Poutine: l’envoi de troupes russes en Ukraine «pas nécessaire pour le moment»

Moscou — Le président russe Vladimir Poutine a estimé mardi que l’envoi de troupes russes en Ukraine n’était «pas nécessaire pour le moment», ajoutant que la Russie se réservait le droit de recourir à «tous les moyens» pour protéger ses citoyens dans cette ancienne république soviétique. 

«En ce qui concerne l’envoi de troupes, ce n’est pas nécessaire pour le moment. Mais cette possibilité existe», a déclaré M. Poutine. Le président russe a aussi nié que les forces russes sont intervenues en Ukraine. 

Interrogé lors d’une rencontre avec la presse dans la banlieue de Moscou par un journaliste lui demandant si des forces russes opéraient en Crimée, où les bases ukrainiennes sont encerclées par des hommes en uniforme ne portant aucun signe d’identification, M. Poutine a répondu: «Non, elle ne participent pas. Ce sont des forces locales d’auto-défense.»

Ce sont les premières déclarations publiques de M. Poutine depuis la destitution le 22 février par le Parlement ukrainien à Kiev du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, réfugié en Russie.

Demande de Ianoukovitch

«Si nous prenons la décision d’utiliser les forces armées en Ukraine, elle sera tout à fait légitime, en complet accord avec le droit international, dans la mesure où nous avons une demande du président légitime [Viktor Ianoukovitch]. Nos obligations coïncident dans ce cas avec nos intérêts à défendre les gens que nous considérons proches du point de vue historique, culturel, économique», a déclaré Vladimir Poutine, précisant que cela relèverait alors d’une «mission humanitaire».

«Nous avons une demande du président légitime», Viktor Ianoukovitch, pour effectuer une intervention militaire en Ukraine, a souligné M. Poutine, considérant que ce dernier est toujours le chef de l’État ukrainien.

«Il n’y a du point de vue juridique qu’un seul président légitime, il est clair qu’il n’a aucun pouvoir. Mais, je l’ai déjà dit, je veux le répéter, ce président légitime du point de vue purement juridique est évidemment Ianoukovitch», a déclaré M. Poutine.

Il a estimé que les nouvelles autorités pro-occidentales à Kiev étaient arrivées au pouvoir par un «coup d’État».

«Il ne peut y avoir qu’une seule appréciation sur ce qui s’est passé à Kiev et en Ukraine: il s’agit d’un coup d’État anti-constitutionnel, d’une prise de pouvoir par les armes», a affirmé M. Poutine.

Le président russe a également estimé que Viktor Ianoukovitch n’avait «pas d’avenir politique». «Je le lui ai déjà dit», a déclaré M. Poutine.

John Kerry à Kiev

Le secrétaire d’État américain, John Kerry, est arrivé à Kiev mardi en signe de soutien fort au nouveau régime ukrainien, des responsables américains s’alarmant d’une «consolidation» de la présence militaire russe en Crimée.

À l’occasion de cette visite symbolique de quelques heures de M. Kerry, les États-Unis apportent également une assistance économique à Kiev, offrant d’accorder notamment un milliard de dollars dans le cadre d’un prêt international, selon ces responsables voyageant avec leur ministre et la presse.

John Kerry avait dénoncé très fermement samedi «l’invasion et l’occupation» de l’Ukraine par la Russie, alors que les nouvelles autorités pro-occidentales à Kiev ont fait état de l’arrivée en Crimée de plusieurs milliers de soldats russes ces derniers jours.