Des milliers de personnes manifestent en Ukraine

Kiev, Ukraine — Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de la capitale ukrainienne, vendredi, pour réclamer la démission du président après qu'il ait mis sur la tablette une entente avec l'Union européenne au profit de liens plus étroits avec la Russie.

Environ 2000 policiers anti-émeute casqués ont encerclé les quelque 10 000 personnes qui s'étaient rassemblées sur la place de l'Indépendance. Cette place a été l'épicentre des manifestations qui, en 2004, sont devenues la Révolution orange et ont entraîné la reprise d'une élection présidentielle frauduleuse.

Plusieurs manifestants agitant les drapeaux de l'Ukraine et de l'UE ont déchiré des images du président Viktor Ianoukovitch, qui a laissé tomber l'accord de libre-échange vendredi lors d'un sommet à Vilnius, en Lituanie.

Quelques échauffourées mineures ont éclaté entre policiers et manifestants, mais on ne rapporte pas d'affrontement important.

Les leaders de l'opposition qui ont pris la parole ont demandé aux foules de se faire encore plus nombreuses.

«Nous organiserons de grandes manifestations dans toute l'Ukraine. Ils doivent voir notre force», a dit Arseni Iatseniuk, un allié de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko, l'ennemie jurée du M. Ianoukovitch. Il a dit que l'opposition «fera tout» pour tenter de forcer la tenue d'une élection présidentielle avant celle prévue en 2015.

«Notre droit de vivre dans un pays européen a été volé», a quant à lui lancé le champion de boxe Vitali Klitshcko, une autre figure de proue de l'opposition.

M. Ianoukovitch a abruptement dévié de sa trajectoire vers une intégration avec l'UE la semaine dernière, quand son gouvernement a annoncé qu'il suspendait les préparatifs devant mener à la signature de l'entente.

Le président a fait valoir que l'Ukraine ne peut se permettre de sacrifier ses liens commerciaux avec la Russie, qui a tenté de bloquer l'entente en interdisant l'importation de certains produits ukrainiens et en menaçant d'imposer de nouvelles sanctions économiques.

Une dizaine de milliers de partisans de M. Ianoukovitch ont aussi manifesté à Kiev vendredi, à quelques centaines de mètres seulement du lieu de l'autre manifestation.

De leur côté, les leaders européens s'en sont pris à la Russie, vendredi, pour avoir fait échouer la signature de l'entente avec l'Ukraine. La plupart des dirigeants ont accusé la Russie d'avoir eu recours aux menaces et à l'intimidation pour faire avorter l'accord.

«Nous ne devons pas céder aux pressions extérieures, et encore bien moins à celle provenant de la Russie», a lancé le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, en utilisant un langage particulièrement musclé.

Le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, a ajouté que «l'époque de la souveraineté limitée est terminée en Europe», avant d'alléguer que la Russie semble toujours voir l'Ukraine comme un voisin servile.

La Russie avait notamment menacé l'Ukraine de lui refiler des factures astronomiques pour son approvisionnement en gaz naturel.

«C'est évident qu'il y a eu des pressions, notamment par le biais du gaz naturel», a dit le président français François Hollande.

M. Ianoukovitch a dit qu'il désire maintenant une entente tripartite impliquant la Russie, mais cette notion a été immédiatement rejetée. «Quand nous concluons une entente bilatérale, nous n'avons pas besoin d'un accord tripartite», a dit M. Barroso.

Pour sa part, la chancellière allemande Angela Merkel a félicité des pays comme la Géorgie et la Moldavie qui ont continué à se rapprocher de l'occident en dépit de pressions similaires.

«Quand on voit comment, en partie, on exerce des pressions sur ces pays par les biais de restrictions commerciales, alors je dis que c'est vraiment une décision courageuse», a-t-elle dit.

L'hôte du sommet, Dalia Gribauskaite, a rappelé l'histoire de la Lituanie qui s'est affranchie de l'Union soviétique, déclarant que la décision doit ultimement être celle du peuple. «S'il y a une volonté politique de résister et de ne pas céder, alors les pressions restent sans effet», a-t-elle dit.

Certains analystes croient maintenant que M. Ianoukovitch quittera Vilnius plus faible qu'auparavant puisque l'Union européenne ne semble pas devoir lui offrir une aide supplémentaire, ce qui est de mauvais augure pour lui à quelques jours d'une rencontre avec les dirigeants russes.


 
1 commentaire
  • Anthony Valois - Inscrit 29 novembre 2013 18 h 15

    Tant mieux

    Même si la Russie fait des pressions musclées sur l'Ukraine, on ne peut pas dire, vu la situation de l'UE et son avenir probable, que le berceau des Femen ferait bien de s'en rapprocher. C'est dire comment ça va mal quand MÊME la Turquie commence à ramollir ses envies d'adhésion...