L’ombre du terrorisme s’étend sur Sotchi

Les pompiers s’affairent devant la gare de Volgograd à la suite de l’attentat-suicide.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les pompiers s’affairent devant la gare de Volgograd à la suite de l’attentat-suicide.

Au moment de mettre sous presse, des agences russes faisaient état sans plus de détails de 10 morts dans une autre explosion survenue à Volgograd, cette fois dans un trolleybus.

Au sujet de l’attentat de la gare, le chef du comité d’enquête russe, Vladimir Markin, a déclaré que « lorsque le kamikaze a vu un policier devant un détecteur de métal, il a paniqué et a déclenché son engin explosif ». 

En après-midi, les autorités russes avaient affirmé qu’une femme s’était fait exploser à l’entrée de la gare, mais elles se sont ravisées quelques heures plus tard. Selon de nouvelles informations obtenues par l’agence russe Interfax, il se pourrait que ce soit plutôt un homme qui se soit fait exploser et qu’il était en compagnie d’une femme. Une main aurait été retrouvée sur les lieux.

M. Markin n’a toutefois pas confirmé ces détails. Il a seulement affirmé que la puissance de l’engin explosif était d’environ dix kilos d’équivalent TNT, que la bombe était remplie de métal et qu’une grenade non explosée a aussi été découverte. Selon lui, les contrôles de sécurité ont tout de même permis d’éviter que l’explosion fasse plus de dégâts et plus de victimes alors que la gare était bondée.

Les médias russes ont d’ailleurs rapporté que l’explosion a été si puissante que les fenêtres des deux premiers niveaux de la gare ont été complètement soufflées. Des témoins ont aussi raconté que l’explosion était « effrayante » et qu’une grosse boule de feu s’était formée devant l’entrée principale de la gare.

Vives réactions

Le président russe, Vladimir Poutine, n’a pas tardé à réagir après l’annonce de cet attentat-suicide. Il a exigé le renforcement des mesures de sécurité dans toutes les principales gares et les principaux aéroports du pays. Il a aussi ordonné de « prendre toutes les mesures nécessaires […] pour trouver et déférer devant la justice ceux qui sont responsables » de l’attentat, a déclaré son porte-parole Dmitri Peskov à l’agence de presse Interfax.

Sur le site Internet du Kremlin, le président a également mis en ligne un message de condoléances destiné aux familles des victimes. Il a offert un prompt rétablissement aux personnes blessées. Le premier ministre russe Dmitri Medvedev a pour sa part demandé aux ministères de la Santé et des Opérations de secours de fournir « toute l’assistance nécessaire » à ceux qui en ont besoin. Quant aux autorités régionales, elles ont élevé le niveau d’alerte antiterroriste dans la région de Volgograd pour les 15 prochains jours.

Cet attentat terroriste, qui survient dans un moment critique, a été condamné vivement par la communauté internationale. Dans un communiqué publié dimanche, le Conseil de sécurité de l’ONU a affirmé que le terrorisme sous toutes ses formes « constitue l’une des menaces les plus graves pour la paix et la sécurité internationale » et que « tout acte de terrorisme est criminel et injustifiable ».

Le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a indiqué pour sa part qu’il s’agissait d’un attentat qui « ne peut avoir aucune justification ». Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a plutôt qualifié cette attaque « d’abominable », tandis que la responsable de la diplomatie de l’Union européenne, Catherine Ashton, a « fermement condamné » l’attentat. 

Ici au pays, le gouvernement Harper a fermement déploré cette attaque. Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, a qualifié l’attentat de « lâche et de haineux ». Il a ajouté qu’Ottawa continuera « d’échanger avec la Russie à propos des mesures spéciales de sécurité qui seront mises en place dans les installations olympiques, les aéroports, les postes frontaliers et les autres secteurs à accès réglementé ».

Un pays sous tension

À quelques semaines des Jeux de Sotchi, le gouvernement de Vladimir Poutine se trouve dans une position fort inconfortable pour rassurer les pays du monde entier. À Volgograd déjà, en octobre dernier, une femme kamikaze est montée dans un car rempli d’étudiants. Bilan : sept morts. Ces deux attentats consécutifs dans la même ville, à 650 kilomètres au nord-est de Sotchi, soulèvent des questions quant à l’efficacité de la lutte antiterroriste en Russie, et à la capacité des autorités de véritablement protéger la station touristique nichée entre la mer Noire et les montagnes du Caucase du Nord.

Pour le moment, l’attentat-suicide survenu à Volgograd n’a toujours pas été revendiqué, mais certains experts russes et internationaux ont rappelé que le leader rebelle tchétchène, Doku Umarov, avait promis, il y a quelques mois déjà, de mener des attaques contre la population civile en Russie, notamment lors des Jeux olympiques.

Bien que depuis 1999, la situation en république de la Tchétchénie s’est stabilisée avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, les violences se sont déplacées dans la république voisine du Daguestan, où des affrontements quotidiens ont lieu entre les forces de l’ordre russes et des rebelles islamistes.

Ces dernières années, de nombreux attentats ont été commis par des rebelles islamistes provenant de ce coin de la Russie. En 2010, une femme kamikaze avait perpétré un attentat-suicide dans le métro de Moscou qui a fait 40 morts. En 2004, deux femmes originaires du Caucase du Nord avaient aussi fait exploser deux avions de ligne qui venaient de décoller à l’aéroport de Moscou, tuant 90 personnes.


Avec l’Associated Press et l’Agence France-Presse

 

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