La communauté ukrainienne de Montréal solidaire - La colère des Ukrainiens prend de l'ampleur

Des Québécois d’origine ukrainienne ont manifesté lundi, devant l’ambassade de l’Ukraine à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des Québécois d’origine ukrainienne ont manifesté lundi, devant l’ambassade de l’Ukraine à Montréal.
La tension est montée d’un cran lundi en Ukraine, alors que quelque 10 000 opposants au gouvernement ont manifesté leur mécontentement au siège du gouvernement, à Kiev, et que le mouvement se propageait dans d’autres villes du pays, suscitant une vive réaction du premier ministre, qui a évoqué une « tentative de coup d’État ». La situation sociale qui prévaut soulève de vives inquiétudes dans les pays voisins.

Le mécontentement affiché depuis quelques jours ne s’est pas résorbé lundi alors que 10 000 manifestants bloquaient le siège du gouvernement à Kiev et comptaient sur l’appui populaire à l’appel à la grève générale pour forcer le pouvoir à la démission.

Le maire d’Ivano-Frankivsk, une ville de 200 000 habitants dans l’ouest du pays, Viktor Anouchkevitchous, a déclaré soutenir le mouvement et cesser le travail avec ses adjoints en « soutien aux grévistes ». Plusieurs milliers de gens avaient manifesté dimanche dans cette ville contre le président Viktor Ianoukovitch. Les autorités de Lviv, où une imposante manifestation a eu lieu lundi, ont aussi publié un communiqué de soutien à l’opposition.

Les leaders de l’opposition ont appelé dimanche à la grève générale, mais il était difficile lundi de savoir dans quelle mesure elle serait observée, dans un pays partagé entre l’Ouest nationaliste tourné vers l’Europe, et l’Est russophone orienté vers Moscou.

Les manifestants, qui réclament le départ du président Viktor Ianoukovitch, avaient installé dimanche soir des tentes et dressé des barricades sur la place de l’Indépendance, où des milliers d’entre eux ont passé la nuit. Ils occupent la mairie de Kiev et la Maison des syndicats, un autre bâtiment officiel dans le centre-ville où l’opposition a installé son état-major.

Un coup d’État en cours?

Le premier Mykola Azarov a qualifié lundi de « coup d’État » le soulèvement en cours à Kiev. « Ce qui se passe présente tous les signes d’un coup d’État. C’est une chose très sérieuse. Nous faisons preuve de patience, mais nous ne voulons pas que nos partenaires pensent que tout leur est permis », a déclaré M. Azarov, cité par les agences de presse ukrainiennes, au cours d’une rencontre avec les ambassadeurs de l’Union européenne, des États-Unis et du Canada. Il a également affirmé qu’une prise d’assaut du Parlement était en préparation, sans donner plus de précisions.

L’opposition a exigé que le Parlement mette à l’ordre du jour de mardi un vote de défiance au gouvernement. « Première chose : la démission du cabinet Azarov-Ianoukovitch, et puis la fin des répressions politiques en Ukraine, la libération de Ioulia Timochenko et des militants emprisonnés », a déclaré lundi un des leaders de l’opposition, Arseni Iatseniouk, qui dirige la fraction parlementaire du parti Batkivschina (la Patrie) de Mme Timochenko.

La mobilisation de l’opposition a été provoquée par la volte-face du pouvoir ukrainien, qui a soudainement suspendu fin novembre la signature d’un accord d’association avec l’Union européenne, en préparation depuis des mois, pour se tourner vers la Russie.

« La contestation se fait sous la bannière de l’Union européenne. La tendance pro-européenne est plus présente à l’ouest qu’à l’est, mais il existe maintenant un autre clivage, qui est lui générationnel. Les jeunes Ukrainiens veulent l’Europe. Soit ce mouvement sera réprimé ou appelé à pourrir par manque de perspectives, soit il se renforcera grâce à une population de moins en moins apeurée. Ce qui peut aller jusqu’à une pression pour l’alternance. […] L’Ukraine est face à beaucoup d’inconnues, mais tout le monde à intérêt à ce que ce mouvement soit pacifique », explique le chercheur Georges Mink, sociologue au CNRS de France.

Pogrom et révolution

Le président russe, Vladimir Poutine, qui a joué un rôle décisif pour dissuader Kiev de signer l’accord avec l’UE, a lui aussi fustigé lundi les manifestations en Ukraine, « préparées de l’extérieur » et qui « ressemblent plus à un pogrom qu’à une révolution ». Pour la Maison-Blanche, en revanche, il n’y a pas de tentative de prise du pouvoir en Ukraine, mais « des manifestations pacifiques » durement réprimées.

La crise en Ukraine suscite une vive préoccupation chez ses voisins, au premier rang desquels les ex-pays communistes restés longtemps dans l’orbite de Moscou et qui craignent de voir l’Ukraine s’éloigner de l’Union européenne. Le président polonais, Bronislaw Komorowski, qui a annulé une rencontre prévue pour lundi avec son homologue ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a convoqué d’urgence une réunion du Conseil de sécurité nationale au sujet de la situation en Ukraine.

Le ministère lituanien des Affaires étrangères a de son côté convoqué lundi l’ambassadeur d’Ukraine à Vilnius pour exprimer sa « préoccupation concernant la dispersion violente des manifestants pacifiques sur la place de l’Indépendance à Kiev vendredi soir », selon un communiqué.

Des appels à une solution pacifique ont été adressés à Kiev notamment par le chef de la diplomatie suédoise Carl Bildt, fervent partisan de l’intégration de l’Ukraine à l’UE, et par des ministères des Affaires étrangères slovaque et tchèque, tout comme par Bruxelles. Selon le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel, Steffen Seibert, « les manifestations ont envoyé un message très clair ».


Avec l’Agence France-Presse et Libération