La diplomatie contre l’armée russe

Des centaines de personnes ont été arrêtées dimanche à Moscou (ci-dessus) et à Saint-Pétersbourg au cours de manifestations contre l’intervention militaire russe en Crimée.
Photo: Agence France-Presse (photo) Dmitry Serebryakov Des centaines de personnes ont été arrêtées dimanche à Moscou (ci-dessus) et à Saint-Pétersbourg au cours de manifestations contre l’intervention militaire russe en Crimée.

La communauté internationale s’active sur tous les fronts pour éviter un conflit militaire entre l’Ukraine et la Russie. Depuis « l’invasion » des troupes russes en Crimée, le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, accuse Moscou de lui avoir « déclaré la guerre. » « Si le président Poutine veut être le président qui a commencé une guerre entre deux pays voisins et amis, il est tout près d’atteindre son objectif. Nous sommes au bord de la catastrophe », a lancé dimanche M. Iatseniouk.

 

Son cri du coeur a été entendu par l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui a appelé Moscou à retirer immédiatement ses troupes de l’Ukraine. L’OTAN a demandé au président russe, Vladimir Poutine, de respecter ses engagements internationaux, de replier ses forces dans ses bases et de ne pas interférer ailleurs en Ukraine. « Ce que fait la Russie en Ukraine viole les principes de la Charte des Nations unies. Cela menace la paix et la sécurité en Europe », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen. « Nous appelons les deux parties à rechercher immédiatement une solution pacifique par le dialogue, et le déploiement d’observateurs internationaux, sous les auspices du Conseil de sécurité des Nations unies ou de l’OSCE », a-t-il poursuivi à l’issue d’une rencontre d’urgence organisée dimanche avec les 28 ambassadeurs de l’Alliance atlantique et un représentant ukrainien. Ce représentant de l’Ukraine, Igor Dolgov, a affirmé que les nombreux appels lancés à la Russie n’avaient toutefois « pas beaucoup aidé jusqu’à présent ».

 

Moscou menacé d’être exclu du G8

 

La communauté internationalene baisse pas pour autant les bras pour désamorcer la crise. Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, s’est envolé pour Kiev afin d’offrir l’appui de Londres au nouveau gouvernement ukrainien. Le secrétaire d’État américain, John Kerry, s’y rendra pour sa part mardi. Sur les ondes de la télévision américaine, le secrétaire Kerry a dénoncé « l’agression » et « l’invasion » par la Russie de l’Ukraine. Un peu plus tôt, il avait menacé Moscou d’être expulsé du G8. « Vladimir Poutine pourrait ne pas avoir de G8 à Sotchi, il pourrait même ne pas rester au sein du G8 si cela continue », a-t-il prévenu. « Au XXIe siècle, vous ne vous comportez tout simplement pas comme au XIXe siècle en envahissant un autre pays », s’est-il insurgé.

 

Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne de même que le Canada ont d’ailleurs débattu, en fin de semaine, de la possibilité de boycotter le prochain sommet du G8 prévu en juin à Sotchi en Russie. Ils ont du moins proposé de suspendre les travaux préparatoires en vue du sommet. « Nous souhaitons d’un ami traditionnel autre chose qu’un bruit de bottes », a lancé le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. L’Allemagne doute, par contre, que cette mesure soit la meilleure pour faire changer d’idée Moscou. « Le format du G8 est le seul format où nous, les Occidentaux, nous parlons directement avec la Russie et devrions-nous vraiment sacrifier ce seul format ? », a demandé le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. L’Allemagne a par ailleurs annoncé que le président russe, Vladimir Poutine, avait accepté une proposition de la chancelière Angela Merkel de création d’une « mission d’enquête » et d’un « groupe de contact » pour entamer « un dialogue politique » sur l’Ukraine.

 

Des manifestations pro et anti-russes

 

Malgré cette annonce, les autorités ukrainiennes ont entamé des préparatifs en vue d’un éventuel affrontement dans la région de la Crimée dont la population est en majorité russophone. Dimanche matin, des véhicules blindés et des dizaines de soldats russes ont entouré la base d’infanterie ukrainienne de Privolnoye en Crimée. Kiev a appelé à la mobilisation générale des troupes et des réservistes pour assurer la sécurité du pays. Le président intérimaire, Olexandre Tourtchinov, a quand même répété qu’il espérait parvenir à une solution « pacifique » à la crise.

 

À Kiev et dans de nombreuses villes de monde, des dizaines de milliers de manifestants en ont profité pour descendre dans les rues dimanche pour dénoncer l’occupation russe. « Nous ne nous rendrons pas ! » ou encore « Poutine, mets tes mains hors de l’Ukraine » ont-ils crié afin que leurs voix soient entendues jusqu’au Kremlin. À Moscou et à Saint-Pétersbourg, des milliers de personnes s’étaient aussi mobilisées pour dénoncer « l’invasion » de l’armée russe en Ukraine, mais les policiers sont intervenus et ont arrêté des centaines d’entre elles. Les autorités russes ont par contre permis une autre grande manifestation de 10 000 personnes qui appuyait le gouvernement Poutine. Il faut dire que Moscou a rejeté les appels au calme et à la discussion lancés par les pays occidentaux et les Nations unies. L’armée russe a poursuivi son entrée en terre ukrainienne pour mieux prendre possession de la Crimée qui est une péninsule stratégique de la mer Noire.

