Espoirs et inquiétudes chez la diaspora ukrainienne

Une manifestante portant les couleurs de l’Ukraine se tenait dimanche devant le consulat général de Russie, à Montréal.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Une manifestante portant les couleurs de l’Ukraine se tenait dimanche devant le consulat général de Russie, à Montréal.

« Slava Ukraini, gloire à l’Ukraine », c’est ce que la centaine de manifestants scandaient, dimanche après-midi, devant le consulat général de Russie à Montréal. En faisant ballotter au vent leur drapeau jaune et bleu, des membres de la communauté ukrainienne ont dénoncé « l’invasion » de l’armée russe en Ukraine et réclamé le retrait des troupes russes de la Crimée.

 

Les organisateurs de la manifestation ont rappelé que la Russie contrevenait à la charte des Nations Unies et au Mémorandum de Budapest. En effet, lorsque l’Ukraine avait adhéré au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires en 1994, la Russie, les États-Unis et la Grande-Bretagne s’étaient engagés à « respecter l’indépendance, la souveraineté et les frontières existantes de l’Ukraine » dans le cadre du Mémorandum de Budapest. Les trois pays avaient alors affirmé « qu’aucune de leurs armes ne serait jamais utilisée contre l’Ukraine, sauf en cas de légitime défense ou en conformité avec la charte des Nations unies. »

 

« J’espère beaucoup que les États-Unis et la Grande-Bretagne vont maintenant se lever et nous aider à battre l’agresseur présent en Ukraine », a indiqué Rostyslav Nyemtsev, l’un des organisateurs de la manifestation. Dans la foule, la majorité des manifestants espéraient toutefois que cette crise se réglerait par les voies diplomatiques et non par la force. Ils craignent que le conflit actuel ne se transforme en véritable guerre entre les deux pays.

 

Des craintes justifiées

 

L’expert de l’Ukraine et ancien professeur d’histoire à UQAM, Roman Serbyn, croit que cette crainte de la diaspora ukrainienne est justifiée. « Il faut comprendre que pour Poutine, la plus grande tragédie du XXe siècle était l’éclatement de l’URSS, si on comprend ça, on comprend tout le reste c’est-à-dire que Poutine veut rassembler les pièces que la Russie a perdues, et l’Ukraine est l’une des pièces centrales », a-t-il expliqué.

 

Néanmoins, M. Serbyn croit que les Ukrainiens, qui se sont unis pour chasser l’ancien président Ianoukovitch ces dernières semaines, n’accepteront jamais de faire marche arrière. « Ils se sont unifiés pour transformer l’ancienne société en société civique qui serait démocratique. Dans ce sens, Poutine n’a pas beaucoup de chance », avance-t-il en ajoutant que « même la minorité russe, qui vit en Ukraine, ne souhaite pas être intégrée à la Russie de Poutine » contrairement à ce que le président russe affirme.

 

Ottawa exclut la force

 

Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a d’ailleurs rejeté, dimanche, les arguments du Kremlin selon lesquels Moscou cherchait en entrant en Ukraine à protéger la population russophone de la région. Il a qualifié l’invasion de troupes russes d’« agression à la soviétique. »« Les affirmations du président Poutine sont absurdes et ridicules. Il n’a aucun droit d’envahir un autre pays, un pays voisin qui tente d’effectuer la transition vers la liberté et la démocratie. Les excuses et la rhétorique provenant de Moscou sont inacceptables », a-t-il déclaré sur la chaîne Global.

 

Plus tard lors d’une conférence de presse, le ministre Baird a, par contre, exclu toute intervention militaire pour forcer la Russie à retirer ses troupes d’Ukraine sans pour autant faire une croix sur des sanctions supplémentaires, y compris l’expulsion de l’ambassadeur russe à Ottawa.

 

« Je ne crois pas que quiconque envisage une intervention militaire occidentale, qu’il s’agisse de nos amis ou de nos alliés », a-t-il mentionné. « Ce que nous faisons, c’est travailler ensemble pour affirmer, dans des termes très clairs, que cela est complètement inacceptable et le condamner dans les termes les plus virulents. »

 

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a appuyé la démarche du gouvernement Harper et soutenu que le Canada se devait d’envoyer un « signal fort » pour dénoncer ce qu’il a appelé une « invasion pure. »

 

Samedi, le premier ministre Stephen Harper avait annoncé le rappel de l’ambassadeur canadien en Russie et le retrait du Canada des rencontres préparatoires en vue du sommet du G8 qui doit avoir lieu à Sotchi, en Russie.


Avec La Presse canadienne

1 commentaire
  • Gérard Lépine - Inscrit 3 mars 2014 06 h 08

    médiation

    Le nouvel archevêque métropolite de Constantinople à Paris (pour la France et l'Europe occidentale) est un montréalais pur jus, maman québécoise. Mgr Job devrait se proposer comme médiateur neutre entre les partis ukrainiens, car il est aussi ukrainien, et sa position le fera respecter de tous, même du tsar Vladimir P.
    Le vrai problème ukrainien est la partition entre deux orthodoxies, suite à un très vieux traité de paix, que l'on appelle de "Brest-Litovsk".