Le Nobel de la Paix va à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques

Oslo — L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a remporté vendredi le prix Nobel de la paix 2013, notamment en reconnaissance de ses efforts pour détruire l'arsenal chimique syrien.

Avec cet honneur, le comité Nobel a choisi d'attirer l'attention à la fois sur la guerre civile syrienne et sur un type d'arme qui sème l'horreur depuis la Première Guerre mondiale.

La réaction en Syrie était prévisible: un important leader rebelle a estimé que cette récompense est «prématurée», tandis qu'un membre du gouvernement syrien a déclaré que ce choix prouve la légitimité du gouvernement de Bachar el-Assad.

L'OIAC a été formée en 1997 pour assurer le respect de la Convention sur les armes chimiques, le premier traité international à interdire une catégorie entière d'armes. Basée à La Haye, aux Pays-Bas, elle travaillait essentiellement dans l'ombre jusqu'à cette année, quand l'ONU a fait appel à son expertise pour enquêter sur des attaques chimiques présumées commises en Syrie.

«Les conventions et l'oeuvre de l'OIAC ont mené à l'interdiction du recours aux armes chimiques en vertu de la loi internationale, a dit le comité Nobel. Les récents événements survenus en Syrie, où des armes chimiques ont de nouveau été utilisées, ont mis en relief l'importance de redoubler d'efforts pour se débarasser de telles armes.»

La Syrie doit devenir lundi le 190e État membre de l'OIAC. Des inspecteurs
de l'organisation sont déjà à pied d'oeuvre en Syrie pour mener à bien leur
mission de désarmement.

«Les événements en Syrie sont un rappel tragique de tout le travail qui reste encore à faire, a déclaré le directeur-général de l'OIAC, Ahmet Uzumcu. Nous compatissons avec le peuple syrien, qui a récemment été victime de l'horreur des armes chimiques. J'espère sincèrement que cet honneur et la mission courante de l'OIAC aideront à restaurer la paix dans ce pays et à mettre fin aux souffrances de son peuple.»

Il a ajouté que le prix de 1,2 million $US sera consacré aux «objectifs de la convention» — l'élimination des armes chimiques.

En octroyant le prix à une organisation internationale, le comité Nobel met en lumière la guerre civile syrienne, qui entame sa troisième année, sans pour autant prendre parti pour une faction ou une autre. Les combats ont fait plus de 100 000 morts, anéanti plusieurs villes et chassé des millions de personnes de chez elles.

Des enquêteurs onusiens accusent aussi bien les rebelles que les forces gouvernementales de crimes de guerre, tout en reconnaissant que les crimes du régime sont de plus grande ampleur que ceux de l'insurrection.

Louanges

L'ONU et les États-Unis ont louangé la décision du comité Nobel.

«Depuis cette attaque horrible, l'OIAC a pris des mesures extraordinaires et travaillé avec une rapidité sans précédent pour s'attaquer à cette atteinte évidente à la loi internationale, qui a choqué la conscience du monde, a déclaré le secrétaire d'État américain John Kerry. Aujourd'hui, le comité Nobel a reconnu avec justesse la bravoure et la détermination (de l'OIAC) à mener à bien cette mission cruciale dans un contexte de guerre en Syrie.»

Pour sa part, le secrétaire-général de l'ONU, Ban Ki-moon, a fait remarquer que cet honneur survient près de 100 ans après que les armes chimiques aient été utilisées pendant la Première Guerre mondiale.

«Comme l'ONU, la mission de l'OIAC découle d'un dégoût universel face aux atrocités de la guerre, a-t-il déclaré. Ensemble, nous devons nous assurer que le brouillard de la guerre ne sera plus jamais composé de gaz toxiques.»

Rares étaient les observateurs qui prédisaient une victoire de l'OIAC cette année. La majorité d'entre eux misaient sur Malala Yousafzai, la jeune Pakistanaise de 16 ans qui a été attaquée et presque tuée par les talibans quand elle a milité en faveur de l'éducation des filles.

«C'est une jeune femme remarquable et je pense qu'elle est promise à un avenir brillant et elle sera probablement en nomination l'an prochain ou l'année suivante», a dit à l'Associated Press le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland.

Il n'a pas voulu dire si elle était en lice cette année.