 

Pendant toute la fin de semaine, la télévision d’État russe a fait la promotion d’une intervention militaire russe en Ukraine. Elle a notamment montré des images d’autobus remplis de réfugiés qui, disait-on, fuyaient le territoire ukrainien. La station Russia Today a affirmé que 675 000 personnes avaient fui l’Ukraine au cours des derniers jours. Le pays compte 46 millions d’habitants.


Avec Associated Press et l’Agence France-Presse

11 commentaires
  • Jihad Nasr - Inscrit 3 mars 2014 02 h 15

    Où est la nouvelle?

    "La communauté internationale..."! Puis on lit: "Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, le Canada"!! Et voilà la blague du mois de la bouche d'un John Kerry insurgé, nous dit l'article: "Au XXIe siècle, vous ne vous comportez tout simplement pas comme au XIXe siècle en envahissant un autre pays"!!!

    • Nicole Bernier - Inscrite 3 mars 2014 16 h 44

      Je suis totalement d'accord avec vous, M" Nasr, quand on pense à ce qu'ils ont fait en Iraq (sauf le gouvernement Chrétien qui a refusé de participer à cette hypocrisie parce que, lui, il y croyait vraiment à la non-intervention)..., ce qu'ils ont supporté en Iran lorsque Saddam les a envahis... quand ils laissent faire Israël contre la Palestine.... Les gouvernements occidentaux sont des hypocrites.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 3 mars 2014 20 h 50

      Ah bon, parce que vous croyez que seuls les puissances occidentales sont hypocrites? La soif du pouvoir est l'obsession de TOUTES les puissances du monde, et TOUTES usent d'hypocrisie et de toutes les déceptions pour arriver à leurs fins... élémentaire.

  • Carole Jean - Inscrite 3 mars 2014 03 h 22

    La voie diplomatique a bien meilleur goût


    La crise Ukraine-Russie-Crimée est sérieuse. Mais, il est du devoir des leaders politiques de garder la tête froide et de ne pas jeter de l'huile sur le feu sur un conflit essentiellement ethnique. Il est important de connaître les raisons multiples de cette crise.

    Renverser un gouvernement légitimement élu comme celui de V. Ianoukovitch par un putsch de rue n'est pas une chose que l'on doit approuver les yeux fermés. Qui sont les putschistes et qui les soutenaient ? Est-il vrai que le Parti Nazi ukrainien a joué un rôle clé dans ce putsch ? Est-il vrai que des étrangers étaient parmi les manifestants qui ont pris le gouvernement ukrainien d'assaut.

    Si notre propre gouvernement était renversé par un mouvement de rue, avec des agitateurs et de l'argent venant de l'étranger, est-ce que l'on pourrait avaliser un tel putsch sans savoir qui sont les éléments derrière une telle violation des règles démocratiques ? Est-ce que la démocratie et les règles de droit ne s'appliquent que lorsque cela fait notre affaire ?
    De même, il est important de savoir que la Crimée a déjà fait partie de la Russie. En 1954, le Président de l'URRS du temps, Nikita Khrouchtchev, originaire de l'Ukaraine, la céda à l'Ukraine. À ce moment, la Crimée faisait elle-même partie de l'URRS. À cause de l'histoire des deux derniers siècles, peut-on comprendre que la Russie a plus que tout autre pays le droit de se préoccuper de ce qui se passe en Ukraine, un pays voisin ? Certainement plus que des pays éloignés comme la Grande-Bretagne, la France, le Canada et les États-Unis qui ont activement encouragé le putsch ukrainien et qui continuent à le faire.
    D'ailleurs, est-ce que la Russie, compte tenu des développements et de la volonté des contestataires ukrainiens maintenant en charge, ne pourrait pas simplement résilier ce don russe de la Crimée à l'Ukraine, surtout si la population de la Crimée, composée en majorité de parlants russe, le souhaitent démocratiquement ?

  • Albert Labranche - Inscrit 3 mars 2014 06 h 31

    Poutine affirme

    ''Je protege les interets de la Russie et ses citoyens''
    Exactement ce qu'affirment les USA et Israel pour justifier leurs actions.

  • Yves Perron - Inscrit 3 mars 2014 07 h 00

    L'histoire des peuples

    On a encore une preuve que deux peuples ne peuvent vivre , s'épanouir,s'entendre s'ils sont forcés de vivre dans le même pays. Chaque peuple a besoin de son espace son pays à lui.

    La Crimée est comme une partie colonisée de l'Ukraine et doit réaliser qu'elle n'est pas Russe où s'y annexer. Le Québec et le Canada sont les exemples de l'union manquée de deux Nations opposées et forcément un jour seront séparées pour le meilleur.

  • Josette Allard - Inscrite 3 mars 2014 07 h 25

    Rebâtir un empire

    En démantelant les pays voisins, un morceau à la fois. Poutine a agi ainsi en Géorgie en arrachant à ce pays l'ocetie. Il est à parier quel'Ukraine va connaître le même sort sans que rien ne soit fait pour l'empêcher. Regarder ce qui se passe en Syrie. Et pourtant les JO de Sotchi ont eu lieu et nous y avons tous participé, sans rien dire.