En Suède, la cité a craqué

Des hommes étaient alignés contre un mur par la police anti-émeute près de Stockholm, samedi. Environ deux cents extrémistes de droite erraient autour de la ville à la recherche d’affrontements interethniques avec les émeutiers des banlieues.
Photo: Fredrik Persson Associated Press Des hommes étaient alignés contre un mur par la police anti-émeute près de Stockholm, samedi. Environ deux cents extrémistes de droite erraient autour de la ville à la recherche d’affrontements interethniques avec les émeutiers des banlieues.

Après une semaine d’affrontements entre jeunes et policiers, les banlieues suédoises ont retrouvé un calme relatif ce week-end. Encore sous le choc, les Suédois tentent désormais de comprendre ce qui a pu déclencher de telles violences.

Au total, depuis dimanche 19 mai, une centaine de voitures ont été incendiées, plusieurs écoles, bibliothèques et commissariats vandalisés et une trentaine de personnes interpellées. Un bilan négligeable, comparé aux émeutes qui ont secoué Paris en 2005 et Londres en 2011, mais qui interpelle, dans un pays dont le modèle social continue d’être érigé en exemple à suivre, malgré les réformes libérales entreprises depuis 20 ans qui l’ont largement écorné.

 

Phénomène nouveau ?


En décembre 2008, une descente de police dans un local occupé illégalement par une cinquantaine de jeunes, qui protestent contre la fermeture d’une salle de prière, met le feu aux poudres dans le quartier défavorisé de Rosengård à Malmö. Jets de pierre contre les forces de l’ordre, voitures brûlées… Les heurts entre jeunes et policiers se poursuivent pendant plusieurs jours.


La nouveauté cette fois, c’est que les heurts ont éclaté à quelques kilomètres seulement du centre de la capitale. Le réveil est brutal, d’autant plus que la droite au pouvoir depuis 2006 à Stockholm ne ménage pas ses efforts pour vendre l’image d’une ville moderne « de classe mondiale ». Proche du parti social-démocrate, le journal Aftonbladet, faisait cette semaine son mea-culpa : « Nous, les médias, transmettons une fausse image d’un Stockholm qui se termine à Stureplan [quartier huppé du centre-ville]. L’image d’une population qui réussit, boit du vin blanc et prend le taxi. Du coup, la municipalité libérale n’a pas besoin de prendre ses responsabilités. Les inégalités peuvent augmenter, du moment qu’elles n’augmentent pas à Stockholm. »


Les raisons de la colère


À l’origine, il y a la mort d’un homme de 69 ans, tué par des policiers le 13 mai, dans le quartier d’Husby. L’homme, armé, s’était retranché dans son appartement avec sa femme, après avoir menacé des jeunes à l’arme blanche. Selon ses voisins, il n’était pas dangereux. Mais les policiers ont tiré.


Une semaine plus tard, près de 200 habitants du quartier se sont réunis pour dénoncer les violences policières. Ils disent avoir été insultés. C’est ce qui aurait déclenché les émeutes. Pour l’extrême droite, les heurts de ces derniers jours sont une nouvelle preuve que la Suède, qui a encore accueilli 44 000 demandeurs d’asile en 2012, doit revoir sa politique d’immigration. Mais selon le géographe Ove Sernhede, le problème est avant tout celui de la hausse des inégalités sociales. À Husby, par exemple, un jeune sur cinq est sans travail et non scolarisé. Associations et élus locaux dénoncent la faillite d’un système scolaire, où 30 % seulement des élèves des collèges de banlieue ont des notes suffisantes pour entrer au lycée, contre plus de 90 % dans le centre de Stockholm.


Conséquences politiques


Jusqu’à présent, le gouvernement de centre droit est resté étrangement silencieux. Le premier ministre libéral, Fredrik Reinfeldt, vivement critiqué pour avoir mis plus d’un jour et demi à réagir, a assuré que des efforts seraient menés dans les quartiers défavorisés « pour améliorer les résultats scolaires ». La municipalité libérale pour sa part n’a pas ménagé ses efforts pour dénoncer les actes de « voyous », refusant de s’engager dans un débat sur les raisons de la frustration croissante dans les banlieues. Un mécontentement cependant, dont la droite serait largement responsable selon la conseillère municipale du parti de la gauche Ann-Margarethe Livh : « Depuis 2006, la majorité a baissé les impôts communaux de un milliard de couronnes [145 millions de dollars], ce qui aurait permis d’accomplir énormément de choses dans les quartiers qui en ont besoin. »

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