À Montréal, le célèbre linguiste Noam Chomsky présente ses vues sur le déclin de l’empire américain

Noam Chomsky a fait remarquer que les États-Unis et son allié canadien sont désormais écartés des grandes discussions hémisphériques.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Noam Chomsky a fait remarquer que les États-Unis et son allié canadien sont désormais écartés des grandes discussions hémisphériques.

« L’avenir de l’anarchisme, c’est l’avenir de la société civilisée », a répondu Noam Chomsky à une question venant de son auditoire montréalais, samedi.

 

Associé à l’anarcho-syndicalisme et à la pensée libertaire de gauche, le célèbre professeur émérite du Massachusetts Institute of Technology ne correspond pas à l’image exaltée et violente qu’on associe parfois à cette mouvance. Contrairement à d’autres « intellectuels publics », il ne se contente pas de coups de gueule. Il serait plutôt l’exemple parfait de l’intellectuel américain de haut vol : humble, posé, maniant au besoin l’humour pour illustrer sa pensée.

 

Le cadre de la salle Claude-Champagne de l’Université de Montréal convenait donc parfaitement à sa conférence. L’amphithéâtre était plein et l’auditoire, gagné d’avance.

 

États-Unis affaiblis

 

L’intellectuel de 83 ans était là pour nous dire si l’hégémonie américaine est en train de s’affaiblir. Comme il voit l’histoire sous l’angle des rapports de force, la question de l’avenir de l’anarchisme, qui consiste, selon sa définition, à exiger de toutes les structures de pouvoir qu’elles justifient leur existence, se posait donc naturellement.

 

Selon Chomsky, l’hégémonie américaine recule depuis son apogée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et surtout depuis que la Chine a conquis son « indépendance », en 1949. L’invasion de l’Indochine (Vietnam) et la « strangulation économique » de Cuba n’avaient « pratiquement rien à voir avec le pouvoir soviétique » invoqué dans le contexte de la guerre froide, croit-il. La « théorie des dominos [reflétait en réalité] la crainte qu’une région échappant au contrôle américain constitue un virus qui pourrait s’étendre à d’autres régions. Ce principe, qui est aussi celui de la mafia, est probablement le plus important en matière de relations internationales. »

 

Noam Chomsky a fait remarquer que les États-Unis et son allié canadien sont désormais écartés des grandes discussions hémisphériques. Depuis le début du millénaire, en Amérique latine, les tentatives de coup d’État militaire appuyées par Washington n’ont réussi que dans les pays les plus vulnérables : Haïti Honduras ; elles ont échoué au Venezuela, a-t-il poursuivi.

 

Les révélations sur la surveillance exercée par la NSA « ne devraient pas surprendre, parce que les gouvernements utilisent toute technologie à leur disposition pour se défendre contre leurs principaux ennemis et, pour presque tous les gouvernements, l’ennemi principal, c’est la population. C’est son intensité qui m’a surpris», dit Noam Chomsky.

 

« Vous avez remarqué qu’en France et en Allemagne, les leaders n’ont vraiment commencé à se fâcher qu’en apprenant que leurs propres communications téléphoniques étaient surveillées. Ils savaient que les citoyens étaient surveillés, mais ça ne les dérangeait pas », a conclu Noam Chomsky.

 

L’auteur de Manufacturing Consent note qu’il est devenu plus difficile pour les États de réprimer les idées dissidentes par la force. « C’est la raison pour laquelle on a vu apparaître l’industrie des relations publiques il y a un siècle », rappelle-t-il.

 

Le professeur Chomsky est surtout connu du grand public pour ses prises de position politiques, mais il est également un linguiste réputé. Il a prononcé vendredi une conférence organisée par le département de linguistique de l’UQAM. Le lendemain soir, il était l’invité de la revue Canadian Dimension, qui célèbre son cinquantième anniversaire.

 

Lors de cette dernière rencontre, il a pris beaucoup de précautions avant de répondre à une question sur le projet de Charte québécoise des valeurs. Il a finalement mis en garde contre la tentation d’imiter certains pays européens qui veulent créer une « société culturellement homogène ». À en juger par les applaudissements que cette remarque a suscités, la salle comptait plus d’« inclusives » que de « Janette ».

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