L'Occident exhorte Moscou à éviter l'escalade en Crimée

Le pro-européen Arseni Iatseniouk a pris jeudi les rênes d’une Ukraine menacée de banqueroute et en plein bras de fer avec la Russie, tandis que l’Occident s’alarmait de la situation en Crimée, région où stationne la flot- te russe et qui exige plus d’« autonomie ».

La nomination de M. Iatseniouk a coïncidé avec la réapparition du président déchu Viktor Ianoukovitch, qui doit tenir vendredi une conférence de presse en Russie.

Le Parlement ukrainien a désigné jeudi à l’unanimité M. Iatseniouk comme premier ministre du gouvernement de transition.

À 39 ans, cet ancien ministre de l’Économie et des Affaires étrangères va diriger le gouvernement d’union nationale jusqu’à l’élection présidentielle anticipée prévue le 25 mai, à laquelle il a déclaré ne pas être candidat.

M. Iatseniouk n’a pas fait mystère de la gravité de la situation dans laquelle se trouve le pays sur tous les fronts. « L’intégrité territoriale est menacée, on assiste à des manifestations de séparatisme en Crimée », a-t-il déclaré.

« Je dis aux Russes : ne nous affrontez pas, nous sommes des amis et des partenaires », a-t-il ajouté.

Sur le plan économique, « les comptes publics sont vides, tout a été volé. Je ne promets pas d’amélioration, ni aujourd’hui ni demain. Notre objectif principal est de stabiliser la situation », a dit M. Iatseniouk.

Le Fonds monétaire international (FMI) a reçu jeudi une demande d’aide officielle de l’Ukraine et est « prêt à y répondre », a indiqué sa directrice générale Christine Lagarde.

Les événements se sont aussi accélérés dans la république autonome de Crimée, péninsule russophone du sud de l’Ukraine, provoquant l’inquiétude des Occidentaux.

A Simféropol, capitale de la Crimée, le Parlement, contrôlé par un commando pro-russe depuis le début de la journée de jeudi, a voté la tenue le 25 mai d’un référendum pour plus d’autonomie. Il a également limogé le gouvernement local à l’issue d’un vote à huis clos.

Hommes armés

Tôt jeudi, plusieurs dizaines d’hommes armés s’étaient emparés du siège du Parlement et du gouvernement locaux, sur lequel ils ont hissé le drapeau russe.

L’action du groupe armé a été qualifiée de « dangereuse et irresponsable » par le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, qui s’est déclaré « extrêmement inquiet des évolutions les plus récentes en Crimée », exhortant la Russie à éviter « toute action pouvant provoquer une escalade » dans la crise ukrainienne.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a également fait part jeudi de sa « grave inquiétude » par la voix de Didier Burkhalter, président en exercice de l’organisation et ministre suisse des Affaires étrangères.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a affirmé que la Russie s’était engagée à « respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine » au cours d’une conversation télé- phonique jeudi matin avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

Lors de ce même entretien, Moscou a également assuré ne pas être derrière les troubles en Crimée, a rapporté M. Kerry. « Nous pensons que tout le monde doit maintenant faire un pas en arrière et éviter toutes formes de provocations », a déclaré le chef de la diplomatie américaine.

La Lituanie, qui assure la présidence mensuelle du Conseil de Sécurité des Nations unies, a appelé la Russie à entamer des discussions « directes » avec l’Ukraine afin d’éviter un « conflit régional ».

Le ministre ukrainien de l’Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a annoncé la mise en alerte de l’ensemble de la police et des forces spéciales afin d’éviter « un bain de sang parmi la population civile ».
4 commentaires
  • Rafik Boualam - Inscrit 27 février 2014 11 h 22

    cordonnier mal chaussé

    Avec toute la méfiance que j'ai envers la Russie sous Poutine, je pense que les USA, après leurs aventures guerrières, ils n'ont pas à donner de leçon à qui que ce soit.

  • Marcel Bernier - Inscrit 27 février 2014 11 h 22

    La recette d’un conflit armé imminent…

    Tout est en place pour qu’une guerre éclate entre la Russie et l’Ukraine, avec des risques d’un conflit international. Je souhaite que monsieur Poutine puisse réellement évaluer les options en jeu : ou il reconnaît la légitimité du gouvernement transitoire en Ukraine et plaide pour que les pro-russes en Crimée s’abstiennent de jeter de l’huile sur le feu, ou il maintient une position rigide et nous sommes mûrs pour une conflagration.

  • michel lebel - Inscrit 27 février 2014 14 h 18

    Finie la peur!

    Le petit tacticien brutal de Moscou, Poutine, a-t-il été démasqué? Sa dernière carte, la militaire, est quelque peu loufoque. Moscou devra entièrement respecter l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Moscou devra rentrer ses griffes qui ne font plus peur au peuple ukrainien.


    Michel Lebel

  • Daniel Bérubé - Inscrit 28 février 2014 16 h 46

    La logique serait

    que si des troupes "directement ou indirectement " russes sont sur places exerçant un certain contrôle, que des troupes de l'ONU ou de l'OTAN soient aussi sur place, afin de suivre les préparatifs pour les élections de mai, car si les forces sur place ne sont que de sources russe, ont peut facilement prédire les résultats...