2013 en 13 photos - Surveillance

Photo: Agence France-Presse (photo) Mandel Ngan
Il ne faut pas croire les évangélistes, particulièrement ceux qui cherchent à vendre la modernité. Un doute? La vie privée, loin d’être cette « anomalie » dans le présent évoquée en novembre dernier par Vint Cerf, gourou de Google, devant la Federal Trade Commission (FTC), s’est finalement accordée en 2013 avec un mot qui lui va malheureusement trop bien à l’ère du numérique : intrusion. Et Edward Snowden, l’ex-analyste de la National Security Agency (NSA) passé, entre mai et juin derniers, d’illustre inconnu à réfugié politique traqué par les services secrets américains, en a été l’un des plus grands responsables.

C’était inévitable. Avec la complicité de Glenn Greenwald, journaliste au quotidien britannique The Guardian, l’informaticien a, le 5 juin dernier, fait muter drastiquement à l’échelle mondiale les perceptions envers la surveillance des citoyens ordinaires par les services d’écoute du gouvernement américain, et ce, en révélant au grand jour des documents internes de la NSA prouvant la surveillance, par les services secrets américains, de l’ensemble des communications téléphoniques passant par le fournisseur Verizon.

Par la porte d’en arrière

Le lendemain, le quotidien de Londres, de concert avec le Washington Post, contacté également quelques mois plus tôt par Snowden, poursuit ces révélations en démontrant, documents à l’appui, l’existence d’un programme de surveillance massive des communications électroniques passant par Internet. La chose est baptisée PRISM — ou US-984XN, pour les initiés qui en ont pensé la structure. Elle utiliserait des « accès dissimulés » dans les applications installées par les citoyens eux-mêmes dans les ordinateurs, téléphones et tablettes du monde et surtout acquises auprès des compagnies qu’on croyait jusque-là honnêtes et respectables : Yahoo, Apple, Skype, Google, Facebook, Microsoft…

Une porte sur l’indignation collective vient du coup de s’ouvrir. Et, malgré la reconnaissance par Barack Obama de l’existence de ces programmes, et ce, uniquement pour mener à bien la lutte contre les forces occultes du terrorisme, les appels au scandale ne cesseront de se faire entendre, nourris les mois suivants par les nombreuses autres révélations distillées par Snowden, au nom de la protection du public et de la dénonciation des dérives liberticides que rendent désormais possibles les environnements numériques dans lesquels l’humanité s’est placée.

Exil et tensions diplomatiques

Faites pour le bien de tous, a toujours martelé Snowden, ces révélations l’ont été un peu moins pour l’informaticien, qui, le 22 juin dernier, s’est transformé en bête traquée par les services secrets américains, qui l’accusent désormais d’espionnage, de trahison, de vol et d’utilisation illégale de biens gouvernementaux. L’homme de 30 ans, originaire de la Caroline du Nord, qui s’était établi à Hong-Kong pour lancer sa croisade, vit désormais à Moscou, où, après s’être retrouvé au centre de tensions diplomatiques intenses lorsqu’il était réfugié dans la section internationale du terminal F de l’aéroport de Cheremetievo dans la capitale russe, il a obtenu en juillet un droit d’asile temporaire.

Depuis le Brésil, où il s’est également réfugié pour fuir les pressions des autorités britanniques, le journaliste Glenn Greenwald, devenu la caisse de résonance d’un des plus grands scoops de l’année, a indiqué début décembre, dans les pages du magazine français Télérama, vouloir continuer à publier, dans l’intérêt public et surtout par volonté de dénoncer les dérives sécuritaires qui accompagnent désormais la numérisation des activités humaines, les documents récoltés par Snowden lors de son passage à la NSA. Et ce, « jusqu’au dernier », laissant du coup présager une persistance de l’indignation, et de la réflexion qui vient avec elle, au-delà de 2013.


Voyez le photojournaliste du Devoir Jacques Nadeau expliquer la présence nécessaire des photographes sur le terrain.