Agence universitaire de la francophonie - Une façon francophone de penser l’enseignement supérieur

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’Agence universitaire de la francophonie (AUF) a des partenaires dans plusieurs pays africains.
Photo: Agence France-Presse (photo) Tony Karumba L’Agence universitaire de la francophonie (AUF) a des partenaires dans plusieurs pays africains.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« La Semaine de la Francophonie, c’est l’occasion de se faire visible et de rappeler son appartenance », croit Bernard Cerquiglini, recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). De rappeler, en l’occurrence, son appartenance au monde francophone et au monde universitaire, de réaffirmer ses valeurs de solidarité et d’aide au développement. « C’est le moment de dire qu’aujourd’hui, près de 800 universités dans le monde, partageant entièrement ou partiellement une langue, le français, se sont unies pour mettre en oeuvre une communauté mondiale solidaire. Parce que l’enseignement supérieur est un levier de développement. »


Il est loin le temps où quelques pères fondateurs se réunissaient, ici, à Montréal, et lançaient l’idée de créer une association d’universités francophones. C’était en 1961, et plus de cinquante ans après, le siège social se trouve toujours sur le campus de l’Université de Montréal.


Le réseau a bien grossi, s’étendant aujourd’hui à 94 pays sur les cinq continents, et peut se targuer d’être l’une des plus importantes associations dans le monde universitaire, la seule qui soit fondée sur un critère linguistique. « Depuis 1989, nous sommes même devenus l’organisateur officiel des sommets francophones pour l’enseignement supérieur et la recherche, note le recteur Cerquiglini. À ce titre, nous avons du personnel, 430 personnes, des crédits émanant des États qui nous financent, le Québec, le Canada, la France, etc., et nous avons quelque 70 implantations dans le monde : bureaux, antennes, campus numériques, etc. »


Aide et soutien


L’objectif : mettre en oeuvre, dans le domaine universitaire, une solidarité fondée sur la langue française. L’Agence vient donc en aide aux universités adhérentes situées dans les pays en développement et émergents. Une aide structurelle, d’une part, notamment par l’amélioration de la gouvernance des établissements, la fondation de collèges doctoraux ou encore l’installation de campus numériques ; une aide individuelle, d’autre part, avec l’attribution chaque année de plus de 2000 bourses de maîtrise et de doctorat, de mobilité pour de jeunes chercheurs et de postdoctorat.


« Nous aidons ainsi les établissements universitaires à devenir eux-mêmes des outils du développement, indique Bernard Cerquiglini. Nous avons également pour but de valoriser la communauté scientifique de langue française dans le monde. Les savants universitaires ont des idées, des opinions, des savoir-faire et ils doivent les faire connaître. Il y a aujourd’hui de grands débats qui traversent l’enseignement supérieur : la professionnalisation, la structuration, l’évaluation des études, la gouvernance et le financement des universités, etc. Nous, universitaires francophones, nous ne sommes pas prêts, par exemple, à accepter les classements du type classement de Shanghaï. Nous avons notre propre conception, avec des modèles, des critères différents. Il y a une façon francophone de penser l’enseignement supérieur, outil du développement. »


De là à dire que l’AUF sert essentiellement les intérêts des universités du Sud, il n’y a qu’un pas que le recteur Cerquiglini se garde bien de franchir. Bien sûr, les bourses ne vont pas être attribuées à des étudiants québécois. « Mais l’enseignement supérieur est un levier de développement pour toutes les sociétés, pas seulement pour les États du Sud. C’est sans doute quelque chose qu’il est bon de rappeler au Québec, surtout dans le contexte actuel, assure-t-il. Ensuite, le développement des pays émergents aura des effets bénéfiques pour toute la planète. Et enfin, dans un contexte d’internationalisation des universités, mais également de mondialisation de notre société, il est important que les étudiants du Nord s’ouvrent à d’autres horizons, qu’ils rencontrent des jeunes qui viennent d’autres pays, qui arrivent avec une tout autre réalité dans leurs bagages, d’autres manières de voir les choses. Il est primordial que les intelligences se frottent si l’on veut qu’il y ait du savoir neuf. Et nous attendons des jeunes qu’ils le produisent, ce savoir neuf. L’AUF, c’est la solidarité et le partage des intelligences francophones. »

 

Sud et Nord


Des rencontres entre étudiants du Sud et du Nord peuvent mener à des projets, certains soutenus par l’Agence. Un programme prévoit notamment le financement de projets d’entrepreneuriat, pourvu qu’ils émanent d’étudiants des deux hémisphères de la planète. Des professeurs du Nord, souvent à la retraite, sont également bienvenus s’ils souhaitent aller enseigner quelques années dans une université d’un pays en voie de développement. Ainsi, au Québec, ils sont quelques-uns chaque année à s’envoler pour Haïti. Pour l’instant, le programme ne concerne pas les étudiants, mais un collège doctoral ayant été ouvert là-bas par l’AUF, il est tout à fait concevable que d’ici quelques mois, les doctorants puissent y accéder.


Ce n’est pas la seule manière d’élargir ses horizons, au demeurant, puisque l’Agence vient de mettre sur pied deux pôles de développement, l’un à Bruxelles, l’autre à Montréal. Ces bureaux sont chargés de faire de la veille stratégique et de remonter toutes les bonnes idées en matière d’échange et de partage des connaissances, tout en aidant les universités à trouver d’autres sources de financement que les États. Celles-ci sont invitées à lorgner notamment du côté des grandes institutions internationales comme la Banque mondiale, la Banque de l’Union africaine, la Commission européenne, etc., qui lancent régulièrement des appels d’offres.


« Le bureau de Montréal est très important en raison de sa situation géographique, estime Bernard Cerquiglini. Non seulement il est proche des institutions, puisque nombre d’entre elles ont leur siège à New York ou Washington, mais en outre, l’Amérique du Nord possède une expérience très ancrée en matière de recherche de financement. J’aime raconter que lorsque j’ai pris mon poste de professeur à l’Université de Louisiane, la seule obligation que j’avais était de suivre un cours m’apprenant à rédiger une demande de programme de financement ! Car c’est tout un art que de remplir des demandes de subvention, tant à l’échelle régionale qu’internationale. Le pôle de développement de Montréal est là pour apprendre aux universités à savoir repérer les appels d’offres et bien remplir un dossier. »


Un apprentissage primordial dans le contexte économique actuel…


 

Collaboratrice