Après le bitcoin, l’auroracoin

Le bitcoin a connu une popularité fulgurante avant de totalement s’effondrer.
Photo: Agence France-Presse (photo) Philippe Lopez Le bitcoin a connu une popularité fulgurante avant de totalement s’effondrer.

La crise traversée par le bitcoin depuis quelques jours va-t-elle mettre un coup d’arrêt au développement des monnaies électroniques ? La réponse viendra peut-être de l’Islande, où un mystérieux entrepreneur se faisant appeler Baldur Friggjar Odinsson s’apprête à lancer l’auroracoin, une crypto-devise spécialement conçue pour la petite île.

 

Le 25 mars, chacun des 320 000 habitants recevra 31,8 unités de cette nouvelle monnaie — l’équivalent, en théorie, d’environ 300 $ —, sur un portefeuille virtuel. Une manoeuvre techniquement possible, car l’identité numérique de tous les Islandais est répertoriée dans une base de données publique. Comme le bitcoin, la quantité de cette devise virtuelle augmentera ensuite progressivement, suivant un algorithme informatique, jusqu’à atteindre 21 millions d’« auroracoins ».

 

S’il a refusé de nous rencontrer, arguant qu’il craignait pour sa sécurité, Baldur Friggjar Odinsson a néanmoins accepté de répondre à nos questions par courriel. « Depuis que le contrôle des changes a été établi, en 2008, les Islandais ne peuvent pas investir leur argent à l’étranger, et la couronne islandaise a perdu 99 % de sa valeur depuis 50 ans, explique-t-il. Notre système financier est corrompu, il est temps de démocratiser notre monnaie. » En d’autres termes, ce Robin des bois nordique rêve de donner le « pouvoir monétaire » au peuple, en créant un système permettant de contourner les restrictions du gouvernement. Un peu fou.

 

Mais à première vue, l’Islande semble le pays idéal pour accueillir une devise électronique. Le taux de pénétration d’Internet y est l’un des plus élevés au monde : 96 % des ménages sont équipés. La population — 50 % des Islandais ont moins de 35 ans — est très réceptive aux nouvelles technologies. « Nous adorons les innovations liées au Web », confirme Vala Halldorsdottir, jeune créatrice de jeux vidéo.

 

De plus, la confiance de la population dans la couronne s’est dégradée depuis la crise, et la crainte de l’inflation, qui a grignoté le pouvoir d’achat entre 2008 et 2012, pourrait facilement pousser les plus connectés vers la crypto-monnaie. « Par ailleurs, le pays n’a toujours pas de vrai plan pour sortir du contrôle des capitaux », ajoute Thórólfur Matthiasson, économiste à l’Université d’Islande, à Reykjavik.

 

Pour autant, les obstacles à l’adoption de l’auroracoin sont nombreux. Si la communauté des geeks, les férus d’informatique, bouillonne d’impatience, les Islandais sont encore peu nombreux à en avoir entendu parler. « Ils ne l’utiliseront que s’ils trouvent assez de commerces qui l’acceptent », estime Mme Halldorsdottir. Interrogés sur le sujet, les commerces de Reykjavik indiquent attendre que la monnaie soit lancée avant d’envisager quoi que ce soit.

 

De son côté, Baldur Friggjar Odinsson encourage les start-up à développer des systèmes de paiement et des applications utilisant sa monnaie, comme celles basées sur le bitcoin. L’engouement peut démarrer très vite, espère-t-il.

 

À moins que la mésaventure vécue par les utilisateurs du bitcoin, qui risquent de perdre des milliers de dollars après le naufrage de MtGox, la principale plateforme d’échange, ne refroidisse les ardeurs des Islandais. D’autant que Baldur Friggjar Odinsson reste très flou sur sa véritable identité. Et que son site Internet est enregistré au Panama, pays répertorié comme centre financier offshore

 

Dans l’entourage du premier ministre de centre droit, Sigmundur David Gunnlaugsson, le sujet fait plutôt sourire. « On a déjà assez de travail avec la couronne ! » La banque centrale islandaise, elle, se montre plus circonspecte.

 

« Au final, l’auroracoin peut rencontrer un grand succès ou faire un flop monumental », conclut prudemment Olafur Margeirsson, jeune doctorant tenant un blogue sur l’économie de son pays. Dans tous les cas, les défenseurs du bitcoin et autres crypto-monnaies suivront le test islandais de très près. Tous rêvent secrètement de voir l’île de l’Atlantique Nord devenir le premier pays où les devises alternatives seront reines.


Par Marie Charrel