Merkel est sous pression

La chancelière a été pressée de questions pendant deux heures.
Photo: Agence France-Presse (photo) La chancelière a été pressée de questions pendant deux heures.

Les Allemands pensaient ne plus avoir grand-chose à découvrir en matière de flicage. La Gestapo, la Stasi et leur folie du fichier faisaient pour eux partie des épouvantails de l’histoire. C’est donc avec stupeur et indignation que la République fédérale découvre l’étendue du programme d’écoute PRISM de la NSA (l’Agence nationale de sécurité américaine). Le scandale prend de l’ampleur et pourrait influencer les législatives du 22 septembre s’il s’avère que le gouvernement allemand en savait plus qu’il ne l’a concédé.

Pression

 

Vendredi, Angela Merkel a répondu pendant près de deux heures aux questions des journalistes dans le cadre de sa conférence de presse d’été, presque entièrement consacrée au scandale NSA. « L’Allemagne n’est pas un pays qui espionne ses concitoyens, a-t-elle martelé. L’Allemagne est un pays de liberté… Sur le sol allemand doit s’appliquer le droit allemand, pas le droit du plus fort. Tout ce qui est techniquement possible n’est pas forcément légal. La fin [NDLR : la lutte contre le terrorisme] ne justifie pas tous les moyens. » L’Allemagne, a-t-elle insisté, attend des explications de son allié américain.

 

Le gouvernement est sous pression. Chaque jour, la presse révèle de nouveaux détails. Mercredi, le porte-parole d’Angela Merkel, Steffen Seibert, a démenti les accusations du quotidien populaire Bild Zeitung selon lesquelles l’armée allemande avait eu connaissance du programme PRISM dès 2011. Berlin a expliqué qu’il y aurait eu deux programmes d’espionnage portant le même nom, l’un développé par l’OTAN, l’autre par la NSA, ce qui aurait créé une confusion. Des explications fallacieuses, selon les néocommunistes de Die Linke, lesquels sont persuadés que le gouvernement prend l’opinion et le Parlement « pour des imbéciles ».

 

Bild expliquait quelle procédure les militaires des bases allemandes en Afghanistan avaient dû suivre à partir du 15 septembre 2011 pour demander une surveillance des données téléphoniques ou Internet dans le cadre de la lutte antiterroriste : « Toutes les demandes de surveillance faites hors de PRISM doivent être reformulées dans le cadre de PRISM avant le 15 septembre », selon un document d’alors cité par Bild.

 

Enquête

 

Berlin répète n’avoir rien su de l’ampleur des écoutes de la NSA. Mais le scandale PRISM pourrait jouer un rôle dans la campagne électorale. Selon un sondage réalisé pour la télé publique ARD, plus des deux tiers des Allemands sont insatisfaits de la façon dont le gouvernement gère le dossier. « Si on en apprend plus sur la coopération des services secrets allemands - le BND - avec les Américains, et sur le comportement du gouvernement, cela peut devenir un thème central », estime le politologue Hajo Funke, de l’Université libre de Berlin.

 

Angela Merkel a bien compris le danger : vendredi, elle s’est à plusieurs repri- ses retranchée derrière ses ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères pour la gestion du dossier, alors que l’opposition multiplie ses attaques.

 

Le président du SPD, Sigmar Gabriel, demande l’ouverture d’une enquête « contre les services secrets britanniques et américains, et aussi contre de potentiels soutiens dont ils ont pu bénéficier au sein des services secrets allemands ».

 

Une grosse pointure du SPD se tient pourtant étrangement en retrait : Frank-Walter Steinmeier. Chef du groupe parlementaire social-démocrate au Bundestag, ancien ministre des Affaires étrangères d’Angela Merkel du temps de la coalition CDU-SPD (2005-2009), il fut coordinateur des services secrets allemands pour le gouvernement Schröder.

 

« M. Steinmeier sait très bien à quel point la collaboration est étroite entre les services de renseignement allemands et américains », assure la ministre libérale de la Justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, particulièrement virulente contre la NSA. Le respect du secret des données est l’un des principaux chevaux de bataille des libéraux, et l’affaire PRISM pourrait leur faire gagner quelques points.

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