République démocratique du Congo - La FIDH dénonce le sort fait aux victimes de violences sexuelles

Une femme congolaise victime de viol, en compagnie de son garçon. D’abord utilisé comme arme de guerre par des soldats ou des miliciens, le viol s’est banalisé. Il est de plus en plus souvent commis par des « gens ordinaires ».
Photo: Pete Muller Associated Press Une femme congolaise victime de viol, en compagnie de son garçon. D’abord utilisé comme arme de guerre par des soldats ou des miliciens, le viol s’est banalisé. Il est de plus en plus souvent commis par des « gens ordinaires ».

Les violences sexuelles en République démocratique du Congo sont « endémiques » et les victimes obtiennent rarement justice parce que le système judiciaire leur est souvent hostile et que les frais afférents sont importants. C’est le constat que fait la Fédération internationale des droits de l’homme dans un rapport publié mercredi.

 

Pour mettre fin à cette impunité, l’organisation prône, entre autres, une réforme de la procédure pénale dans ce pays, dont la création d’une cour mixte (nationale et internationale) pour juger les crimes internationaux (crimes contre l’humanité et crimes de guerre ou de génocide).

 

Certes, la Cour pénale internationale s’est saisie de plusieurs crimes commis en RDC, mais seule une poignée de chefs de milices se sont retrouvés dans le box des accusés. Les milliers de viols ne peuvent être jugés que par des tribunaux situés au Congo. Le problème est que ces derniers sont rarement en mesure de rendre justice aux victimes.

 

La violence

 

La République démocratique du Congo, qui s’appelait encore le Zaïre, est tombée dans une spirale de violence en 1996. Un accord de paix a mis fin en 2003 à ce qu’il est convenu d’appeler « les deux guerres du Congo », mais la violence a continué dans certaines régions.

 

Pendant ces conflits, les parties en présence ont commis de « très graves violations » du droit, violations« constitutives de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité »,écrit la FIDH dans son rapport.

 

D’abord utilisé comme arme de guerre par des soldats ou des miliciens, le viol s’est banalisé. Il est de plus en plus souvent commis par des « gens ordinaires ». « Des études ont montré que quatre femmes sont violées toutes les cinq minutes en RDC, que deux millions de femmes congolaises ont été violées au cours de leur vie »,lit-on dans le document.

 

Les agressions causent des lésions, des maladies transmises sexuellement, dont le sida, ainsi que des grossesses non désirées et des problèmes reproductifs. La situation est aggravée par la difficulté d’obtenir des soins médicaux et par la stigmatisation dont les victimes font l’objet. La FIDH déplore également l’absence de tribunaux en milieu rural et la méconnaissance des droits.


Situation préoccupante

 

Quand les obstacles à la tenue de procès sont surmontés, la Fédération constate que les jugements ne sont pas appliqués, que les personnes condamnées s’évadent souvent et que les indemnisations sont rarement versées aux victimes.

 

La situation demeure préoccupante malgré les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et la présence depuis une décennie et demie d’une importante mission de l’ONU en RDC. Dans la province du Nord-Kivu en proie à des violences à l’automne 2012, on a recensé près de 200 viols commis par des membres de la milice M-23 ou par des soldats de l’armée nationale.

 

La FIDH fait de nombreuses recommandations au gouvernement de la RDC et à ses partenaires internationaux : ratification de tous les instruments internationaux relatifs à la violence sexuelle, augmentation des budgets des agences concernées et des tribunaux, adoption d’un programme de protection des victimes et des témoins, création d’un fonds d’indemnisation, établissement d’un programme d’aide financière pour que les victimes puissent être représentées par un avocat payé par l’État, campagne de sensibilisation sur les droits des victimes des crimes sexuels. La Fédération demande également à Kinshasa de créer une cour mixte pour juger les crimes internationaux commis depuis 1990, une initiative à laquelle les autorités congolaises se sont toujours opposées jusqu’ici.

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