton qui dit fais ce que je te dis et ne fait pas ce que je fais. Les américains et les canadiens d'origine britannique sont les premiers avoir délogés d'autres occupant au Canada par exemple. Vladimir Poutine du moins il a le mérite de tenir tête au superpuissance RT ne pas se laisser intimider.

  • Yvon Marcel - Inscrit 21 mars 2014 15 h 08

    Des sanctions qui ne disent rien qui vaille

    La gesticulation des autres pays occidentaux concernant la Russie et la Crimée ne me disent rien qui vaille, alors que l'on aurait du tenter de trouver une solution diplomatique au conflit. Les pays occidentaux de «libre marché capitaliste» font pression actuellement auprès de la Russie et s'attendent à une desescalade, alors qu'ils jettent eux-mêmes de l'huile sur le feu. J'estime qu'il n'y a pas d'intérets à vouloir brader la Russie relativement à ce présent conflit, qu'il y a lieu de le désamorcer du mieux que l'on peut, et d'éviter l'escalade. La Russie ne reculera pas; elle va riposter à toutes mesures de rétorsion économique, politique ou militaire. En l'absence de preuves évidentes d'expansionnisme européen, l'occident n'a aucun intérêt à s'en prendre à un autre ami occidental.