Ukraine - L’opposition résiste après une tentative d’assaut de la police

Des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants se sont produits mercredi à la place de l’Indépendance.
Photo: Agence France-Presse (photo) Victor Drachev Des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants se sont produits mercredi à la place de l’Indépendance.

Les milliers de manifestants pro-européens qui continuent de défier le régime ukrainien malgré un temps glacial ont marqué des points mercredi en contraignant les forces de l’ordre à refluer du centre de Kiev après des échauffourées, et reçu un appui marqué de la communauté internationale.

 

Quelque 5000 personnes étaient rassemblées mercredi soir place de l’Indépendance. Les manifestants renforçaient les nouvelles barricades dressées dans la journée à l’aide de sacs de sable ou de neige tassée.

 

Au moment même où la secrétaire d’État américaine adjointe, Victoria Nuland, et la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, étaient à Kiev et où une médiation avait été entamée par trois anciens présidents ukrainiens, plusieurs milliers d’hommes des forces antiémeutes ont entrepris dans la nuit de mardi à mercredi de repousser les manifestants qui occupent la place de l’Indépendance depuis plus de deux semaines, et de démanteler les barricades.

 

Les policiers ont été bloqués par l’afflux de milliers de manifestants et ont quitté le centre-ville quelques heures après.

 

Les forces de l’ordre ont également tenté de reprendre aux manifestants la mairie de Kiev, dont l’opposition fait son QG depuis dimanche. Les policiers ont cependant là aussi rebrousser chemin.

 

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a promis mercredi dans la soirée de « ne jamais recourir à la force contre des manifestants pacifiques ». Dans un communiqué, il a appelé l’opposition à « ne pas suivre la voie de la confrontation et des ultimatums », mais à dialoguer avec les autorités.

 

Les réactions ont été vives au niveau international. Ainsi Américains et Européens ont dénoncé l’opération de police de la nuit précédente.

 

La France a également souligné qu’elle « récusait tout usage de la force », par la voix du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

 

Le premier ministre canadien, Stephen Harper, a pour sa part qualifié d’« antidémocratique et excessive » la décision du gouvernement ukrainien de lancer la police anti-émeute contre des manifestants pacifiques à Kiev.

 

À Washington, le département d’État a même indiqué mercredi que les États-Unis examinaient l’éventualité d’imposer des sanctions à l’Ukraine. « Nous envisageons certaines options politiques — bien évidemment aucune décision n’a été prise — et les sanctions en font partie », a déclaré la porte-parole du département d’État, Jennifer Psaki.

 

À la question de savoir s’il s’agirait de sanctions économiques ou politiques, elle s’est contentée de répondre : « Nous sommes ouverts à un éventail de choix, mais nous n’en sommes pas encore là à ce stade. »

 

Marchandage

 

Le premier ministre, Mykola Azarov, a affirmé mercredi que Kiev était prêt, moyennant une aide de 20 milliards d’euros en investissements, à signer un accord d’association avec l’UE plutôt que de se rapprocher de Moscou.

 

« Nous n’allons pas jouer avec les chiffres. La prospérité de l’Ukraine ne peut pas être l’objet d’un appel d’offres où le mieux-disant gagne leprix », a réagi un porte-parole de la Commission européenne, Olivier Bailly, à Bruxelles.

 

À Berlin, un porte-parole de la chancelière allemande, Angela Merkel, a estimé qu’avec le chiffre avancé par M. Azarov, les dirigeants ukrainiens semblaient vouloir « faire diversion » quant à leur responsabilité concernant la situation dans leur pays.

 

L’opposante emprisonnée et ex-première ministre, Ioulia Timochenko, a de son côté appelé à la plus grande fermeté, dans un communiqué de son parti Batkivchtchina (la Patrie).

 

« Aucune négociation, aucune table ronde avec cette bande. Seulement la démission immédiate de Ianoukovitch et de son entourage », a déclaré Mme Timochenko, condamnée à sept ans de prison à la suite d’accusations d’abus de pouvoir qu’elle affirme dictées par une volonté de vengeance politique.

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