L’ONU dénonce la complaisance du Vatican

Le pape François a promis par le passé d’agir avec détermination contre les sévices sexuelles commis par des membres du clergé.
Photo: Agence France-Presse (photo) Filippo Monteforte Le pape François a promis par le passé d’agir avec détermination contre les sévices sexuelles commis par des membres du clergé.

Après les questions embarrassantes, la rebuffade. Dans un virulent rapport rendu public mercredi, le Comité des Nations unies sur les droits de l’enfant exige que le Vatican renvoie sans tarder tous les religieux soupçonnés ou coupables d’actes pédophiles. Loin de se repentir, le Vatican accuse en retour les responsables onusiens d’avoir « déformé » les faits.

 

Dans son rapport d’une quinzaine de pages, le comité de l’ONU se dit « gravement préoccupé [de voir] que le Saint-Siège n’a pas reconnu l’étendue des crimes commis, n’a pas pris les mesures nécessaires pour faire face à ces affaires de pédophilie et pour protéger les enfants, et a adopté des politiques qui ont entraîné la poursuite de ces sévices et l’impunité pour leurs auteurs ».

 

Il dénonce notamment les transferts de religieux de paroisse en paroisse, dans un même pays ou dans un autre pays, pour cacher ces crimes et fuir les autorités judiciaires.

 

Par conséquent, le comité demande au Saint-Siège « de relever immédiatement de ses fonctions toute personne suspectée d’agression sexuelle et de déférer son cas aux autorités judiciaires compétentes à des fins d’enquête et de poursuites ».

 

Il réclame aussi que le Vatican rende publiques ses archives sur les affaires de pédophilie dont il a eu à prendre connaissance, afin que « ceux qui ont caché leurs crimes » soient amenés à rendre des comptes.

 

Droits de l’enfant

 

En plus du dossier des prêtres pédophiles, le rapport éclabousse l’Église de plusieurs manières. Il critique sévèrement le Saint-Siège pour ses attitudes envers l’homosexualité, la contraception et l’avortement. Il l’exhorte également à revoir ses politiques pour assurer les droits des enfants et leur accès aux soins de santé.

 

Pour la présidente du comité de l’ONU, la Norvégienne Kirsten Sandberg, il n’y a pas de doute : le Vatican a violé la Convention internationale sur les droits de l’enfant en raison de sa gestion des scandales de sévices sexuels. « Ma réponse simple est oui, il y a une violation de la Convention jusqu’à maintenant parce qu’ils n’ont pas fait tout ce qu’ils auraient dû », a-t-elle déclaré aux médias.

 

C’est la première fois que le Saint-Siège est sévèrement mis en cause par un organe de l’ONU qui fait autorité dans son domaine. Les recommandations qui lui sont faites n’ont cependant pas un caractère contraignant. L’ONU demande plutôt au Vatican de les adopter et de lui faire rapport d’ici 2017. Le Vatican a soumis son plus récent rapport avec 14 ans de retard.


Des faits « déformés »

 

Dans sa première réaction par voie de communiqué, le Saint-Siège a « pris acte des observations finales » de l’ONU concernant les sévices pédophiles, qu’il examinera « avec attention ».

 

« On dirait quasiment que le rapport était rédigé à l’avance, avant la rencontre avec la délégation du Saint-Siège », s’est toutefois insurgé Mgr Silvano Tomasi, un observateur permanent du Vatican aux Nations unies, dans une entrevue accordée à Radio Vatican.

 

« Le document [de l’ONU] ne semble pas à jour », a ajouté le prélat, avant de détailler les mesures prises par l’Église catholique contre ces agressions. « C’est une question de faits, d’évidence, qui ne peuvent pas être déformés ! », ajoute-t-il. Des documents dévoilés récemment ont par exemple permis d’apprendre qu’entre 2008 et 2012, le Vatican a renvoyé près de 600 prêtres soupçonnés d’avoir agressé des enfants.

 

Le numéro deux du Vatican, le secrétaire d’État Pietro Parolin, s’est montré plus nuancé. « Il y aura une réponse articulée de notre part, mais nous ne pouvons que répéter notre volonté de remplir les exigences de la commission et de la convention » des droits de l’enfant, a-t-il souligné depuis Venise.

 

Pour sa part, le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a promis que le Vatican détaillera « dans les prochains jours ou semaines » son plan pour lutter contre la pédophilie ainsi que le fonctionnement de la commission créée pour prévenir les agressions. La mise sur pied de cette commission, premier acte concret du pape François dans ce domaine, a été annoncée par le Vatican le 5 décembre.

 

« Nous sommes récompensés de voir que l’ONU a pris la chose aussi sérieusement, a réagi depuis New York la présidente du Réseau de survivants abusés par des prêtres (SNAP), Barbara Blaine. Plus les organisations internationales et les gouvernements s’impliqueront, plus vite nous pourrons mettre fin aux pratiques du Vatican. »


Interrogatoire

 

Le rapport dévoilé mercredi est le fruit du travail de 18 experts indépendants qui se sont penchés sur le respect de la Convention des droits de l’enfant, dont le Vatican est signataire.

 

Leurs conclusions font suite à l’interrogatoire serré qu’ont dû subir à Genève les représentants du Saint-Siège, le 16 janvier dernier : quelles modifications ont été apportées au code de conduite pour empêcher les sévices sexuels ? Quelles sanctions ont été prises contre les membres du clergé ayant eu une conduite inadéquate ? Quelles mesures ont été mises de l’avant pour affronter le problème ?

 

À toutes ces questions, les membres du Saint-Siège ont répondu que « certaines choses doivent être faites différemment », mais que « les prêtres ne sont pas des fonctionnaires du Vatican ». « Le suivi des cas individuels est laissé aux églises locales, car c’est là où se trouve le problème », avait indiqué à ce moment l’un des membres de la délégation.

 

Lors de la messe célébrée ce matin-là, le pape François avait admis que les scandales de pédophilie sont « la honte de l’Église ».
 

 

Avec Le Monde, l’Agence France-Presse et Associated Press

À voir en vidéo