La tuerie du Connecticut - Après Newtown, les leçons de Dunblane

Un petit groupe de résidants de Dunblane, en Écosse, à l’entrée de l’école primaire où a eu lieu la tragédie qui a fait 15 morts en 1997.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un petit groupe de résidants de Dunblane, en Écosse, à l’entrée de l’école primaire où a eu lieu la tragédie qui a fait 15 morts en 1997.

Ce jour de 1997, Thomas Hamilton, un homme de 43 ans, ouvre le feu sur les élèves d’une école primaire de Dunblane, en Écosse, lors d’un cours de sport. Il tue 16 enfants, tous âgés de cinq ou six ans, et une enseignante, avant de se suicider. En sa possession, quatre armes de poing, toutes achetées légalement, même si M. Hamilton avait déjà fait l’objet d’une enquête policière pour des actes indécents en présence de jeunes garçons.

Dans la ville, c’est le choc. Comment cet homme a-t-il pu se procurer des armes alors qu’il avait déjà eu affaire à la police ? « Dunblane, c’est une de ces villes qui sera associée pour toujours à une tragédie », explique Peter Squires, criminologue à l’Université de Brighton, en Écosse. Et, comme à Newtown, dans les heures qui ont suivi la tragédie, les journalistes du monde entier ont déferlé sur la ville. Si bien qu’après trois jours, les autorités ont demandé aux médias de partager certaines de leurs ressources pour limiter le nombre de camions de reportage dans cette paisible municipalité de 7000 habitants. Les responsables des médias ont aussi soulevé des questions éthiques, se demandant jusqu’où ils pouvaient aller pour rapporter les faits au public sans être intrusifs, explique la BBC.


Mais l’intérêt médiatique a diminué, sans jamais toutefois vraiment disparaître. Peu de temps après le massacre, une enquête publique s’est tenue, non loin de là, à Stirling. Pendant de longues semaines, la tuerie a été analysée dans ses moindres détails. Nombreux étaient ceux qui s’étaient déplacés pour tenter de comprendre pourquoi un homme avait abattu seize enfants et une enseignante. La facilité avec laquelle le tueur avait pu se procurer ses armes avait déclenché l’ire des familles des victimes, mais aussi de l’opinion publique : Tony Blair devait agir. « La tuerie a été un tournant, en ce qui concerne la relation des Britanniques avec les armes à feu », explique M. Squires.


Mésentente


Les familles des victimes ont continué d’être hantées par la tuerie ; elles se sont notamment scindées en deux groupes opposés, aux intérêts divergents. Un groupe de parents s’est uni pour mener une campagne afin que des lois strictes soient adoptées pour encadrer les ventes d’armes, tandis que le second groupe voulait tourner la page, sans battage médiatique. Finalement, le Royaume-Uni a adopté des lois extrêmement strictes pour encadrer le commerce des armes. Des mesures qui n’auraient jamais été adoptées si la tragédie n’avait pas eu lieu, pense M. Squires, en entrevue avec Le Devoir. « On ne voulait pas devenir comme les États-Unis », explique le criminologue, qui a soutenu la campagne pour restreindre l’accès aux armes.


Mais au-delà du vacarme médiatique, des changements législatifs, il reste la douleur des familles, une douleur qui ne s’efface jamais et avec laquelle il faut apprendre à vivre, selon Philip Dutton. Il est l’un des psychologues qui sont venus en aide aux survivants et aux familles des victimes du massacre de Dunblane. Dans les jours qui suivent un tel événement, les familles ont besoin de « calme et de stabilité », explique-t-il en entrevue avec Le Devoir. Ainsi, à court terme, les enfants et les parents sont détachés de la réalité, selon le psychologue. « Ils ne savent pas vraiment ce qui s’est produit », dit-il.


Ils finissent toutefois par s’en rendre compte et, pour surmonter cette épreuve, les enfants ont besoin de « cohérence » dans leur vie quotidienne. « Leur repas, leurs heures de coucher doivent être à heures fixes », précise le psychologue, qui vient notamment en aide aux survivants de catastrophes naturelles. Un sentiment de culpabilité peut s’installer chez les enfants, ils peuvent se demander pourquoi ils ont survécu alors que certains de leurs camardes sont morts. Ils peuvent aussi s’en vouloir de ne pas avoir pu venir en aide à leurs camarades, explique M. Dutton. Les survivants font souvent d’horribles cauchemars, et ils ont des flash-back pendant lesquels ils revoient les événements, selon le psychologue.


Un long processus


Un décalage peut aussi s’installer entre les parents dont les enfants ont été abattus et les autres. Ainsi, à Dunblane, certains parents ne voulaient pas que leurs enfants participent à des cérémonies pour rendre hommage aux victimes, de peur qu’ils ne soient perturbés, ce qui provoquait un sentiment de frustration chez ceux dont les enfants sont morts.


En fait, la situation psychologique des familles des victimes et des enfants qui ont survécu à la tuerie de Newtown ne s’améliorera pas pour le moment. « Le pire reste à venir », dit M. Dutton. Toutefois, leur état psychologique peut s’améliorer, s’ils sont suivis adéquatement, dès le début. « Ils n’ont pas à souffrir tout le temps », dit-il.


Mais l’aide psychologique a ses limites, d’après Mick North, dont la fille a été tuée lors du massacre de Dunblane. Dans son livre intitulé Dunblane, Never Forget, il raconte comment il a tenté de se remettre de la perte de son enfant. Beaucoup de familles fréquentant l’école ont profité de séances de soutien psychologique, explique M. North. Même s’il reconnaît que parfois ces séances se limitaient « à une chambre vide et à une bouteille de whisky ». Pour sa part, il n’a jamais eu recours à de l’aide psychologique, n’en voyant pas l’utilité. Il s’est par contre souvent confié à des proches, ce qui était pour lui une forme de thérapie, écrit-il.


La mort de sa fille l’a aussi affecté sur le plan physique. Cet universitaire n’a jamais vraiment pu retourner enseigner. « Ma carrière universitaire est terminée. Lorsque je suis finalement retourné à l’université pour donner des cours, début 1997, c’était toujours une lutte. Au bout de quelques heures de cours, je me retrouvais avec un mal de tête sévère ; je me forçais pour me concentrer, cela s’avérait trop difficile », raconte-t-il.


Il est devenu un partisan de l’interdiction des armes à feu en Grande-Bretagne, participant à de nombreuses campagnes de sensibilisation, pour différentes organisations non gouvernementales, notamment Oxfam, ce qui l’a amené à voyager.


Mais le souvenir de Sophie, sa fille, est omniprésent. « Son sourire illumine chaque endroit que je visite », raconte-t-il, dans son livre.


 
1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 22 décembre 2012 11 h 18

    Noel: naissance et renaissance

    Toutes les turies du monde ( guerres, massacres, attentats ou Newtown ) sont présentes dans nos foyers par la télévision.Cette réalité nous fait désespérer de la nature humaine...
    Il y a 70 ans, ma grand-mère disait: La télé c'est l'invention du diable.